SHAFAQNA- Au Japon, l’immigration est devenue un sujet sensible. Des rumeurs circulent en ligne, visant spécifiquement les musulmans. Cependant, ces allégations sont rarement prouvées.
Sanae Takaichi, nouvelle Première ministre japonaise nommée en octobre 2025, est célèbre pour ses opinions opposées à l’immigration. Issue de la droite conservatrice, elle a promis une politique stricte envers les étrangers. Depuis ce moment-là, il y a des rumeurs sur les réseaux sociaux qui prétendent qu’elle a choisi d’expuler tous les étrangers culturellement incompatibles. Certains internautes partagent une vidéo prétendument montrant des migrants islamistes en train de prier pour demander l’application de la sharia, pour illustrer leurs propos.
Ce message déforme considérablement la réalité. Bien que les autorités japonaises aient annoncé une réforme de certaines politiques envers les étrangers, il n’est pas question d’expulser ceux qui seraient considérés comme culturellement incompatibles. La vidéo partagée a été détournée de son contexte, les images témoignent des célébrations locales d’une fête musulmane, et non d’un rassemblement en faveur de la charia.
Dès son arrivée au pouvoir, Sanae Takaichi a déclaré une régression de la politique envers les étrangers, avec une application plus stricte des lois, en particulier sur les visas, la résidence et le respect des règles sociales. Pourtant, aucune source crédible ne soutient que la nouvelle chef du gouvernement japonais ait déclaré vouloir expulser les étrangers culturellement incompatibles. Elle a clairement déclaré qu’elle réagirait à des infractions au droit, mais pas à l’expulsion de personnes en raison de leur culture ou de leur religion.
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Célébration de l’Aïd-al-Fitr
Les internautes ont également extrait la vidéo de son contexte. Une recherche d’image inversée à partir de captures d’écran de la séquence permet de trouver des photos similaires sur le site web de l’association Cercle islamique du Japon. D’après la description qui lui est associée, ces images dépeignent la célébration d’une fête musulmane organisée par la mosquée Hira Masjid Gyotoku, à Tokyo. La mosquée n’a pas répondu dans l’immédiat à la demande de confirmation de la Deutsche Presse-Agentur.
Cependant, il est possible de trouver une vidéo presque identique sur son compte Instagram. Un adhérent a partagé une légende qui raconte un rassemblement pour célébrer l’Aïd al-Fitr, une fête marquant la fin du Ramadan. La vidéo a été rendue publique le 1er avril 2025, après la fin du jeûne qui est prévue pour le 31 mars. D’après les commentaires en ligne, cette fête s’est déroulée dans le parc de Minami-Gyotoku, dans la préfecture de Chiba. Les images sur Google Maps confirment l’emplacement exact. Les structures de jeux pour enfants sont clairement visibles.
Inquiétude croissante face à l’immigration
Au cours des dernières années, le nombre de résidents étrangers au Japon a augmenté de manière significative, atteignant environ 3,8 millions. Les travailleurs étrangers sont fréquemment employés dans la construction, l’industrie et la restauration, des secteurs qui font face à une pénurie de main-d’œuvre due au déclin démographique. Dans ce contexte, la crainte de perdre l’identité culturelle japonaise est cruciale. Néanmoins, même avec ces inquiétudes, seuls 3% de la population totale de l’archipel est composée de résidents étrangers.
En 2024, les musulmans représentaient environ 0,3% de la population, mais leur nombre a plus que triplé au cours des 20 dernières années, selon les médias locaux. Le groupe le plus important par pays est constitué d’indonésiens, suivis des bangladais, des pakistanais, des malaisiens et des turcs. En juillet 2025, environ 160 sites de mosquées ont été recensés dans tout le pays.
La campagne de Sanae Takaichi a mis l’accent sur l’immigration. Sur les réseaux sociaux, il y a eu une prolifération de fausses rumeurs visant les étrangers, en particulier les musulmans. Au cours des derniers mois, plusieurs organisations de fact-checking, dont la dpa, ont réfuté plusieurs allégations infondées à leur sujet.
Source: Iqna
