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Un combattant de l'armée syrienne libre porte son arme devant un graffiti sur lequel on lit le mot Daesh, dans le quartier de Masaken Hanano à Alep le 7 janvier 2014.

SHAFAQNA – RT : Le 14 juillet 2015, dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure de Marseille, Djebril Amara passe aux aveux. Cet ancien militaire marseillais de 23 ans, arrêté la veille avec deux complices s’est livré à une confession de près de cinq heures. Il est soupçonné d’avoir projeté un attentat contre la base de fort Béar, dans les Pyrénées-Orientales.

Alors que le procès de cette cellule s’ouvre le 9 avril, Le Monde a reproduit de larges ­extraits de cette audition fleuve. On y découvre le basculement d’un jeune homme déprimé dans l’endoctrinement djihadiste au travers de manipulations psychologiques.

Ils disaient carrément qu’il fallait venir en Syrie car je vivais sur une terre de mécréants, que le djihad était obligatoire

Djebril Amara est un ancien matelot entré dans la marine nationale en juin 2013 avec l’espoir de naviguer avec la flotte de l’armée française. Mais il a été recalé aux tests et affecté comme guetteur au fort Béar, le site militaire qu’il voulait viser par le projet d’attentat. «Quand j’ai appris que je n’allais pas être embarqué, ça m’a beaucoup coûté. J’avais perdu le rêve de ma vie» a-t-il raconté à la police. «Ça allait vraiment très mal […]. Le médecin m’a conseillé d’aller voir un psychiatre.[…] Etant un peu perdu, j’ai cherché quelque chose pour me raccrocher. […] Je me suis inscrit sur [un site de jeu vidéo] et je suis allé sur un forum consacré à l’islam.»

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Le jeune homme a ensuite fait une fixation sur les vidéos de Daesh où il avait l’impression que «des Français [lui] parlaient à [lui] directement» : «Ils disaient carrément qu’il fallait venir en Syrie car je vivais sur une terre de mécréants, que le djihad était obligatoire et que, si on ne le faisait pas, on était pire que des mécréants, qu’on n’était pas des hommes. Et que, si on ne pouvait pas venir, il fallait commettre une attaque en France. J’ai grandi à Marseille et ce genre de discours, qu’on n’est pas des hommes, c’est des piques qui touchent. Leur discours m’a complètement convaincu.»

Le jeune homme est «hypnotisé». Il arrête de sortir, de jouer à la console. Il coupe les ponts avec ses proches : «On commence à détester tout le monde. Je me voyais comme étant la seule bonne personne. Je regardais les gens avec mépris, dégoût. Ils ont réussi à me faire détacher les liens que j’ai avec ma mère.» Mais le jeune homme déprimé retrouve un sens à son existence : «Je me prenais pour un référent de Dieu sur Terre. Daesh m’a donné le sentiment d’être un porte-parole.» Quand il découvre les discours d’Abou Bakr Al-Baghdadi qui se présente comme un calife et un descendant du prophète, il le voit «comme un père, autoritaire et gentil, prévenant. Il disait que tout allait bien en Syrie et qu’il s’inquiétait pour nous car on est en terre de mécréants. Il disait “On vous aime, vous n’êtes pas seuls”.»

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Djebril ne sort plus car il faut éviter d’être au contact avec des femmes. Il obéit à Daesh mais il réalise qu’il n’est pas heureux : «Il n’y a pas eu un moment où j’ai été heureux. J’étais tout le temps dans le stress, la haine, la hargne. Haineux envers tout et tout le monde.»

Les attentats contre Charlie Hebdo de janvier 2015 marquent un tournant pour Djebril : «Ils ont attaqué des symboles. Je ne pouvais qu’être pour. […]. Je vis les événements en direct scotché sur BFM TV. La fiction devient réalité. Avant, ça se passait au Moyen-Orient, là, ça se passe à côté. […] Si d’autres l’ont fait, pourquoi pas moi?»

«Je n’étais pas musulman, j’étais Daesh», explique-t-il encore. Quand il se confie aux policiers, Djebril Amara semble avoir eu une réelle prise de conscience: «Quand on est Daesh, on a raison, tout le monde a tort. Je me suis rendu compte que non : quand on est Daesh, on est un imbécile. Et qu’on fait une erreur monumentale. L’erreur, je la paie aujourd’hui.»

Selon Le Monde, malgré une évolution positive de son état psychique, l’administration pénitentiaire souligne des «risques de rechute vers un épisode dépressif majeur»comparable à celui qui «a concouru à sa radicalisation». Djebril Amara encourt jusqu’à 20 ans de prison.

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