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Shafaqna – Par Samuel Lieven – Être prêtre et père d’un ou plusieurs enfants demeure un sujet tabou dans l’Église catholique, où les prêtres font vœu de célibat depuis le Moyen Âge – contrairement à leurs homologues orientaux qui peuvent se marier et avoir des enfants.

Psychologue irlandais âgé de 34 ans, Vincent Doyle remue ciel et terre depuis qu’il a découvert, en 2011, le secret que sa mère portait depuis tant d’années en fouillant dans les papiers de la maison familiale. Un long silence et une larme ont suffi à confirmer son intuition : le père biologique de Vincent Doyle n’est pas celui auprès de qui il a grandi, mais le Père John Doyle, un religieux spiritain revenu aux États-Unis après des années de mission en Afrique. L’adolescent s’était toujours senti très proche du prêtre missionnaire décédé en 1995, comme le relate un récit touchant et très fouillé duBoston Globe, publié à la mi-août.

« Obligation morale de quitter le ministère »

Après avoir pris le nom de son père biologique, Vincent découvre en ouvrant un compte sur le réseau social Facebook que son cas n’est pas aussi isolé qu’il le pensait. Surtout, il prend la mesure des souffrances – autrement plus dures que la sienne – engendrées par une telle situation chez nombre d’enfants cachés : blessures existentielles, détresse matérielle… Vincent Doyle fonde dans la foulée l’association « coping international » (« children of priests »), soutenue par la conférence épiscopale irlandaise.

En l’absence de dispositions claires dans le droit canonique de l’Église catholique, la mise au point effectuée par l’assemblée des évêques irlandais, dans un document adopté lors de leur assemblée de printemps en mai dernier et rendu public il y a quelques jours, après l’enquête du Boston Globe, et intitulé « Principes de responsabilité pour les prêtres qui ont engendré des enfants durant leur ministère », a le mérite d’être à la fois ferme et claire. Surtout, elle peut désormais servir de base pour des développements ultérieurs dans l’Église. Les évêques y rappellent non seulement que « les besoins de l’enfant sont prioritaires », mais aussi « qu’un prêtre, comme tout père, doit assumer ses responsabilités – personnelles, morales, légales et économiques ».

Le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston, va encore plus loin. Réagissant à l’enquête du Boston Globe, rendue possible grâce aux contacts et témoignages fournis par l’association Coping international, il déclare : « Si un prêtre se retrouve père d’un enfant, il a l’obligation morale de quitter le ministère et de pourvoir aux soins et aux besoins de la mère et de l’enfant. »

Quand le futur pape prenait position sur le sujet

Si le Vatican reste jusqu’à présent silencieux sur le sujet en dépit des diverses tentatives de Vincent Doyle d’approcher le pape François, l’ancien archevêque de Buenos Aires s’était déjà positionné sur le sujet dans un livre entretien avec le rabbin Abraham Skorka, le Ciel et la terre.

« Si un prêtre vient me trouver et me dit qu’il a mis une femme enceinte, je lui fais peu à peu comprendre que le droit naturel prime sur ses droits en tant que prêtre,écrit-il. En conséquence, il doit quitter le ministère et assumer la charge de l’enfant, même s’il décide de ne pas épouser la femme. Parce que s’il a le droit d’avoir une mère, l’enfant a aussi le droit d’avoir un père avec un visage. Je m’engage à régulariser tous ses documents à Rome, mais il doit tout quitter. Maintenant, si un prêtre me dit qu’il s’est laissé entraîner par la passion, qu’il a commis une erreur, je l’aide à se corriger. (C’est-à-dire) faire pénitence, respecter le célibat. Car la double vie ne fait pas de bien ».

L’enquête du Boston Globe précise que Vincent Doyle ne souhaite pas remettre en cause le célibat des prêtres en tant que tel. Et ce, alors que de nombreux enfants de prêtres qui l’ont contacté considèrent qu’il s’agit là d’une exigence inhumaine, cause de toutes leurs souffrances. Mais Vincent Doyle n’en fait pas pour autant son premier combat. « Si le pape annonçait la suppression du célibat, je dirais ’’génial’’, confie-t-il au quotidien américain. Mais cela ne résoudrait pas les problèmes des enfants de prêtres aujourd’hui et à court terme. »

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