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SHAFAQNA – 24heures.ch par Andrés Allemand : Vraiment, il ne fait pas bon être Rohingya. Ni en Birmanie, où est persécutée cette minorité musulmane jugée étrangère, ni même dans le Bangladesh voisin, où ils sont près d’un million à avoir cherché asile. Parqués pour la plupart dans des camps de réfugiés proches de la frontière, dans l’espoir de les voir repartir sans trop s’éterniser, voilà qu’ils sont en plus interdits de mariage par la Haute Cour de Dhaka.

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Pas question d’unir leurs destins sur le territoire bangladais, ont décrété les juges, confirmant l’obligation d’appliquer la loi de 2014. Quiconque enfreint cette législation risque même d’être condamné à sept ans de prison!

Les magistrats statuaient l’action en justice introduite par un citoyen bangladais, Babul Hossain, dont le fils Shoaib Hossain Jewel, 26 ans, est poursuivi par la police depuis octobre pour avoir célébré son mariage avec une femme rohingya âgée de 18 ans. Ils avaient d’abord fait connaissance chez un religieux musulman qui hébergeait une des nombreuses familles qui ont fui l’Etat Rakhine, en Birmanie, depuis le déclenchement des persécutions en août dernier. Séduit, le jeune homme avait ensuite parcouru des centaines de kilomètres jusqu’à retrouver sa bien-aimée dans un camp de réfugiés, affirme la BBC.

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Rejetés de partout

La loi contre le mariage des Rohingyas avait été adoptée en 2014 pour empêcher ceux-ci d’utiliser le document civil pour requérir la nationalité bangladaise. À l’époque, il y avait déjà beaucoup de réfugiés. Les 655’000 personnes arrivées de Birmanie depuis août sont venues s’ajouter à 300’000 Rohingyas qui avaient pris le chemin de l’exil bien avant.

Intraitable, la Haute Cour de Dhaka a non seulement débouté Babul Hossain, mais l’a aussi condamné à payer 100’000 taka de frais de justice, c’est-à-dire près de 1200 francs, un montant considérable au Bangladesh. Par ailleurs, les magistrats ont bien sûr refusé d’offrir une protection à son fils fugitif.

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Les Rohingyas ont beau être musulmans et considérés en Birmanie comme des immigrés illégaux «bengalis», ils ne sont pas non plus accueillis à bras ouverts par le Bangladesh, pays pauvre qui peine à faire face à cet afflux massif de requérants d’asile.

Un accord a d’ailleurs été conclu en novembre entre les deux pays pour le renvoi de 100 000 personnes, dès le 23 janvier, vers l’État Rakhine à majorité bouddhiste, malgré les violences intercommunautaires et les exactions commises par les militaires birmans, qualifiées de «nettoyage ethnique» par les États-Unis et les Nations Unies.

Ministre bangladais des Transports, Obaidul Quader a annoncé qu’une liste de noms était transmise aux autorités du Myanmar et que les rapatriements pourraient commencer dès que les autorités auront donné leur feu vert.

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Sans garantie de sécurité

Quant aux réfugiés eux-mêmes, ils sont censés donner leur consentement avant tout renvoi. Mais plusieurs associations caritatives et nombre de diplomates étrangers peinent à croire que beaucoup de Rohingyas traumatisés accepteront de rentrer chez eux.

L’Agence France Presse souligne que la plupart des réfugiés approchés à l’intérieur des camps ont affirmé ne pas souhaiter retourner dans l’État Rakhine en l’absence de garanties de sécurité.

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