Analyse stylistique du 2èm sermon de Fâtimah al-Zahrâ (S.A) (Partie 2)

SHAFAQNA – Ce qui suit fait partie du livre Analyse stylistique des Sermons de Fatima al Zahrâ’ (p), Compilé et traduit, annoté et édité par: Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.

Donc suivons maintenant le sermon après avoir passé en revue son introduction. Arrêtons-nous devant la première séquence du sermon, à savoir “les ai crachés après les avoir mâchouillés, et les ai détestés et s’en était lassée après les avoir sondés (éprouvés) ou les ai haïs dans le cœur à cause de leurs mauvaises conduites”. Nous avons remarqué l’importance sémantique de cette séquence ou unité linguistique et nous avons dit qu’elle constitue un fil qui lie entre la déduction “détestant vos hommes” et le sujet principal “l’éloignement de l’Imamat”. Nous remarquons que dans la métaphore “je les ai crachés après les avoir mâchouillés”, le mot “cracher / lafadha) signifie l’expulsion d’une chose de la bouche, et le mot “mâchouiller / ‘ajama” en arabe signifie mordre le bâtonnet pour examiner sa dureté ou sa consistance. Donc la métaphore est éloquente en ceci que la dureté ou l’absence de dureté symbolise la fermeté de la position ou l’absence de fermeté. Or voilà que certains parmi “les gens qui lient et délient” (açhâb al-halli wa-l-‘aqd) sont soumis à ce bas-monde, c’est-à-dire qu’ils manquent de fermeté face à la situation ou dans leur position. Quant au “crachat / lafdh) il symbolise l’absence de tout espoir en ces hommes. Il est à croire qu’il n’y a pas un symbole plus idoine que le crachat, dans leur cas, car le crachat est le sommet du mépris pour une chose, comme le noyau qu’on crache. Il est naturel que cette métaphore soit introduite après l’épreuve de la “Saqîfa” et son prolongement jusqu’à son décès, puisque le symbole a montré qu’il n’y avait pas d’espoir d’un retour au bon droit, au droit chemin. Ceci explique pourquoi dans ce sermon, contrairement au sermon précédent, la mention que ces hommes avaient été les protecteurs de la Religion est absente.

Certes, lors de ce sermon il s’agissait d’une réunion exclusivement féminine, mais le texte parle des hommes des femmes et le désespoir de les voir retourner au Droit chemin.La troisième métaphore qui suit “je les ai détestés après les avoir testés”(1). Cette métaphore est analogue à celle qui la précède “je les ai crachés après les avoir mâchouillés” sur le plan de l’expérience négative qu’elle a eue avec ces gens.

Toutefois il y a une petite différence entre elles concernant le degré de la haine et du test, sachant que ces deux concepts forment la matière des deux métaphores avec une différence de degré. Car en effet “chan’ân” (شنآن) est une haine avec hostilité et “sabr”(صبر) est un test avec précision dans l’expérimentation ou détail dans les composantes (du test), ce qui signifie que le sermon marque une progression artistique puisque dans la première métaphore il y avait uncertain degré de haine et de test alors que dans la seconde ce degré est remonté au prorata de la continuité de la conduite des hommes…

Examinons maintenant la séquence suivante : “que c’est laid de voir le tranchant ébréché, et de jouer après avoir été sérieux, de cogner (inutilement) sur le rocher, de voir la manche de lance déchirée, les opinions erronées, les désirs déviés.” Cet extrait comporte un bouquet de métaphores successives et de cadences harmonieuses et consécutives contribue à faire monter la stimulation artistique, et subséquemment sémantique que vise le sermon. Sur le plan structural cette section marque une progression ou un développement de l’étape précédente puisqu’elle dévoile ici la cause du rejet de ces hommes “je les ai crachés”, à savoir qu’ils incarnent “un tranchant ébréché”, “des opinions erronées” etc…

Le texte vise à signaler l’erreur et la faute de l’attitude prise par ces hommes en éloignant l’Imam Ali de la position qu’Allah lui avait choisie. Cette erreur est “opinion erronée” et la faute est “de suivre leurs désirs”. Ces deux sujets ont été dessinés par le sermon à travers une série excellente de métaphores, de cadences et de consécutions….

À lire aussi: L’analyse stylistique du 2èm sermon de Fâtimah al-Zahrâ (S.A) (Partie 1)

Ainsi, concernant la première métaphore :”que c’est laid de voir le tranchant ébréché / fa-qubhan li-fulûl-il-haddi” suivie par une autre “al-li’bi ba’da-l-jiddi” ou selon une autre version : “li-ufûn-ir-ra’yi wa khatal-il-qawli”, nous croyons que très probablement, artistiquement cette dernière version n’est pas la bonne et c’est pour deux raisons littéraire : l’une rythmique et l’autre sémantique. Rythmique, parce que la métaphore suivante la première “al-li’bi ba’da-l-jiddi” s’harmonise avec celle-ci sur le plan de la rime : “haddi, jiddi”, et mieux, ces deux finales unifiées sont harmonieuses non seulement par la rime, mais aussi le nombre de lettres qui les composent :” had / jid”, et la forme des lettres, le  ح h et le جj, sont d’une forme identique. En un mot, les deux phrases sont parfaitement harmonieuses sur tous les plans : rime, rythme, nombre des syllabes, nombre et forme des lettres, son, forme du mot etc. Donc la seconde version pourrait paraître discordante avec le reste (les séquences qui suivent), où les métaphores ont des finales rimées comme “çifât/ qanât// الصفاﺓ  -القناﺓ”. Ceci sur le plan rythmique…. Sémantiquement, “le tranchant ébréché / fulûl-il-haddi” qui signifie que le sabre a perdu son efficacité, ayant été ébréché, s’adapte mieux à la signification de la métaphore suivante “jouer après avoir été sérieux / al-li’bi ba’da-l-jiddi” étant donné que l’attitude normale de l’homme est le “sérieux”, alors que “jouer” est une attitude irresponsable dans sa vie. De même le sabre doit avoir normalement un tranchant aigu pour être efficace et pouvoir trancher, et lorsque son tranchant est émoussé, il perd son efficacité.

Passons maintenant aux deux métaphores suivantes :”qar’ al-çifât/ frapper sur le rocher” et “çad’ al-qanât/ la manche de lance déchirée ”

Et les suivantes :

“khatal al-ârâ’i/ les opinions erronées” et “zalal al-ahwâ’i/ les désirs déviés “…Ici nous ne devrions pas manquer de rappeler de nouveau la structure rythmique de cette section composée de six métaphores, phrases ou unités linguistiques qui sont réparties géométriquement selon divers traits :

-chaque deux métaphores ou phrases a deux finales unifiées (rimées) : (had حد/ jid جد) (çifât صفاة / qanât القناﺓ) (ârâ’ آراء/ ahwâ’ أھواء )

-symétrie entre le premier mot des deux unités :(khatalخطل/ zalalزلل ) (qar’قرع/ çad’ صدع)

-harmonie dans le nombre de mots de chaque deux unités homogènes…

Si nous laissons maintenant cet aspect rythmique pour regarder l’aspect métaphorique, nous rencontrons la série de traits artistiques suivants :

Dans la première unité linguistique comprenant les métaphores “fulûl-il-haddi/ le sabre ébréché” et “al-li’bi ba’dal-jiddi / le jeu après le sérieux”, nous remarquons que le sermon traite du coup d’état survenu après le décès du Messager (P) auquel fait allusion la Parole d’Allah : “S’il (Mohammad) mourait, donc, ou s’il était tué, retourneriez-vous sur vos talons”(2)et il a formulé pour cette situation ou cet événement ainsi qu’aux événements qui l’ont précédé et suivi des symboles et des métaphores dont celle-ci “que c’est laid de voir le sabre ébréché”, étant donné que le tranchant symbolise la situation à l’époque du Prophète (P) où bien que certains compagnons fussent hypocrites ouvertement et d’autres intérieurement, leur attitude manifeste était positive et représentait un sabre tranchant, mais qui après la disparition du Prophète (P) cette attitude a connu un revirement que Fatimah (p) a symbolisée par “le sabre ébréché”. L’importance de cette métaphore est qu’elle symbolise le combat puisqu’il était question d’un coup d’état politique (revirement) qui s’harmonise avec le combat dans la métaphore du sabre, le combat ayant ceux formes : par le sabre ou par l’attitude (la prise de position).

Quant à l’autre image (qui s’apparent plus au symbole qu’à la métaphore), celle de : “le jeu après le sérieux”, elle représente un développement organique de l’image précédente, puisque le sabre après avoir été ébréché, a perdu son efficacité, et par conséquent, la situation (coup d’état ou revirement) après son décès. En d’autres termes le prolongement de la prophétie par l’Imamat est la position requise, et tout le reste n’est que jeu, c’est-à-dire l’absence de sentiment de responsabilité, et celle-ci est une pratique absurde, la pratique du jeu.

On voit donc combien cette image symbolique est pittoresque, profonde et attrayante.

À Suivre …

Notes:

1- وشَنِئْتُھُم بَعدَ أنْ سبرتُھُم chani’tahum ba’da an sabaratuhum

2- Sourate âle Imrâm / La Famille de ‘Imrân : 3/144.

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