« L’Islam, une religion française » ; Pour un nouvel islam de France

En se fondant sur l’enquête réalisée en 2016 par l’Institut Montaigne, Hakim El Karoui explore les pratiques, les croyances et les comportements des musulmans de France. Et insiste sur la nécessité d’engager une insurrection culturelle contre l’islamisme.

342
PARTAGER

SHAFAQNA – Le Monde par Antoine Flandrin : Le livre. Normalien, agrégé de géographie, ancien conseiller du premier ministre Jean-Pierre Raffarin (2002-2005) et ancien banquier d’affaires chez Rothschild, Hakim El Karoui aurait pu continuer à vivre sa religion comme une affaire privée. A rebours des membres « les plus intégrés de la communauté musulmane française » qui ont tendance« à se détourner de son organisation », il a décidé, après les attentats de 2015, d’engager un travail de réflexion sur une refonte de l’islam de France.

Dans L’Islam, une religion française, il présente un tableau des pratiques et des croyances des musulmans de France à partir des résultats de l’enquête qu’il a dirigée pour le compte de l’Institut Montaigne, avec l’appui de l’IFOP. Réalisée auprès de 15 459 individus âgés de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine, dont 874 personnes se définissant comme « musulmanes » et 155 comme « non musulmanes ayant des parents musulmans », cette étude publiée en septembre 2016 visait à brosser le portrait le plus fidèle possible des musulmans vivant en France. La dernière enquête sur le sujet, « Trajectoires et origines », remontait à 2008.

Typologie des musulmans critiquée

Hakim El Karoui établit que les musulmans, qui comptent pour 5,6 % de la population métropolitaine des plus de 15 ans, se caractérisent par leur pratique religieuse très supérieure à celle des catholiques et par leur diversité. « Le communautarisme musulman n’existe pas au sens où les musulmans n’ont aucunement le sens d’intérêts communs et sont incapables de mettre en place une organisation commune efficace », insiste-t-il.

L’essayiste s’appuie sur une typologie des musulmans de France qui, à la sortie de l’enquête, avait fait l’objet de vives critiques. Selon cette typologie, 46 % des personnes musulmanes ou de culture musulmane sont « totalement sécularisées ou en voie d’intégration dans le système de valeurs de la France contemporaine », 25 % développent une forte identité religieuse mais « acceptent la laïcité », et 28 % « réunissent des musulmans qui ont adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République ».

A partir de la même enquête, M. El Karoui propose une autre typologie guère plus rassurante. Selon cette variante, il y aurait à peu près 50 % de modérés ; 20 % de « durs », qui revendiquent un islam idéologique ; 11 % de rigoristes ; 11 % pour qui l’islam est plus choisi qu’idéologique ; et 9 % qui ne se déclarent pas musulmans.

Il maintient toutefois que la méthodologie de son enquête est « exemplaire », réglant au passage ses comptes avec Patrick Simon, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (INED), qui en avait pointé les « approximations » et l’« opacité ». « Pour Patrick Simon, si l’évocation de la laïcité est suspecte, le fait de s’intéresser à la population musulmane l’est encore plus », riposte M. El Karoui.

fr.shafaqna - « L’Islam, une religion française » ; Pour un nouvel islam de France« Salafiste de la République »

L’auteur bat en brèche les idées reçues sur l’islam avancées par Edwy Plenel, Caroline Fourest, mais aussi Alain Finkielkraut, Pascal Bruckner et Eric Zemmour, qu’il qualifie de « salafiste de la République ». Leur reprochant de dénier toute complexité à l’islam et de tomber dans le piège des islamistes, l’essayiste n’épargne pas non plus le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), « qui ne fait jamais la différence entre les musulmans », qu’ils soient extrémistes ou non.

M. El Karoui n’est pas à court d’arguments. Tant s’en faut. Mais à s’escrimer contre tous, il finit par s’essouffler. S’il est un point où il fait mouche, c’est sur la nécessité d’engager une insurrection culturelle contre l’islamisme. Selon lui, ni les pouvoirs publics ni les intellectuels médiatiques ne s’intéressent à la bataille qui se joue en France, comme dans les pays musulmans, entre les conservateurs et les modérés.

Or, partout, les islamistes sont en train de l’emporter. L’étude conclut au caractère très conservateur des musulmans de France. 65 % des musulmans interrogés se déclarent ainsi favorables au port du voile, lequel ne correspond pourtant à aucune obligation religieuse.

Selon M. El Karoui, les efforts des entrepreneurs islamistes pour imposer un « halal way of life » en France sont en train de porter leurs fruits. Plus de 40 % des musulmans interrogés pensent que la consommation de viande halal constitue l’un des cinq piliers de l’islam, ce qui est faux.

Elire un grand imam de France

L’inquiétude porte sur les jeunes, de plus en plus attirés par le fondamentalisme. M. El Karoui estime qu’entre 15 000 et 20 000 des musulmans de France sont salafistes. Sur YouTube, les 80 vidéos de théologie musulmane les plus vues sont toutes salafistes.

Pour lutter contre l’islamisme, l’essayiste propose d’en finir avec l’organisation de l’islam de France par les pays étrangers. Selon lui, la création d’un islam français passe par la création d’instances gérées par une nouvelle génération. Si la Fondation pour l’islam de France (FIF) a été créée en décembre 2016, avec pour objectif de former les imams et de produire des connaissances sur l’islam, reste à lancer une « association musulmane pour un islam de France » pour financer le culte.

Autre recommandation de M. El Karoui : l’élection d’un grand imam de France, qui aurait pour mission de conduire le travail théologique destiné à poser les jalons d’un islam français compatible avec les valeurs républicaines.

Conscient qu’il faudra des femmes et hommes neufs, mais également de l’argent pour faire advenir ce nouvel islam français, M. El Karoui avance de nombreuses pistes, dont une contribution sur le halal, marché de 5 milliards d’euros. Un programme audacieux qui tombe à pic à l’heure où le président de la République juge « indispensable » de mener « un travail sur la structuration de l’islam de France ».

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here