Traduction du Coran rohingya vise à raviver la langue d’une minorité+ Photo

SHAFAQNA- La traduction du Coran en langue rohingya est un moment historique pour un peuple qui a longtemps été privé de ses droits fondamentaux.

La minorité musulmane rohingya, qui est originaire de l’État de Rakhine (anciennement Arakan) à l’ouest du Myanmar, est confrontée à la marginalisation, à l’exil forcé et à la tentative constante d’effacer son identité depuis des décennies. Dans ce contexte, traduire le Coran dans sa langue n’est pas seulement une action religieuse, mais aussi une forme de résistance culturelle et linguistique. Ce projet a pour but de redonner une voix à un peuple dont la langue, la foi et la mémoire ont été réprimées.

Peuple effacé de son histoire nationale

La région côtière de l’Arakan, sur le Golfe du Bengale, était habitée historiquement par les rohingyas, un peuple indo-aryen majoritairement musulman. Avant les persécutions massives de 2017, leur nombre était estimé à 1,4 million. Cependant, depuis plusieurs décennies, ils font l’objet d’une politique d’exclusion systématique de la part des autorités birmanes. En 1982, une loi sur la citoyenneté les a officiellement dépouillés de leur nationalité, les traitant comme des étrangers d’origine bangladaise.

Cette décision a établi leur apatridie et justifié leur exclusion sociale, économique et politique. Les rohingyas ont enduré une précarité organisée en raison de l’absence d’éducation, de soins médicaux et d’infrastructures.

Langue rohingya est un instrument d’identité en péril

La langue rohingya, qui ressemble au dialecte chittagonien du Bangladesh, est restée principalement orale pendant la colonisation britannique. Les échanges écrits étaient effectués en anglais ou en ourdou, puis en birman après l’indépendance. Les rohingyas utilisaient différentes formes du script arabo-persan pour écrire leur langue, mais aucune n’avait été standardisée.

En 1975, la normalisation a commencé en 1985, suivie par la création d’un alphabet spécifique, le script hanifi, par le savant rohingya Mohammed Hanif. En exil au Bangladesh, Hanif a conçu ce système d’écriture, qui s’inspire de l’arabe mais est adapté aux sons du rohingya, après avoir fui les persécutions. En 2018, l’adoption du script hanifi dans le standard Unicode a été une victoire symbolique, la langue rohingya a enfin obtenu une reconnaissance numérique mondiale. Google a développé une police d’écriture spécifique et un clavier virtuel pour écrire dans cette langue.

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Projet de traduction du Coran entre foi et résilience

Le chercheur rohingya Qutub Shah, enseignant en religions comparées à l’Université islamique internationale de Malaisie, a initié le projet de traduction du Coran en rohingya. Il a fait équipe avec Dakwah Corner Bookstore, une maison d’édition spécialisée dans la diffusion de la littérature islamique à Petaling Jaya, à proximité de Kuala Lumpur. Étant conscients que la majorité des Rohingyas ne parviennent pas à lire leur langue, les responsables du projet ont décidé d’innover en commençant non pas par une version écrite, mais par une traduction orale et audiovisuelle du Coran.

L’objectif premier de ce choix est de rendre le message du Coran accessible à tous, même à ceux qui ne savent pas lire, en adoptant une approche pragmatique. Le travail a commencé en 2021 et s’est terminé à l’été 2023. Les enregistrements sont composés d’enregistrements audio et vidéo, mêlant la récitation arabe du Coran à la traduction orale en rohingya. Plusieurs sources ont été utilisées par les traducteurs, y compris des traductions anglaises, ourdous, bengalies et birmanes publiées par le Complexe du roi Fahd de Médine.

Vers une renaissance culturelle et linguistique

Une version écrite en script hanifi est actuellement en cours d’élaboration en se basant sur cette traduction orale. Les cinq premières sourates ont déjà été traduites et mises en page. Néanmoins, l’équipe est confrontée à des défis majeurs, le manque de vocabulaire religieux rohingya, la disparition de nombreux termes et l’absence de tradition littéraire. Les traducteurs ont été contraints d’utiliser des néologismes, des paraphrases et parfois plusieurs mots pour décrire un seul terme arabe. Le travail, long et minutieux, cherche à concilier fidélité au texte sacré et intelligibilité linguistique.

La traduction inclut des notes de contexte et des interprétations pour expliquer et commenter, car la langue rohingya ne possède pas encore de vocabulaire théologique consolidé. En même temps, l’équipe a dû mettre en place les infrastructures techniques requises, création d’un clavier, création de polices d’écriture et formatage des textes selon les normes de publication coranique. Dakwah Corner Bookstore a l’intention de faire imprimer environ 2 000 exemplaires de cette traduction et de la distribuer en Malaisie, au Bangladesh et en Arabie saoudite.

Source: Iqna 

www.shafaqna.com  

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