SHAFAQNA – Ce qui suit fait partie du livre Analyse stylistique des Sermons de Fatima al Zahrâ’ (p), Compilé et traduit, annoté et édité par: Abbas Ahmad al-Bostani, sélectionné par SHAFAQNA.
Passons à présent à la seconde unité linguistique qui comprend elle aussi deux images : “qar‘-il-çifâti/ cogner contre le rocher” et “çad’-il-qanâti/ la mollesse ou la déchirure de la manche de lance”. Ces deux images semblent être des “intertextes”(1)ou empruntes à des proverbes ou expressions couramment etmétaphoriquement utilisées. La première symbolise ce qui est reprochable, défectueux ou honteux. Donc “qar‘/ frapper ” aboutit à ébrécher et rendre défectueux. Il en va de même pour l’autre image “intertexuelle” : “çad’-il-qanâti/ déchirer la manche de la lance”, étant donné que “çad’ ” est le fait de déchirer, et “qanât ” est la manche de la lance; or, lorsque la manche est déchirée, elle perd son efficacité dans l’usage. Ainsi, les deux images symbolisent l’attitude négative de ces hommes face à l’Imamat qu’Allah avait attribué à l’Imam Ali (a) et à ses descendants. Il reste à s’interroger sur le développement organique de ces deux images par rapport aux deux précédentes. On peut dire à cet égard que celles-ci avaient dessiné seulement les premiers signes (ou les prémices) de la négativité de l’attitude, symbolisés par l’épointement du sabre et le jeu, puisque lorsque le sabre est épointé, il ne perd pas totalement son efficacité, et le jeu n’empêche pas totalement le sérieux, tandis que “qar’ /frappe” et “çad’ / déchirure ” représentent un plus haut degré de la perte de l’efficacité. À noter au passage que “”qar’ /frappe” symbolise ce qui est moral, et “çad’ / déchirure “, ce qui est matériel ou mobile, ou en d’autres termes ils symbolisent respectivement ce qui est “intellectuel ou idéologique et ce qui est pratique.
Concernant les deux images incarnant la troisième unité linguistique, elles constituent un développement de l’opération de la progression organique précédente, puisqu’elles nous parlent franchement et clairement de l’attitude, sans recourir à des métaphores imagées. Elles le font dans un langage quasi direct. Ces deux images sont “khatal-il-ârâ’i / les idées erronées ” et “zalal-il-ahwâ’i / des désirs déviés”. On peut dire que “khatal / erreur” et “zalal / déviation, faute” incarnent l’attitude négative à son niveau le plus précis, puisque l’homme –à l’exception de l’infaillible –adopte deux types d’attitude négative : “l’erreur” et “la faute”. La première est une attitude involontaire, à cause d’un manque de conscience, la seconde est volontaire et s’apparente au péché, comme quelqu’un recherche la gloire ou une haute position sociale tout en sachant qu’il n’est pas qualifié pour cette dignité. En tout cas le sermon a pris en considération cet aspect de la nature humaine, et a dessiné l’attitude de l’homme dans ses deux types incarnant l’erreur et la faute, et ces deux conduites se sont reflétées dans la position des hommes qu’il décrit, vis-à-vis de l’Imamat. A ne pas ignorer la forme plurielle (opinions et désirs) que le sermon a employée pour traduire les différences qui distinguent ces hommes à cet égard, les uns des autres.
Passons maintenant à une nouvelle section :
-Certes (je jure, forcément), j’ai mis autour de leur cou sa corde (duCalifat)
لا جرَمَ لقد قلّدتھم ربقتھا lâjorma! laqad qalladtahum ribqatihâ
-et je leur ai fait porter son fardeau
وحمّلتھم أوقتھا
âammaltahum awqatahhwa
-et j’en ai jeté (saupoudrer) la honte sur eux
وشننت علیھم عارھا
wa chanantu ‘alayhim ‘ârahâ
-que leurs nez soient coupés, qu’ils soient anéantis et qu’ils soient écrasés ces gens injustes
فجدعاً وعَقراً وسُحقاً للقوم الظالمین
.liminâdh-dhi-qawm-l-qan lihaqran wa su‘an wa ‘jad-fa
À lire aussi: Analyse stylistique du 2èm sermon de Fâtimah al-Zahrâ (S.A) (Partie 2)
Cette section est la suite ou le couronnement de la précédente. En effet après avoir expliqué les causes de la haine, Fatimah (p), elle explique ici la responsabilité qu’ils doivent assumer, en s’appuyant sur le serment auquel elle ajoute l’expression “lâ jurma/ certainement” de confirmation et de négation du contraire, ce qui amplifie la phrase au prorata de l’ampleur de la responsabilité… A noter que la section a adopté trois métaphores pour expliquer la responsabilité : la première “qalladtum rabaqatahâ”, “rabaqah” est l’anse d’une corde, ce qui symbolise le fait de nouer ou lier fortement, et “taqlîd” vient de qilâdah(collier) qui encercle le cou, ce qui signifie que le texte montre que leur conduite on ne peut plus condamnable car elle a poussé au bout la honte qui découle de leur attitude.
Quant à la seconde métaphore”hamaltahum awqatahâ”, “awq” est lepoids (lourdeur) et le pessimisme, ce qui ajoute à la précédente métaphore “le pessimisme” et constitue un développement organique par rapport à elle (à cause de l’ajout du pessimisme). En ce qui concerne la troisième métaphore “channat ‘alaykum ghârataha/ “, elle marque à son tour un développement de ce qui précède, puisque elle en devient le couronnement, la honte que Fatimah (p) leur avait attribuée les ayant encerclés de tous les côtés, tout car la razzia signifieque l’on attaque de tous les côtés. Notons que le fait que selon une autre version au lieu de “ghârataha/ razzia” le mot employé est ” ‘ârahâ/ honte” la signification ne change pas, bien que nous croyions que “ghâratahâ ” soit la bonne version, car elle s’harmonise sur le plan rythmique avec les deux précédentes métaphores.
Ensuite la section se termine par trois termes de “condamnation au malheur”, c’est-à-dire souhait du malheur aux hommes dont elle parle, à travers le terme “du’â’ ” selon la terminologie de la rhétorique, car habituellement on se contente d’employer un seul de ces trois termes “fa-jad’an, wa ‘aqran, wa bu’danli-l-qawm-idh-dhâlimîn”(2)(c’est-à-dire : bu’danli-l-qawm-idh-dhâlimîn ). Donc le fait d’employer trois formules successives deprière de demande (du’â’) ou de souhait du malheur contre eux, signifie que ce souhait de malheur ou du’â’ est exacerbé, porté à son paroxysme, en raison de l’ampleur de l’attitude négative des hommes visés. Donc il y a symétrie entre la gravité du du’â’et la gravité de l’attitude négative. À noter que la première formule du souhait de malheur “jad’an” signifie amputation du nez, de l’oreille ou de la lèvre dans la métaphore c’est le nez), la seconde ” ‘aqran” l’anéantissement, la troisième l’éloignementd’Allah de ces hommes. Ces trois formules ou expressions de souhait de malheur connaissent aussi une succession progressive : la première exprime la honte qui a atteint ces hommes, la seconde est la conséquence de leur attitude, la troisième le châtiment eschatologique qui les attend, en l’occurrence, l’éloignement d’Allah d’eux.
À Suivre …
Notes:
1-Ensemble des relations existant entre un texte (notamment littéraire) et un ou plusieurs autres avec lesquels le lecteur établit des rapprochements. Intertextualité entre les fables de LaFontaine et celles d’Ésope. —Adj.INTERTEXTUEL, ELLE.(Le Petit Robert).
2- Que les nez, oreilles et lèvres des gens injustes soient coupés (jad’an), qu’ils soient anéantis ou blessés ( ‘aqran), qu’Allah soit loin d’eux (bu’dan).
