Premier député musulman de France

SHAFAQNA- Des photos de jeunes filles voilées dans la tribune des visiteurs de l’Assemblée nationale française lors d’une visite pédagogique le mercredi 5 novembre ont provoqué un vif débat dans les milieux politiques et médiatiques français.

Le Rassemblement national, un parti d’extrême droite, a critiqué cette présence, et la présidente de l’Assemblée a estimé qu’il était inacceptable que de jeunes enfants puissent porter des signes religieux ostensibles dans les tribunes. Néanmoins, la présence de signes religieux à l’Assemblée nationale française, actuellement sujette à controverse, contraste fortement avec un événement souvent négligé de l’histoire du pays, il y a plus d’un siècle, un député musulman a été élu.

À la fin du XIXème siècle, le médecin Philippe Grenier (1865-1944) a été désigné comme le premier député musulman de France. Il est entré au Parlement en portant un burnous, un caftan et un turban algériens après avoir obtenu 51 voix lors d’une élection partielle. Il a été enregistré à la Chambre des députés en tant que membre de la gauche radicale.

Thomas Sibille, écrivain de La place de l’Islam en France, entre fantasmes et réalités, explique, lors d’un entretien avec Echorouk. Selon lui: « À la fin du XIXème siècle, la France conserve l’héritage de la Révolution, la liberté de conscience est considérée comme un élément naturel de la citoyenneté. Tant qu’une personne agit dans l’intérêt commun, sa foi n’est pas un obstacle à la vie privée ».

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Il affirme: « Philippe Grenier est élu non pas en raison de sa foi, mais en raison de son engagement social en tant que médecin, proche des classes populaires, ce qui était d’ailleurs directement lié à sa foi. Son burnous n’est pas perçu comme une provocation, mais comme le témoignage d’une expérience vécue en Algérie qui l’a profondément modifié. De nos jours, l’Islam est devenu un symbole identitaire, souvent lié à la géopolitique, à la sécurité ou à l’immigration. Ce changement de perception ne découle pas de l’Islam en lui-même, mais du contexte politique qui l’entoure ».

Thomas Sibille a réalisé la couverture du livre « La place de l’Islam en France: entre fantasmes et réalités », publié aux Éditions Héritage en juin 2021. Sur la couverture, on peut voir Philippe Grenier au Parlement français, portant un habit traditionnel algérien, comme le Petit Journal l’a illustré dans son édition du 24 janvier 1897. En 1889, Grenier s’installe à Pontarlier en tant que médecin et gagne rapidement le titre de médecin des pauvres. En tant que conseiller municipal, il mène de nombreuses campagnes sur les questions de santé publique et d’assistance sociale avant d’être élu député le 20 décembre 1896.

La ville écrit sur son site internet: « Il n’a que quinze mois de mandat, mais son sérieux fait rapidement taire les sarcasmes envers ce personnage qui cultive les paradoxes et les audaces, musulman au cœur d’un Haut-Doubs très catholique, et antialcoolique au pays de l’absinthe. Pendant ce court mandat, il se fait remarquer par son intérêt pour les petites gens et pour les sujets liés à la Défense nationale ».

Source: Iqna

www.shafaqna.com

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