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C'est pour demander la libération de Messali Hadj (en photo), considéré comme le père du nationalisme algérien, que des manifestations éclatent à Sétif en mai 1945. Elles seront violemment réprimées. Certains historiens considèrent qu'elles marquent le véritable début de la guerre d'indépendance (AFP).

SHAFAQNA – Middle East Eye | par Rachid Tlemçani : Après l’incident à Ksar Chellala où il sera arrêté après des manifestations, Messali Hadj, président du Parti du peuple algérien (PPA) est déporté au Congo-Brazzaville, le 25 avril 1945.

Cet incident annonce sans ambiguïté que l’insurrection en gestation risque d’exploser à tout moment à travers le pays. Quelques jours plus tard, éclatent en effet des émeutes à Sétif, au nord du Constantinois, en petite Kabylie et ailleurs.

Ce mouvement insurrectionnel, par certains endroits spontané, et par d’autres, sous la direction du PPA, a duré plusieurs semaines. C’est la première fois depuis 1830 que l’Algérie a unanimement manifesté des sentiments anticoloniaux, les régions se soulevant auparavant séparément pour s’opposer à la conquête coloniale et à la spoliation des terres.

L’insurrection de mai 1945 fut un autre élan patriotique dans le long processus séculier de la lutte pour l’émancipation nationale.

Le PPA organise des manifestations à Alger, Blida et Oran, le 1er mai 1945, en demandant la libération de Messali Hadj et l’indépendance de l’Algérie. À Sétif, les « Algériens musulmans », profitant de l’audience particulière donnée à la journée du 8 mai 1945, décident par des manifestations de rappeler leurs revendications. La marche tourne rapidement à l’émeute, lorsqu’un manifestant portant le drapeau national est tué.

La mobilisation s’étend rapidement au nord du Constantinois, à Bône, à Biskra et en Kabylie alors que le monde entier fête la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire des alliés sur les forces de « l’axe du mal », pour reprendre l’expression galvaudée des néoconservateurs et des néoréactionnaires, sous la houlette du président américain Georges W. Bush.

La participation des Algériens à la libération de la France a fait que la victoire sur les nazis signifiait pour eux la fin du statut de l’indigénat, de l’arbitraire et de l’injustice. Les promesses politiques ne sont pas tenues, une fois encore.

Le pouvoir colonial reste intransigeant sur la question nationale. Il en fera autant en justifiant la création de l’État d’Israël par le slogan mystificateur, « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

L’ordre donné dans la précipitation, d’étendre les émeutes sur tout le territoire national dans la nuit du 23-24 mai, est finalement annulé. Selon la direction du PPA, l’analyse de la situation n’est pas propice à l’insurrection générale : « Militants hésitants, impréparation, démantèlement de l’organisation, arrestations massives et, craignant le pire, un carnage, ils prirent, dans un grand déchirement, de revenir sur celle déjà prise et donnèrent le contre ordre ».

Le mouvement national, en perpétuelle réorganisation sous les coups du boutoir de la répression, n’était pas en mesure de s’engager dans une aventure aux lendemains incertains.

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Mais l’insurrection du 1er novembre 1954 serait-elle pour autant pensée scrupuleusement et organisée soigneusement pour éviter qu’elle soit à nouveau marquée par des violences incontrôlées et ne provoque une répression massive ?

Externalisation de la violence 

Une campagne répressive est menée partout avec acharnement dans les régions où les insurrections ont eu lieu, comme à Guelma, Aïn Abid, Sétif, Kherrata, Aïn Kebira ainsi que dans plusieurs villages en Kabylie.

Un participant-témoin, Kateb Yacine, raconte en fuyant Sétif : « Je suis monté à l’avant du car et j’ai vu alors à ce moment-là des choses terribles, parce que le peuple venait de toutes parts. J’ai vu cela vraiment comme une fourmilière. La terre devenait une véritable fourmilière, vraiment je me demandais d’où venaient tous ces gens, comment j’avais pu ne pas les voir avant ! On avait l’impression qu’ils sortaient de la terre… Il y a eu des scènes de viols, il y a eu encore des massacres. On voyait les corps allongés dans les rues ».

Toutes les troupes, militaires et civiles, sont réquisitionnées pour réprimer les « troubles à l’ordre public ». Les Européens s’organisent en milices pour prêter main-forte aux gendarmes et aux militaires. La marine et l’aviation bombardent et rasent plusieurs agglomérations dans le Constantinois. Une cinquantaine de mechtas sont incendiées. Des vagues d’arrestations ont lieu dans les milieux intellectuels, y compris parmi ceux prônant l’assimilation.

Les exécutions sommaires, bombardements, massacres et enfin les humiliantes cérémonies de soumission organisées par l’armée contre les « Algériens musulmans » laisseront des traces indélébiles dans les corps et les cœurs. Ces actions d’une extrême brutalité ont semé manifestement les graines de la guerre de libération (1954-1954).

Si on connaît le chiffre des victimes européennes (103 morts), celui des victimes algériennes reste problématique. Selon le journaliste Yves Courrière, auteur de La Guerre d’Algérie, ces émeutes ont fait 15 000 morts.

Le chiffre de 40 000 sera avancé par les milieux nationalistes, puis par le gouvernement algérien. Ce dernier, commémorant ces massacres chaque année, estime que les massacres de Sétif ont fait 45 000 morts.

Ce chiffre est retenu finalement par l’opinion publique. L’ancien Premier ministre Bélaïd Abdesslam, participant à l’époque, explique dans El Khabar hebdo, que le chiffre officiel est choisi à des fins de propagande.

Le nombre de victimes, durant la guerre de libération, d’un million et demi de martyrs soutient également le même objectif. Le chiffre de 400 000 martyrs, selon de nombreux historiens, est très proche de la réalité.

Ce chiffre reste néanmoins très élevé pour une population de huit millions d’habitants, soit 5 % de la population.

Les données macabres comptent peu sur la portée de la révolution algérienne dans le monde puisqu’elle reste un grand événement historique dans les annales de la décolonisation.

Historiquement, la démocratie occidentale, pour paraphraser Achille Mbembe dans Politiques de l’inimitié, a toujours cherché, au fond, à externaliser sur les colonies une violence en réserve qu’elle n’a pas voulu exercer à l’intérieur de ses frontières.

Le colonialisme se comprend très difficilement, écrit le théoricien de la violence, Frantz Fanon, sans la possibilité de massacrer, de torturer ou de violer. « La violence est une modalité des relations occupant-occupé », constate-t-il (Pour la révolution africaine, écrits politiques).

Le discours mettant en exergue l’action militaire au détriment de l’action politique est rehaussé dans la période postcoloniale. La construction de l’État-nation se fait beaucoup plus par la violence prétorienne que par la pluralité politique et le multiculturalisme.

En Algérie, l’Armée de libération nationale (ALN) est créée par le FLN au terme d’une longue lutte politique des militants nationalistes. Au lendemain de l’indépendance, l’ALN, baptisée Armée nationale populaire (ANP), s’approprie la légitimité historique du FLN-ALN pour construire un État-nation, un État dans l’État, indépendant de la mêlée, de la lutte des clans. Une modernisation autoritaire et forcenée ne pouvait produire dans de telles circonstances qu’une modernité inachevée, pervertie.

Élites et compromis historique

La répression fut en effet terrible à travers le nord du Constantinois ainsi qu’en petite Kabylie. Personne n’a pu y échapper. Tous les sujets nationaux, sans distinction de statut social, sont logés à la même enseigne.

Une fraction importante de l’élite politique, y compris dans les groupes intégrationnistes/autonomistes, qui dirigera l’appareil du FLN-ALN, fut incarcérée lors de ces événements : Ferhat Abbas, le Dr Ahmed Francis, Ahmed Boumendjel, Maître Sattor Kaddour, Cheikh Bachir el-Brahimi, Mohamed Khider, Abdallah Fillali, Larbi ben Mhidi, Benyoucef Benkhedda.

Ferhat Abbas, arrêté le 8 mai 1945, n’est libéré que six mois plus tard à la suite de l’amnistie votée par l’Assemblée nationale.

La réforme du système colonial de l’intérieur s’est finalement avérée être une diversion, une aliénation. Le mode électoral, même défavorisant les autochtones, ne leur permettait pas l’accès aux organes décisionnels. Le jeu légaliste, très structuré, ne pouvait que consolider le statu quo et l’impasse.

Cette situation sera confirmée, une fois encore, en 1947 par les élections « Naegelen » (du nom du gouverneur général d’Algérie) marquées par d’outrageuses fraudes et une répression aveugle.

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La puissance coloniale en butte à des contradictions internes et externes n’était pas en mesure de céder une seule parcelle de ses prérogatives. Le pouvoir israélien procèdera plus tard de la même manière en entamant des négociations induisant concession après concession jusqu’au point où la solution des deux États devienne tout simplement une fiction, une farce de mauvais goût.

Le 10 octobre 1956, dans le Constantinois, l’Inspecteur général de l’Administration, Maurice Papon (1er plan) en visite dans plusieurs communes mixte du nouveau département de Sétif (AFP)

Tant recherché, le « compromis historique » entre le mouvement national et la puissance coloniale, et entre le peuple algérien et la colonie européenne apparaît désormais comme un vœu pieux. Il est reporté, à chaque nouvelle conjoncture, aux calendes grecques.

La répression sanglante sonna le glas d’une cohabitation déjà très fragile entre nationaux sujets et nationaux citoyens. Un des protagonistes de ce compromis, Albert Camus, très amer, écrit dans Combat, en mai 1945 : « Les massacres de Sétif et de Guelma ont provoqué chez les Français d’Algérie un ressentiment profond et indigné. La répression qui a suivi a développé dans les masses arabes un sentiment de crainte et d’hostilité ».

Le fossé entre les Algériens et les Européens s’est creusé irrémédiablement après les émeutes, d’autant plus que le pouvoir colonial n’était pas en mesure de transcender ses contradictions internes et ses conflits avec Paris.

Les fervents protagonistes de la cohabitation ont définitivement perdu tout espoir d’une Algérie paisible évoluant en symbiose dans un environnement multiethnique et multiculturel animé par une pluralité politique unique dans la région.

La guerre de libération fractura profondément la cohabitation entre les différentes communautés, le terrorisme de l’OAS finira par la défaire complètement.

L’évolution des événements a clairement illustré une absence de vision stratégique de la part des élites et des acteurs indépendants.

Abderrahmane Farés, président de l’Exécutif provisoire, prononçait de l’ancien bureau du gouverneur général des paroles qui résumaient tristement bien des événements du passé : « Les relations entre l’Algérie et la France sont un cimetière d’occasions manquées ».

Certes, les hommes font leur propre histoire, comme nous l’enseigne Karl Marx (Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte). Ils ne la font toutefois pas dans des conditions choisies par eux seuls.

La répression qui s’est également abattue sur les partis politiques, PPA-MTLD, UDMA, PCA, oulémas et autres groupes, n’est pas parvenue à anéantir pour autant le mouvement national. Il renaîtra de ses cendres après une longue période d’intenses luttes politiques qui aboutira au déclenchement de la lutte armée. Cette période, inédite, est très riche en luttes politiques et en activités culturelles.

Naissance de la génération 54 et écriture de l’histoire

C’est lors des massacres du 8 mai que « mon nationalisme se cimenta », dira Kateb Yacine. Il y a un avant, et un après mai 1945. Le 1er novembre a bien commencé le 8 mai 1945, estime, de sa part, l’historien Mohammed Harbi. Le traumatisme de ces émeutes radicalisera inexorablement le mouvement national.

Les massacres de 1945 marquent à tout jamais une nouvelle génération, d’esprit et d’âge. La « génération 54 », âgée de 15 à 30 ans, a conclu dans son analyse de la situation que la solution finale au fait colonial réside dans el thawra (la révolution) afin de récupérer les terres spoliées pour permettre aux « damnés de la terre » de vivre dans el azza oua el karama (la fierté et dignité), pour reprendre le slogan fétiche du président Abdelaziz Bouteflika lors de la campagne électorale présidentielle de 1999.

Le colonisé, en paraphrasant Frantz Fanon, pour accomplir son humanité, doit tout d’abord « allumer la mèche » (Larbi ben Mhidi). Le mouvement d’émancipation se prendra par la suite, selon la logique des révolutionnaires professionnels, en charge lui-même. Cette vision candide s’avèrera problématique dans le champ de la lutte armée.

Le déclenchement de la lutte armée, le 1er novembre 1954, n’est pas né ex-nihilo. Il est le résultat d’un nouveau mouvement de mobilisation qui s’est déclenché au lendemain des massacres.

Dès le congrès constitutif du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) en février 1947, l’Organisation spéciale (OS), en tant que « bras armé » du PPA-MTLD, est créée sous la direction de Mostefa ben Boulaïd. L’Organisation est en charge de préparer une autre forme de lutte politique, la lutte armée.

Les événements de la période allant de 1945 à 1954 sont passés, dans l’ensemble, sous silence dans l’histographie institutionnelle. Notons, la création de l’OS en 1947, les luttes électorales, le scoutisme, les joutes oratoires, la défense de la langue arabe et de l’islam, le hold-up de La Poste d’Oran en 1949, la tentative de destruction de la stèle honorant la mémoire de l’émir Abdelkader érigée par les autorités françaises à Mascara, les grèves de faim, les manifestations dans l’espace public, l’affaire de Tébessa en 1950, les grands procès de l’OS, et les altercations avec les agents de l’ordre, pour ne citer que quelques faits saillants.

Il semble qu’aucun événement ne soit digne d’être mis en avant dans l’histographie institutionnelle. Elle a occulté des héritages et des luttes politiques d’une grande importance pour la compréhension de la période actuelle. Regarder le passé avec la rigueur académique, comme nous le conseille le père de la Chine moderne, Sun Yat Sen, c’est comprendre l’avenir.

Le discours dominant a également tendance à effacer l’apport des partis autonomistes et des personnalités au profit du parti indépendantiste radical.

Le discours dominant a mis en exergue un récit national linéaire, lisse. Cette filiation unique part de la résistance de l’émir Abdelkader pour aboutir au FLN en passant par l’ENA-PPA-MTLD. Ce ne sont pas seulement certains courants qui sont occultés dans l’évocation du mouvement national, mais également des périodes entières.

Décolonisation ratée et guerres mémorielles

Le général de Gaulle, président du Conseil provisoire, ordonne au gouverneur général Yves Chataigneau de mater les indigènes sans distinction de sexe, d’âge et les groupes politiques. Il affirme dans un message au gouverneur « la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française en Algérie ».

Auparavant, à la veille de l’amnistie, il a ordonné de transférer Messali Hadj de Goléa au Congo-Brazzaville. Dans le même état d’esprit de l’époque, François Mitterrand, ministre de l’Intérieur, un socialiste, déclare au lendemain du 1ernovembre : « L’Algérie, c’est la France. Et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne ».

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Jusqu’en 1956, la question coloniale reposait sur un consensus national pour le maintien de l’Algérie comme un département français. L’intégration, tant revendiquée par le mouvement national, toutes tendances confondues, ne fut inscrite en réalité dans aucun agenda.

Le général de Gaulle sert la main du Bachaga Mokrane, sénateur de Sétif et Batna, le 3 février 1959, lors d’une réception à Matignon (AFP)

La France humanitariste ne proposa guère aux Algériens une intégration ingénieuse dans une France aux valeurs universalistes, comme Ferhat Abbas et d’autres l’avaient demandé dans les années 1930 et 1940.

La solution intermédiaire, avant la déportation de Messali Hadj au Congo-Brazaville, était une autre occasion ratée qui aurait évité les massacres des populations et les guerres. Un consensus aurait pu être mis en place, qui « à la fois acceptait avec réalisme l’indépendance algérienne, mais dans des formes qui ménageaient certains intérêts émotionnels français afin de faire coexister une Algérie indépendante à un progressisme français dans le monde », comme le préconisait Rachid Ouaïssa dans Les carnets de Hartmut Elsenhans. La guerre d’Algérie par ses acteurs français.

La décolonisation de la France en Afrique et ailleurs, comme dirait Bertrand Badie, fut un retentissant échec, un processus raté, à la fois pour la France et les colonies. Avec la montée de l’hégémonisme américain, la France perd brutalement le statut de puissance mondiale pour celle de puissance moyenne.

La construction de l’État-nation dans les colonies a par la suite abouti à l’émergence d’un nouveau type d’État autoritaire reposant sur un puissant et omniprésent appareil sécuritaire. Cet État qui a failli à ses missions pérennes est dominé par une tribu, des clans, une famille, un individu. La réforme de cet État, de l’intérieur ou l’extérieur, reste problématique pour la génération des réseaux sociaux.

Plus de sept décennies après le début de la décolonisation, les guerres mémorielles alimentées par la montée des communautarismes, particularismes, archaïsmes et intégrismes de tous acabits, se sont intensifiées à la faveur de la révolution des technologies de l’information et de la communication.

Comme dans les anciennes colonies, bien que sous différents aspects et angles, la question identitaire se pose également avec une grande acuité à la plus vieille nation européenne. Les humiliés d’hier sont devenus des acteurs internationaux dans un environnement géopolitique en ébullition et en pleine mutation.

La loi du 23 février 2005 affirmant les bienfaits de la colonisation reste toutefois très problématique au regard des faits du 8 mai et d’autres. La guerre mémorielle va jusqu’à énoncer dans les programmes scolaires français « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

L’incinération des corps des Algériens tués dans les affrontements du 8 mai est une autre tache indélébile de la colonisation. Ces fours, comme le déclarait le président Bouteflika à l’occasion du 60anniversaire des émeutes de Sétif, sont comparables « aux fours crématoires des nazis ».

Le général Raymond Duval, dédaigneux et arrogant, estimait avoir éradiqué toute velléité de révolte pour dix ans. Quant au taux de scolarisation, le véhicule de la « mission civilisatrice », il était inférieur à 10 % !

La période post-émeutes de 1945 ressemble à bien des aspects à celle d’aujourd’hui. La question nationale se trouvait, selon la génération 54, dans l’impasse.

Pour débloquer la situation, une rupture radicale avec le pouvoir colonial et de son système de hogra (mépris) s’imposait de jure et de factoaux hommes épris de paix, de justice et de liberté.

« Aujourd’hui l’Algérie est duale, comme par le passé, avec une société pauvre et une société riche », explique Rachid Tlemçani (MEE/Bachir)

Le développement du capitalisme agraire a finalement abouti à fractionner le pays en deux mondes séparés et antagonistes. Il y avait d’un côté, la majorité des habitants évoluant dans une société pauvre et fermée sur elle-même, et de l’autre, la minorité des habitants vivant dans une société riche et ouverte sur la modernité.

Rien ne rapprochait les deux mondes en apparence, si ce n’est l’exploitation de la première par la seconde société. Aujourd’hui l’Algérie est duale, comme par le passé, avec une société pauvre et une société riche. À la différence que les acteurs qui avaient débloqué la situation par le passé se trouvaient au sein de la plèbe, comme des poissons dans l’eau.

Aujourd’hui les éléments susceptibles de porter à bras-le-corps le changement pour le progrès social se trouvent dans l’autre camp, dans le camp des nouveaux riches. L’ouverture de l’autoritarisme, faite dans l’antichambre du pouvoir prétorien, les a pris en otages après les avoir apprivoisés dans l’économie de bazar. L’intelligentsia algérienne, de par sa genèse et sa socialisation, a été de tout temps en retard sur le mouvement national et social. La grogne populaire qui a envahi le champ politique depuis le Printemps arabe permettrait-elle à la nouvelle génération de guérir de son aliénation ?

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