«Le monde contre l ‘Amérique» / Le 11 septembre dans les mémoires de l’Ayatollah Hashemi Rafsandjani

Shafaqna français- L’ouvrage « L’Amérique bat le tambour de la guerre » relate les événements historiques du 11 septembre et leurs conséquences pour les pays islamiques, à partir des souvenirs quotidiens du défunt Ayatollah Hashemi Rafsanjani, figure politique majeure de l’Iran contemporain. Shafaqna Français a édité des extraits de ce livre sous l’autorisation des auteurs, Mohsen Hashemi et Abbas Bashiri.

Le monde contre l ‘Amérique

Partout dans le monde, y compris dans la plupart des pays islamiques, l’opposition à la décision arbitraire des États-Unis d’attaquer l’Afghanistan sans autorisation de l’ONU a augmenté, et dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis eux-mêmes, des manifestations publiques de grande ampleur ont eu lieu contre la politique belliciste américaine.

Même des étudiants américains ont organisé des manifestations de masse pour exiger que les États-Unis n’entrent pas en guerre. Ils ont réclamé justice pour les auteurs des attentats terroristes du 11 septembre par des moyens pacifiques.

Les étudiants, tout en condamnant les attentats terroristes perpétrés contre les États-Unis, ont affirmé que les représailles américaines ne sauraient apaiser la douleur. La manifestation, qui s’est déroulée dans plus de 100 universités américaines, était intitulée ” Action pour mettre fin à la guerre ” .

Des milliers de New-Yorkais ont également manifesté contre la réponse du gouvernement américain aux récentes attaques survenues dans le pays. Les manifestants à New York ont réagi aux craintes d’une riposte américaine. Selon eux, la réponse de la Maison Blanche est dangereusement encline au recours à la force militaire. Les New-Yorkais se sont rassemblés aux carrefours de la ville et ont scandé des slogans contre la guerre.

Malgré tout cela, l’Amérique semble déterminée à attaquer l’Afghanistan. Le discours arrogant et menaçant du président américain devant le Congrès, qui a attiré l’attention des médias du monde entier, confirme cette impression. Dans ce discours, Bush déclare explicitement que nous commencerons la guerre contre le terrorisme par Al-Qaïda en Afghanistan, puis que nous nous attaquerons aux autres centres terroristes ou à leurs soutiens. Il affirme avec arrogance que tous les pays du monde, dans ce combat, sont soit avec nous, soit avec notre ennemi et complice des terroristes.

Les informations indiquent qu’après ce discours, les États-Unis ont explicitement demandé au Pakistan de s’allier aux talibans et d’en payer le prix, ou de se ranger du côté des États-Unis et de coopérer pleinement pour vaincre les talibans et Ben Laden.

Il semble que le Pakistan ait choisi la seconde option et ait annoncé officiellement qu’il accepterait toutes les exigences américaines. Parallèlement, face à la menace croissante d’une attaque américaine contre l’Afghanistan, les manifestations et les protestations publiques se sont intensifiées au Pakistan contre le gouvernement qui accepte de coopérer avec les États-Unis contre les talibans.

Dans le même temps, en Iran, l’Ayatollah Khamenei a critiqué les actions militaires américaines, déclarant : ” Nous nous opposons à l’attaque américaine contre l’Afghanistan et nous ne coopérerons à aucune action menée par les États-Unis ” .

Certains perçoivent les déclarations de l’Ayatollah Khamenei, comme une simple opposition à la politique belliciste et vengeresse des États-Unis. D’autres, en revanche, affirment que ces déclarations ont empêché Khatami de s’aligner sur la position américaine.

J’ai également confirmé et souligné [le 23 octobre 2001] les déclarations de l’Ayatollah Khamenei selon lesquelles les menaces et la guerre froide des États-Unis et leur propagande psychologique contre l’Iran ne peuvent pas changer le cours de notre pays dans son opposition à la guerre contre l’Afghanistan.

Dans un discours prononcé devant les professeurs de l’Université de Téhéran, faisant référence aux propos du président américain et à sa décision d’entrer en guerre contre l’Afghanistan, j’ai déclaré : « Les Américains sont véritablement désorientés et n’ont pas encore retrouvé leur équilibre après les attentats du 11 septembre ; leurs déclarations, analyses et décisions contradictoires témoignent de leur instabilité. Tantôt ils prétendent vouloir la coopération de l’Iran pour résoudre les problèmes, tantôt ils nous menacent et déclarent : “Nous commencerons par Al-Qaïda, puis nous irons ailleurs.” Ce qui signifie probablement l’Irak ou l’Iran . »

En réponse à un professeur qui s’interrogeait sur la possibilité d’une confrontation entre l’Iran et les États-Unis après les attentats du 11 septembre, j’ai déclaré : « Le problème, c’est que les États-Unis traversent une crise et ne sont pas dans une situation normale. Ils ne maîtrisent pas la situation actuelle et, au lieu de s’attaquer aux causes profondes de cette crise, ils cherchent simplement une victime et veulent démontrer leur puissance en attaquant d’autres pays. « Par conséquent, nous devons prendree cette possibilité au sérieux, rester vigilants et suivre la situation de près. »

À lire aussi : « L’Amérique et l’Occident contre l’Islam » / Revue sur les événements du 11 septembre

Une alternative aux taliban

Alors que Burhanuddin Rabbani, président du gouvernement des Moudjahidines, et le mollah Omar, chef des talibans, affirment que Zahir Shah n’a ni l’autorité ni le pouvoir de gouverner l’Afghanistan, un groupe d’Afghans, le « Groupe de solidarité nationale », s’est formé à Peshawar, au Pakistan. Partisans de Zahir Shah, ils ont déclaré vouloir préserver l’unité, la paix et la prospérité du pays. Il est clair qu’avec le soutien des États-Unis, ils cherchent à mobiliser le peuple afghan pour faire avancer sa cause en faveur de Zahir Shah.

Des négociations intensives sont actuellement en cours en Italie avec Zahir Shah, et le Front uni du Nord négocie également avec lui. Alors que le général Soleimani annonçait il y a quelques jours que le Front uni du Nord avait protesté auprès des Américains contre la proposition de Mohammad Zahir Shah comme futur président de l’Afghanistan, il semblerait que les négociations entre l’Alliance du Nord et Zahir Shah en Italie aient abouti. Un accord aurait été conclu pour la création d’un Haut Conseil de l’unité nationale, puis d’une Loya Jirga (Assemblée des anciens afghans) chargée d’élire le dirigeant de l’Afghanistan.

Cet accord n’est pas sans lien avec les positions du Parti de la Solidarité Nationale, fondé aujourd’hui à Peshawar, au Pakistan. L’annonce de l’accord entre le Front du Nord et Zahir Shah, compte tenu de leurs positions antérieures opposées, a suscité un vif intérêt dans les médias. Pendant ce temps, les Européens semblent insister sur Zahir Shah et l’ont publiquement soutenu, tandis que le Pakistan a annoncé le considérer comme le candidat le plus apte à former le futur gouvernement afghan. Cette position est perçue comme un revirement étrange et un signe de faiblesse de la part des États-Unis et du Pakistan. Ce constat est d’autant plus préoccupant que le Pakistan insiste pour inclure des membres modérés des talibans au sein du gouvernement, ce à quoi s’opposent l’Iran, la Russie et l’Inde. Il semble que les États-Unis tentent d’imposer leur candidat aux talibans par une guerre psychologique et en simulant un conflit armé.

Les États-Unis battent le tambour de la guerre

Malgré l’opposition mondiale croissante à la guerre, les États-Unis continuent de faire pression sur elle, même si la plupart des experts en questions politiques régionales estiment que les États-Unis n’ont aucune raison légale ni preuve documentaire d’attaquer l’Afghanistan.

Dans un reportage diffusé par des sources espagnoles, il a été déclaré qu’une attaque contre l’Afghanistan allait bientôt commencer, et que des manœuvres militaires d’Oman et de Grande-Bretagne avaient commencé dans la mer d’Arabie, et que sous ce prétexte, des dizaines de navires de guerre et d’avions britanniques étaient arrivés dans la région.

Les membres de l’OTAN ont également annoncé que les États-Unis avaient présenté des preuves convaincantes de la responsabilité d’Oussama ben Laden et que l’OTAN était convaincue de la nécessité de coopérer avec les États-Unis dans une éventuelle guerre contre le terrorisme. Le Premier ministre britannique, Tony Blair, a également annoncé que les États Unis attaqueraient les talibans et a déclaré que ces derniers devaient soit livrer Oussama ben Laden, chef d’Al-Qaïda, soit se préparer à la guerre. Le président pakistanais, Pervez Musharraf, a également affirmé que le règne des talibans touchait à sa fin.

Il est rapporté que le Ministre des Affaires étrangères Colin Powell, affirmant que son pays dispose de preuves suffisantes pour prouver l’implication d’Oussama ben Laden, le chef d’Al-Qaïda, dans les attentats du 11 septembre, s’est rendu dans les pays arabes du Golfe persique, pour s’expliquer et demander leur aide, et que le Premier ministre britannique Tony Blair se trouve en Russie dans le même but et ira au Pakistan demain.

Il semble qu’ils n’aient pas encore réussi à convaincre les pays de la région d’utiliser leurs infrastructures ou leurs aéroports, et l’information concernant l’accord de l’Ouzbékistan sur une aide militaire a été démentie. La situation est telle qu’il semblerait que les États-Unis souhaitent annuler 5 milliards de dollars de la dette turque afin d’obtenir la coopération et l’aide du pays. Dans le même temps, Ben Laden a publié une déclaration niant son implication dans les l’attentat américaine et promettant des représailles en cas d’attaque américaine, et les talibans ont déclaré qu’ils étaient prêts à combattre, et Gulbuddin Hekmatyar, le chef du Hezb-e-Islami Afghanistan, a annoncé qu’il s’opposerait à l’Amérique.

Des informations ont également circulé selon lesquelles des commandos américains, guidés par des Russes, ratissent les hauteurs des montagnes du Pamir en Afghanistan à la recherche de la cachette d’Oussama ben Laden, et il a été annoncé qu’un millier de soldats américains sont entrés en Ouzbékistan pour attaquer l’Afghanistan. Cette initiative intervient alors que le Royaume-Uni a mis en place un comité de surveillance chargé de suivre l’application de la récente résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la lutte contre le terrorisme. Cette rapidité d’action témoigne du sérieux avec lequel les États-Unis et leurs alliés abordent leurs projets. Cependant, certains milieux politiques et sources d’information évoquent un retard délibéré des États-Unis dans les opérations militaires, soi-disant pour préparer les adversaires des talibans à la guerre et pour obtenir la reddition de ces derniers afin de livrer Ben Laden sans effusion de sang.

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