L’homme et le poids des responsabilités

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SHAFAQNA – L’homme est, avant tout, un être social qui a besoin de vivre avec ses semblables. C’est là un penchant naturel très marqué de l’être humain qui influencera toute son existence.

La société humaine est bâtie sur un ensemble de classes et d’individus, chaque individu est tenu par certaines responsabilités et obligations afin de réaliser sa part de travail. Si chaque individu accomplit pleinement son rôle que lui a assigné la société et prend conscience de ses responsabilités propres, il est certain que la communauté ne s’en portera que mieux.

À l’inverse de la vie animale qui ne connait ni limites ni restrictions, la vie de l’homme est soumise à plusieurs restrictions et lois touchant à tous les domaines et aspects de son existence. Ce sont ces règles, ces restrictions et ces lois qui marquent la différence entre la vie d’un être humain et celle d’un animal.

Les obligations commencent à s’imposer dès le plus jeune âge et ne cessent qu’avec la disparition de l’individu, ce qui ne permet pas de tracer une frontière entre l’existence humaine et les obligations y afférentes, car chaque être humain est astreint à celles-ci.

L’homme, de manière innée, s’oblige lui-même. Spontanément, il accepte des contraintes, nonobstant les commandements de la religion ou ses prescriptions. Les obligations naissent de la relation qu’entretient l’individu avec ses caractéristiques physiques, ses sentiments et ses instincts, bien que ses motivations dans la vie puissent être différentes. Nous pouvons dire, cependant, que les bases de la logique sont les axes autour desquels s’articulent les devoirs et obligations de chaque individu, de même que l’obéissance que nous devons aux règles religieuses repose également sur le suivi des règles et des lois de la logique. Ainsi, les règles religieuses touchant aux choses de la vie et aux problèmes sociaux ne visent rien de moins qu’à embellir et renforcer la perception spirituelle de l’homme.

Nous ne nous égarons, en fait, que lorsque nous négligeons ou ignorons les devoirs qui sont les nôtres. Beaucoup de gens tentent avec leurs moyens propres de s’économiser dans la vie en fuyant leurs responsabilités et en évitant toute activité susceptible de nuire à leur repos. Ils refusent ainsi de consacrer une partie de leur temps à entreprendre des activités dont les bénéfices iraient à d’autres qu’à eux-mêmes. Ces personnes ont une vue courte, tournée vers des objectifs personnels et s’habitueront progressivement à ériger cette vision des choses en mode de vie. Elles ne pourront, dès lors, prendre en charge ou réaliser aucune œuvre d’importance ou bien acquérir une personnalité douée de valeur et recélant des énergies positives.

Faisant face à cette catégorie, il existe des personnes que ne badinent pas avec leurs responsabilités, pour quelque raison que ce soit, et ne s’abandonnent pas à l’anxiété et au trouble quand elles sont mises à l’épreuve du temps. Ces gens restent disposés, continuellement, à endosser des responsabilités constructives et à peiner pour leur réalisation. Ils sont convaincus que le meilleur usage de leur corps est d’agir de manière bénéfique, même si cela nécessite de fournir d’intenses efforts.

Ainsi, plus l’homme est mur et sage, plus son esprit est ouvert, plus grande sera sa volonté de prendre en charge ses responsabilités.

Œuvrer à réaliser de nobles objectifs

La vie de l’homme est faite d’un espoir immense, celui de réaliser des projets ambitieux et qui sont bénéfiques. C’est pourquoi l’homme doit œuvrer durement pour atteindre un niveau digne de son humanité, par l’éducation de l’esprit, la responsabilisation et le dévouement à autrui, à la société et à la communauté à laquelle il appartient.

Le grand poète persan Hafez a dit:

« Ne dis pas: je n’essaierai pas de passer par le chemin obstrué. Sois comme la brise du printemps qui fait tout renaitre après la mort ».

Le Dr Schweitzer lui disait:

« Nous entendons souvent des gens dire: je voudrais faire le bien dans ma vie, mais mes responsabilités et mes activités m’empêchent de réaliser cet objectif. Je me suis noyé jusqu’au cou dans les questions existentielles et je n’ai pas eu l’occasion de donner un sens à ma vie. Cela fait partie des graves erreurs courantes, car il existe nombre d’occasions pour chacun d’entre nous et de recevoir la bénédiction de Dieu et la paix de l’âme. Pour cela, l’homme ne doit pas oublier ou ignorer ses responsabilités quotidiennes; il doit se garder d’entreprendre des tâches ostentatoires destinées à attirer l’attention.

J’ai nommé ce travail spirituel: “notre deuxième commandement”. Vous devez donc profiter des nombreuses occasions qui vous sont offertes et agir en vertu de ce commandement, car vous avez l’opportunité pour le faire et pour réussir pleinement; toutes les énergies que vous recélez vous le permettent. Ce dont le monde a besoin, aujourd’hui, et qui lui fait défaut c’est des hommes qui pensent aux besoins de leurs semblables et qui, dès lors qu’ils agissent pour le bien et l’intérêt d’autrui, bénéficieront de la miséricorde de Dieu.

Cependant, les pressions qu’exerce la société moderne nous feront perdre notre personnalité au fur et à mesure qu’elles s’intensifieront et feront disparaître en nous l’espoir et la créativité. De ce fait, la société ne pourra accéder à la vraie civilisation tant que durera cette situation.

La grande erreur que commet chaque individu c’est de vivre sans discernement, sans faire attention aux occasions qui s’offrent à lui. Certes, si nous ouvrons nos yeux pour observer notre environnement, nous remarquerions une multitude de personnes qui ont besoin de notre aide, non pas pour des tâches immenses, mais plutôt pour des choses très simples.

Nous devons consacrer notre existence et nos forces à prêter main-forte à ceux qui sont dans le besoin, sans lésiner sur le dévouement et les sacrifices à faire. Ainsi, cette toute petite pièce donnée en aumône par la veuve et qui constitue toutes ses économies vaut plus que les dons les plus généreux faits par des gens riches et opulents. Nous entendons souvent dire: si j’étais riche, j’aiderai autrui. Mais nous pouvons affirmer que nous pouvons tous être riches par l’amour et l’affection que nous portons aux gens. Si nous pouvions découvrir les besoins réels des nécessiteux et tenter de les combler, nous aurions alors consacré ce qui nous est le plus cher, c’est-à-dire l’amour et l’affection envers eux, ce qui est supérieur à toutes les richesses matérielles de la terre!

Il est possible que vous soyez étonné par mon choix de vivre dans les forêts “tropicales” de l’Afrique. Cependant, vous devez savoir que vous pouvez-là où vous résidez-vivre la plus étrange et la plus extraordinaire des vies si vous vous consacriez à rechercher et à accomplir des milliers d’œuvres de bien et d’amour pour les autres. Ce travail spirituel nécessite du courage, de l’abnégation, du renoncement à soi et de la volonté de donner de l’amour aux autres, ce qui représente la plus grande des épreuves pour l’être humain.

Vous devez savoir aussi que dans ce “deuxième commandement”, le plus dur, vous pouvez trouver le vrai bonheur ».

La manière de tirer un réel profit de la volonté

L’homme est libre d’obéir aux commandements de sa conscience ou de les ignorer et chacun d’entre nous est maître de son esprit et de sa volonté, ce qui lui permet d’opter pour la vertu et l’honnêteté ou pour les tentations et les instincts débridés, c’est-à-dire la malveillance et l’agression. Toutes ces qualités et ces vertus sont donc sous le contrôle de l’homme et dépendent de sa volonté et de son choix. Il peut s’y astreindre par l’activité soutenue ou bien, au contraire, choisir le vice et l’avilissement, plongeant ainsi dans un environnement fait de tentations et d’instincts primaires.

La puissance de la volonté est un don du Ciel que nous ne devons ni gaspiller, ni mésestimer ni négliger pour ne pas verser dans le mal et l’immoralité et utiliser celle-ci dans toutes nos activités. Profiter de la volonté, à la lumière du discernement et conformément à la conscience, afin de lutter contre les tentations de l’esprit et vaincre l’égocentrisme et l’immoralité paraît difficile au départ et nécessite un esprit de sacrifice, mais grâce à la persévérance, la détermination de l’homme se trouvera graduellement renforcée et ses qualités morales s’affirmeront de manière bénéfique. Ainsi, l’activité volontaire apparaîtra à l’individu comme une chose toute naturelle et facilement réalisable.

Si le sentiment de responsabilité est fortement ancré chez l’individu, les problèmes et les obstacles ne pourront plus constituer les raisons de l’échec. Et même si ses efforts demeurent vains face aux évènements contraires, sa conscience n’en sera pas moins en repos et il pourra marcher tête haute, car il aura certes subi l’échec et la déception, mais il aura également tout tenté pour réaliser ses objectifs.

Un grand personnage conseilla un jour son fils en lui disant:

« Mon fils: sois pauvre et sans argent et laisse les autres s’enrichir devant toi par la tricherie, le mensonge et la trahison. Vis sans rechercher ni gloire ni position et laisse les autres occuper les hautes positions par la flagornerie et l’insistance. Souffre les maux et les peines et laisse les autres réaliser leurs vœux par la soumission et la servitude. Délaisse les hommes puissants que d’autres courtisent constamment. Il serait préférable pour toi que tu revêtes l’habit de la vertu et de la piété. Si tes cheveux blanchissent et que rien n’a entaché ta renommée et ton bonheur, alors remercie Dieu et soumets-toi à la mort avec contentement et joie. »

L’homme, en général, a besoin, pour son éducation, d’un environnement social qui le soutienne et de modèles humains valables auxquels il puisse se référer pour arrêter une méthode de comportement dans son existence.

Le rôle de la foi dans la prise de conscience des responsabilités

Le sentiment de responsabilité et l’acceptation des obligations qui touchent à tous les aspects de la vie sociale sont à la base même du bonheur de l’homme comme de celui de la collectivité. C’est ainsi que l’éducation musulmane s’articule autour de cet axe qu’est le sentiment de responsabilité.

Chaque musulman doit se référer à sa foi et à ses bonnes actions pour garantir son bonheur dans la vie. L’lmam Al-Sajjad (que le salut soit sur lui) qualifie les obligations humaines, en toute chose, de la manière suivante:

« Sache que Dieu t’accorde Sa Miséricorde, que Dieu a sur toi des droits pour tout acte que tu entreprends, pour tout immobilisme de ta part, pour toute position que tu occupes, pour tout outil que tu utilises, certains plus grands que d’autres ».

L’Islam affirme que chacun est responsable de ses actes et que personne n’est tenu pour responsable des actes d’autrui, car le Coran reporte: « Quiconque se guide ne se guide que pour lui-même; et quiconque s’égare ne s’égare que contre lui-même. Et nul porteur ne porte le port d’autrui. »

Au fond de chaque être humain, il existe une force qui le pousse à s’acquitter de ses devoirs et de ses responsabilités. Et lorsque l’homme répond positivement à sa conscience, cette force intérieure le soutiendra et le remplira de joie et de quiétude. Cette force c’est la conscience qui naît au plus profond de la nature humaine et qui nous porte à éviter le mal et à œuvrer pour le bien. On pourrait s’imaginer que la conscience, à elle seule, pourrait garantir l’action du bien par l’homme et qu’elle est le pilier sur lequel reposerait l’exécution des obligations, nous évitant ainsi la référence aux préceptes religieux. Le fait est que la conscience morale, avec ce qu’elle a comme valeur pour la réalisation du bonheur humain, ne peut, pour toutes les situations et dans tous les contextes, empêcher l’homme de tomber dans l’erreur et la déviance.

Nous devons donc, avant toute chose, nous pencher sur le champ d’activité de la conscience, car ses ordres diffèrent selon les traditions locales et les conditions contextuelles, même quand il s’agit d’une même question.

L’activité de la conscience s’exerce essentiellement en ce qui concerne des sujets pour lesquels les us et les coutumes et les traditions sociales ont tranché de manière favorable, même s’il s’agit, en fait, de sujets répréhensibles en soi ou bien rejetés et blâmés par d’autres sociétés. Ainsi, le démon a travesti aux yeux de l’homme un certain nombre d’actions qui sont, en réalité, plus malveillantes qu’il ne le pense. Mais sous couvert d’activités bénéfiques, les hommes ont admis celles-ci comme telles. Le Coran rapporte cette réalité dans ses versets: « Dis: pouvons-nous apprendre lesquels en fait d’œuvrer sont les plus grands perdants? Ceux dont l’effort, dans la vie présente, s’égare tandis qu’ils comptent bien faire? »

Il ajoute: « Mais leurs cœurs s’étaient endurcis et le Diable enjolivait à leurs yeux ce qu’ils faisaient. »

Il faut également rappeler que la conscience, sans se référer à quelque chose de particulier, ne pourra résister face à une multitude de tentations de l’âme et à une foule de penchants, dont l’amour de l’or et du pouvoir, car elle manque, dans cette lutte, de conviction et de résistance. Parfois, elle rompt dès le premier choc face aux tentations et aux penchants, car l’âme traîtresse peut travestir les réalités et tromper la conscience, éteignant ainsi la lumière qui brille à l’intérieur de chaque être humain.

Certes, c’est cela la « foi » qui guide la conscience et oriente l’être. Elle constitue, par là même, la base solide sur laquelle l’homme s’appuie; elle est le tribunal qui juge les traditions et coutumes de sa société et peut lui commander de ne pas s’y soumettre. Ceux qui se sont éveillés à l’unicité et croient en Dieu de manière inébranlable ont répondu à l’appel de leur conscience et voient dans leur obéissance à cette conscience une obéissance à la vérité divine. Ils se sentent ainsi dégagés du poids des obligations et dotés d’une force et d’une activité qu’ils ne ressentaient point auparavant.

Lorsqu’il n’y a pas de dissensions entre l’âme et les instincts, l’obéissance au commandement de la conscience est chose aisée. Le problème se pose au moment où l’obéissance à la conscience oblige l’homme à réprimer une tentation de l’âme. La force des instincts, avec l’étendue de son influence, et lorsqu’elle ne repose pas sur la croyance religieuse, domine généralement la conscience et l’être. Toute prétention humaine qui n’a pas sa source dans la vie matérielle et n’est, dès lors, qu’une notion et une utopie irréalisable.

Ainsi, les ambitions humaines, en Islam, qui se sont réalisées et ont ouvert une page glorieuse dans l’histoire de l’Humanité ne l’ont été que grâce à la conscience spirituelle et la nécessité de légiférer, pour le bien de l’homme, ainsi que par la foi en Dieu. Autrement, l’homme n’aurait pas accepté, quels que soient les ambitions ou le message, s’il n’avait été convaincu en son for intérieur de leur justesse et de leur bon sens.

Le célèbre psychologue américain William James nous dit:

« Le moraliste pur (agnostique) obéit aux lois, règles générales et globales qui régissent les créatures en toute connaissance de cause et n’ignorant point leurs conséquences. Mais cette obéissance est pénible et ennuyeuse alors que dans son cœur il n’existe aucune passion ou engagement. Il est toujours accompagné de ce sentiment que ces jugements sont comme un couperet au-dessus de sa tête.

Au contraire, dans la religion, cette obéissance est soutenue par un sentiment d’engagement qui donne à toute chose dans la vie un caractère de bonté, de dynamisme et de disponibilité.

Toutes nos références morales sont comme le bandage qui recouvre une blessure, mais elles ne constituent pas un baume pour celle-ci. Ici, la religion s’empresse de nous apporter son aide pour ce qui est de nos problèmes cruciaux. Elle nous apporte un état spirituel que nous ne retrouverons nulle part ailleurs. »

Les leçons de Luqmân le Sage

À travers des versets du Coran, nous découvrons des paroles pleines de sagesse, de conseils et autres orientations, comme celles rapportées de Luqman le Sage s’adressant à son fils pour lui tracer les grandes lignes touchant aux obligations et aux fonctions imposées à chaque homme doté de bon sens la vie, à travers des sermons et des leçons de grande valeur:

a) Les obligations de l’homme vis-à-vis de Dieu: « Et quand Luqman dit à son fils, tout en l’exhortant: O mon petit, ne donne pas d’Associé à Dieu; oui, c’est un manquement énorme que de donner des Associés ».

b) Les obligations des enfants vis-à-vis de leurs parents: « Et nous enjoignons à l’homme, au sujet de ses parents, car sa mère le porte, fragilité sur fragilité et sevrage au bout de deux ans-ceci: Sois-Moi reconnaissant, ainsi qu’à tes parents! Vers Moi est le Devenir ».

c) Les obligations de l’homme vis-à-vis de ses semblables: « O mon petit, établis l’office et commande le convenable et empêche le blâmable et endure avec constance ce qui t’atteint. Oui c’est là de la résolution dans les entreprises! »

« Et ne renfrogne pas ta joue pour les gens et ne foule pas la terre avec arrogance: Dieu n’aime pas du tout, vraiment, le présomptueux plein de gloriole »

« Sois modeste dans ta démarche et baisse ta voix; oui, la plus détestable des voix c’est bien la voix des ânes »

Les étapes de la prière et le sens de la responsabilité

Sachant que les capacités mentales des gens ne sont pas semblables et qu’il existe entre eux des différences fondamentales pour ce qui touche à l’entendement et à la compréhension, les guides de la religion musulmane ont appelé les hommes à s’acquitter de leurs obligations conformément à des formes de pensée différentes selon la classe sociale à laquelle ils appartiennent et en leur parlant le langage qu’ils comprennent.

Ainsi, la mission religieuse des prêcheurs doit s’axer sur l’essentiel qui peut profiter à tout savant, penseur ou individu illettré. Par exemple, faire admettre aux gens qui ne pensent qu’au commerce lucratif l’existence d’un commerce plus lucratif encore; ou bien attirer les gens à croire en une vie future paradisiaque peine de plaisirs et de bonheur du fait qu’en ce monde ils ne pensent qu’à prendre du plaisir. Autrement dit, on peut amener ceux dont la préoccupation est d’éviter la souffrance à croire en un enfer de douleurs pour ceux qui pèchent.

Il est évident que la plupart des gens ne comprennent pas le sens précis des choses et ne peuvent donc aspirer à des objectifs plus élevés que ceux-là. Il est difficile, pour un grand nombre de personnes dans la société, de s’acquitter de leurs obligations et de faire le bien si ce n’est par ce biais, car la nature humaine est pleine de faiblesse et d’imperfections. Ainsi, rares sont ceux qui peuvent se fixer dans la vie des objectifs nobles et s’atteler à les réaliser contre vents et marées.

La part la plus importante dans le développement et la progression des religions monothéistes dans le cœur des gens revient à ce qu’elles accordent à la piété et à l’action du bien un intérêt tout particulier contrairement à bien des règles et lois humaines. La piété dans le système éducatif de ces religions célestes n’est pas seulement un moyen d’éviter la punition, mais plutôt un incitateur de récompense, car l’homme du point de vue psychologique laisse apparaitre une grande sensibilité et une grande réceptivité face à la réprimande ou à la récompense et, par-là, il s’engagera de plus en plus dans la voie de l’obéissance au commandement de l’école religieuse.

L’Islam, de son côté, à travers beaucoup de ses textes, voit dans l’obéissance absolue aux ordres divins, non par besoin de récompense ou par peur de punition, une quasi-exclusivité des gens qui ont de la foi en la vérité divine, une très haute idée. Ces gens sincères qui ont atteint les plus hauts degrés de la loyauté ne pensent pas à autre chose qu’à l’obéissance totale à Dieu et à obtenir la grâce du Très-Haut.

Ces personnes, selon ce que les textes islamiques ont rapporté, ont été nommées les gens « libres », tandis que ceux qui croient et obéissent par amour des récompenses ont été appelés les « commerçants » et que ceux qui s’acquittent de leurs obligations par peur de la réprimande sont qualifiés « d’esclaves ».

Le Calife Ali (que le salut soit sur lui) disait:

« La communauté qui adore Dieu par convoitise fait montre d’une adoration de commerçants; la communauté qui adore Dieu par crainte fait montre d’une adoration d’esclaves et la communauté qui adore Dieu par reconnaissance est celle des hommes libres ».

Le célèbre savant anglais Owburry a une opinion qui s’accorde avec le contenu de cette citation. Il disait:

« Celui dont l’âme s’emplit de l’amour de Dieu qui témoigne de sa gratitude envers son Seigneur semble s’engager comme s’il n’avait ni volonté ni choix, non dans l’espoir d’une récompense ou dans la crainte d’une punition, mais uniquement par amour de Dieu. Celui qui agit en bien et qui ferme les yeux sur une mauvaise action par volonté d’être récompensé ou par peur d’être puni ne doit pas s’enorgueillir de son acte ou de cette piété et ne doit pas être considéré parmi les élus, car il n’est rien d’autre qu’un commerçant qui œuvre pour son propre intérêt et pour s’éviter toute nuisance; une sorte de salarié qui supporte tout dans l’attente de son salaire.

Certes, au vu de ces gens qui arrachent leurs racines de leurs propres mains par ignorance, souillant leurs âmes par leur désobéissance et refusant d’adorer Dieu, au vu de ceux-là, il est possible de compter les “salariés” qui agissent par désir de récompense ou pour éviter la punition, relativement comme des bienfaisants.

Cependant, nul doute que ce qui nous pousse à les considérer comme des bienfaiteurs est chose vile, en vérité. Il aurait été certes plus beau s’ils avaient porté leurs regards vers de plus lointains horizons, pour adorer Dieu du fait qu’Il est le Seul qu’on doit adorer. Ceux qui gaspillent leur existence par tentation des jolies choses périssables n’attendent point de profits de cette attitude, car ils espèrent autre chose, de plus sublime, et qui n’obéisse pas à des objectifs purement matériels: ils cherchent la beauté, car ils sont épris d’arts. Ils veulent prendre la beauté aux multiples couleurs et facettes pour l’exposer et la faire admirer. C’est là leur seule motivation.

Si seulement nous étions comme ces propriétaires de galeries d’art, prêts à purifier nos âmes des tentations matérielles et nous consacrer à nulle autre chose qu’à l’adoration de Dieu, Unique et Éternel. Cela est la vraie religion qui élève nos âmes au sommet de la plénitude »

Plus la foi de l’homme en Dieu croit, plus nous remarquons dans ses actes les signes de la loyauté. Ainsi, la recherche du contentement de Dieu domine ses actes et réprime ses tentations et ses penchants. Celui-là agit alors en toute chose sans craindre la réprimande ou souhaiter la récompense.

Le Calife Ali (que le salut soit sur lui) disait:

« Seigneur, je ne T’ai adoré lorsque je l’ai fait ni par peur de Ton enfer ni par envie de Ton paradis, mais parce que je T’ai trouvé digne de l’adoration, alors je t’ai adoré »

Le Coran rapporte du prophète Salomon (que le salut soit sur lui) qu’il disait: « Disposes-moi Seigneur à rendre grâce pour le bienfait dont Tu m’as comblé ainsi que mes père et mère et que j’œuvre le bien que Tu agrées » se fixant comme objectif l’agrément de Dieu. Alors que les actes sont la voie pour se rapprocher de Dieu et obtenir Sa grâce.

Nous devons nous pencher sur le fait que l’adoration n’est pas restreinte, dans l’Islam, à ces instants de prière et d’accomplissement des rites, car l’adoration, en Islam, est plus vaste et plus large. Elle touche à toute chose et à tous les comportements dans la vie, de l’adoration par les prières, à la pensée et à la perception ainsi qu’à tous les actes quotidiens. Tant que le but et l’orientation qui président à l’acte sont dirigés vers Dieu, l’acte est adoration. Autrement dit, l’Islam a fait de l’adoration le socle sur lequel reposent tous les actes de la vie, sinon toutes ces attitudes et tous ces comportements à ces moments furtifs n’auront pas grand sens. Ce qui importe le plus c’est que le comportement soit basé sur ce socle de manière claire et franche et que l’homme reconnaisse l’Unicité de Dieu et le mérite de Son adoration, non pas seulement par le verbe, mais aussi par l’acte.

De même, l’adoration en Islam ne signifie pas uniquement que la probité et la piété soient présentes dans le cœur de l’individu au moment d’accomplir les rites, s’en désintéressant après cela pour s’abandonner ensuite aux tentations et aux instincts primitifs, perdant toute vertu et tout sens du bien. En réalité, il est tel le voyageur qui hésite à atteindre sa destinée et à profiter de la lumière qui illumine sa route dans les moments sombres de l’existence.

Ainsi qu’il est dit dans le Coran: « Ce n’est pas charité que de tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident. Mais c’est charité, oui de croire en Dieu et au Jour Dernier et aux anges et aux livres et aux prophètes, de donner son avoir pour l’amour de Dieu aux proches et aux orphelins et aux pauvres et à l’enfant de la route et aux mendiants et à délier les jougs et d’établir l’office et d’acquitter l’impôt. Et ceux qui remplissent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés et ceux qui endurent dans l’adversité et la détresse et lors de la guerre. Les voilà les Véridiques! Et les voilà les Pieux! »

L’essentiel dans l’éducation religieuse est qu’il existe entre l’homme et son Créateur un lien indéfectible et que l’individu n’ait de peur, d’amour et de renoncement que pour Dieu, car Celui-ci est l’Unique référence pour toute chose et à tout moment de la vie.

Ce genre de relation vive et profonde entre Dieu et les hommes complète toute chose et, lorsqu’elle est rompue, le sens des choses disparait. De même qu’elle confère à l’individu ces vertus et ces qualités qui font son humanité.

Les qualités humaines ont, en réalité, leur source dans la croyance en dieu et l’obéissance à Ses commandements. Nous ne pouvons, en conséquence, attendre d’un individu qui ne noue pas de lien avec son Créateur qu’il soit doté des qualités et vertus humaines qui se retrouvent uniquement chez le Croyant.

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