L’Imam Ali (A.S) décrivant les pieux: Le merveilleux sermon de Hammam (partie 1)

SHAFAQNA FR – Le sermon d’Al-Muttaqīn (en arabe: خطبة المتّقین, le sermon des pieux) est l’un des sermons les plus célèbres de l’Imam ‘Ali (a) dans lequel il décrit de pieux serviteurs. Le sermon caractérise si bien les pieux dans leur vie personnelle et sociale qu’à la fin du sermon, Hammam (همّام), le compagnon de l’Imam qui s’était interrogé sur les caractéristiques des pieux, perd connaissance et décède.

Ce qui suit est la première partie du sermon racontée dans Nahj al-Balaghah:

On raconte qu’un ami du Prince des Croyants, du nom de Hammam, était un homme pieux. Il lui dit: ô Prince des Croyants, décris-moi les pieux comme si je les voyais. Apres un long silence, celui-ci lui dit:  ô Hammam, crains Dieu et fais du bien, car Dieu est avec ceux qui Le craignent et qui font du bien.  Hammam ne se contenta pas de cette réponse et demanda un discours, ce qu’ ‘Ali fit en disant:

 

أَمَّا بَعْدُ، فَإِنَّ اللَّهَ سُبْحَانَهُ وَ تَعَالَى خَلَقَ الْخَلْقَ حِينَ خَلَقَهُمْ غَنِيّاً عَنْ طَاعَتِهِمْ، آمِناً مِنْ مَعْصِيَتِهِمْ، لِأَنَّهُ لَا تَضُرُّهُ مَعْصِيَةُ مَنْ عَصَاهُ، وَ لَا تَنْفَعُهُ طَاعَةُ مَنْ أَطَاعَهُ. فَقَسَمَ بَيْنَهُمْ مَعَايِشَهُمْ وَ وَضَعَهُمْ مِنَ الدُّنْيَا مَوَاضِعَهُمْ. فَالْمُتَّقُونَ فِيهَا هُمْ أَهْلُ الْفَضَائِلِ؛ مَنْطِقُهُمُ الصَّوَابُ وَ مَلْبَسُهُمُ الِاقْتِصَادُ وَ مَشْيُهُمُ التَّوَاضُعُ…

Dieu créa les hommes sans avoir besoin de leur obéissance et sans craindre leur désobéissance, étant transcendant à tout cela. Il leur partagea leur nourriture suivant la place où Il les mit. Les pieux dans ce monde sent les vertueux : lis disent la vérité, s’habillent modestement et se comportent avec humilité.

 

غَضُّوا أَبْصَارَهُمْ عَمَّا حَرَّمَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ، وَ وَقَفُوا أَسْمَاعَهُمْ عَلَى الْعِلْمِ النَّافِعِ لَهُمْ؛ نُزِّلَتْ أَنْفُسُهُمْ مِنْهُمْ فِي الْبَلَاءِ، كَالَّتِي نُزِّلَتْ فِي الرَّخَاءِ؛ وَ لَوْ لَا الْأَجَلُ الَّذِي كَتَبَ اللَّهُ [لَهُمْ‏] عَلَيْهِمْ لَمْ تَسْتَقِرَّ أَرْوَاحُهُمْ فِي أَجْسَادِهِمْ طَرْفَةَ عَيْنٍ شَوْقاً إِلَى الثَّوَابِ وَ خَوْفاً مِنَ الْعِقَابِ

Ils retiennent leurs regards de ce qui leur est interdit et limitent leurs ouïes à entendre la science qui leur est utile. Leur attitude est la même dans l’adversité et le bonheur. Si ce n’était la destinée que Dieu leur a prescrite, leurs âmes aspirant à la récompense et craignant le châtiment ne seraient point restées un instant dans leurs corps.

 

عَظُمَ الْخَالِقُ فِي أَنْفُسِهِمْ فَصَغُرَ مَا دُونَهُ فِي أَعْيُنِهِمْ؛ فَهُمْ وَ الْجَنَّةُ كَمَنْ قَدْ رَآهَا، فَهُمْ فِيهَا مُنَعَّمُونَ، وَ هُمْ وَ النَّارُ كَمَنْ قَدْ رَآهَا، فَهُمْ فِيهَا مُعَذَّبُونَ

Le Créateur leur apparaît tellement grand que tout autre que Lui est si petit à leurs yeux. Ils se représentent le Paradis comme s’ils y étaient jouissants de ses biens, et le Feu comme s’ils le voyaient et s’y voient en train de subir les tortures.

 

قُلُوبُهُمْ مَحْزُونَةٌ وَ شُرُورُهُمْ مَأْمُونَةٌ وَ أَجْسَادُهُمْ نَحِيفَةٌ وَ حَاجَاتُهُمْ‏ خَفِيفَةٌ وَ أَنْفُسُهُمْ عَفِيفَةٌ؛ صَبَرُوا أَيَّاماً قَصِيرَةً، أَعْقَبَتْهُمْ رَاحَةً طَوِيلَةً، تِجَارَةٌ مُرْبِحَةٌ يَسَّرَهَا لَهُمْ رَبُّهُمْ؛ أَرَادَتْهُمُ الدُّنْيَا فَلَمْ يُرِيدُوهَا، وَ أَسَرَتْهُمْ فَفَدَوْا أَنْفُسَهُمْ مِنْهَا

Leurs cœurs sont tristes mais conjurent le mal; leurs corps sont maigres, leurs besoins modestes et  leurs âmes chastes. Ils patientent durant des jours qui leur paraissent courts en comparaison du bien-être sans fin qui y succède. C’est un commerce gagnant que leur Seigneur leur a facilité. Sollicites par la vie terrestre, ils s’en éloignent. Retenus par elle de force, ils s’en sont affranchis.

 

مَّا اللَّيْلَ فَصَافُّونَ أَقْدَامَهُمْ، تَالِينَ لِأَجْزَاءِ الْقُرْآنِ يُرَتِّلُونَهَا تَرْتِيلًا، يُحَزِّنُونَ بِهِ أَنْفُسَهُمْ وَ يَسْتَثِيرُونَ بِهِ دَوَاءَ دَائِهِمْ؛ فَإِذَا مَرُّوا بِآيَةٍ فِيهَا تَشْوِيقٌ، رَكَنُوا إِلَيْهَا طَمَعاً وَ تَطَلَّعَتْ نُفُوسُهُمْ إِلَيْهَا شَوْقاً وَ ظَنُّوا أَنَّهَا نُصْبَ أَعْيُنِهِمْ؛ وَ إِذَا مَرُّوا بِآيَةٍ فِيهَا تَخْوِيفٌ، أَصْغَوْا إِلَيْهَا مَسَامِعَ قُلُوبِهِمْ وَ ظَنُّوا أَنَّ زَفِيرَ جَهَنَّمَ وَ شَهِيقَهَا فِي أُصُولِ آذَانِهِمْ

La nuit, ils se tiennent ensemble pour réciter des passages du Coran. Ils s’en attristent et s’en servent comme remède centre leurs maux. Lorsqu’ils arrivent à un verset qui répond à leurs désirs ils s’y plaisent, y aspirant et se le représente devant leurs yeux. Et s‘ils rencontrent un verset menaçant, ils l’écoutent par l’ouïe de leurs cœurs et leur semble que la Géhenne est en  train de respirer contre leurs oreilles.

 

فَهُمْ حَانُونَ عَلَى أَوْسَاطِهِمْ، مُفْتَرِشُونَ لِجِبَاهِهِمْ وَ أَكُفِّهِمْ وَ رُكَبِهِمْ وَ أَطْرَافِ أَقْدَامِهِمْ، يَطْلُبُونَ إِلَى اللَّهِ تَعَالَى فِي فَكَاكِ رِقَابِهِمْ.وَ أَمَّا النَّهَارَ فَحُلَمَاءُ عُلَمَاءُ أَبْرَارٌ أَتْقِيَاءُ، قَدْ بَرَاهُمُ الْخَوْفُ بَرْيَ الْقِدَاحِ، يَنْظُرُ إِلَيْهِمُ النَّاظِرُ فَيَحْسَبُهُمْ مَرْضَى، وَ مَا بِالْقَوْمِ مِنْ مَرَضٍ؛ وَ يَقُولُ لَقَدْ خُولِطُوا

Ils ont la taille inclinée; leurs  fronts touchent la terre, ainsi que leurs paumes, leurs genoux et les pointes des pieds, demandant à Dieu de les sauver. Durant le jour, ils sont compatissants, savants, justes et pieux. La crainte de Dieu les a rendus maigres et, à les voir, on les prend à tort pour des malades, et quelqu’un de dire : ce sont des fous!

 

وَ لَقَدْ خَالَطَهُمْ أَمْرٌ عَظِيمٌ؛ لَا يَرْضَوْنَ مِنْ أَعْمَالِهِمُ الْقَلِيلَ وَ لَا يَسْتَكْثِرُونَ الْكَثِيرَ، فَهُمْ لِأَنْفُسِهِمْ مُتَّهِمُونَ وَ مِنْ أَعْمَالِهِمْ مُشْفِقُونَ؛ إِذَا زُكِّيَ أَحَدٌ مِنْهُمْ، خَافَ مِمَّا يُقَالُ لَهُ، فَيَقُولُ أَنَا أعْلَمُ بِنَفْسِي مِنْ غَيْرِي وَ رَبِّي أَعْلَمُ بِي مِنِّي بِنَفْسِي، اللَّهُمَّ لَا تُؤَاخِذْنِي بِمَا يَقُولُونَ وَ اجْعَلْنِي أَفْضَلَ مِمَّا يَظُنُّونَ وَ اغْفِرْ لِي مَا لَا يَعْلَمُونَ.

En effet, une idée force les inspire! Les petites actions ne les contentent pas et les grandes les appellent à œuvrer davantage. Chacun d’eux s’accuse d’aller lentement en besogne. Si on le félicite, il a peur de ce qu’on lui dit et rétorque: Je me connais moi-même. Mon Dieu! Ne m’en veux pas à cause de ce qu’ils disent, rends-moi meilleur que l’image qu’ils font de moi et pardonne-moi ce qu’ils ignorent.

 

À suivre…

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