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SHAFAQNA – Ce qui suit est une partie du livre “L’ECOLE D’AHL-UL-BAYT: PREMIERE DES CINQ ECOLES JURIDIQUES MUSULMANES” de Mo’assasat al-Balâgh, traduit de l’arabe et édité par Abbas AHMAD al-Bostani.

Les Imams d’Ahl-ul-Bayt n’étaient pas des mujtahid, ou de simples savants capables de déduire des statuts à partir du Saint Coran et de la Sunnah.

Ils rapportaient eux-mêmes la Sunnah. C’est pourquoi ce qu’ils ont fait et dit est sunnah. La Sunnah qu’ils rapportaient, ils la tenaient du Prophète et se la transmettaient de père en fils.

Ecoutons ce que dit l’Imam al-Çâdiq à ce propos :

«Je rapporte de mon père, lequel l’a rapporté de mon grand-père, lequel le rapportait de son père, lequel le rapportait de ‘Alî ibn Abî Tâlib, dont la parole est celle du Messager d’Allah, dont la parole est la Parole d’Allah -Il est Puissant et Exalté.»(184)

Selon Qutaybah, un jour un homme a posé à l’Imam al-Çâdiq une question.

Lorsque ce dernier eut répondu, l’homme lui dit : «A ton avis, si la question comportait ceci et cela, comment serait sa solution ?»

L’Imam al-Çâdiq lui répondit :

«Tout ce que je te dirais à ce propos émane du Messager d’Allah. Nous ne sommes pas de ceux à qui l’on demande : “Quel est votre avis personnel sur telle chose?”»(185)

Selon al-Chaykh al-Bahâ’î :

«Tous les hadith que nous citons, à quelques rares exceptions près, remontent à nos douze Imams, lesquels rapportent les faits et dires du Prophète, car leur Science est puisée à cette Lumière.»(186)

Ainsi, les Saints Imams d’Ahl-ul-Bayt sont-ils devenus une source de hadith et de riwâyah, ainsi qu’une source d’explication des statuts de la Chari’ah et d’éclaircissement de ce qui pourrait être ambigu dans ces statuts.

Etant donné que leur vie bénie est un enchaînement de maillons homogènes et ininterrompus qui remontent jusqu’au Prophète sans qu’aucun élément intrus ou étranger ait pu entamer leur cohérence, elle constitue une école et une expérience vivante dans laquelle l’Islam est incarné, ses statuts sont appliqués et ses Principes sauvegardés. Ceci nous permet de nous assurer de la pureté de cette source et de l’authenticité de ce qu’elle nous fournit.

Voici, ci-après, la liste des douze Imams d’Ahl-ul-Bayt, qui constituent les maillons solides de cette chaîne de rapporteurs des hadith du Prophète, chaîne qui s’étend sur onze générations successives de descendants directs :

1- L’Imam ‘Alî ibn Abî Tâlib. Il est né en l’an 30 après l’Année de l’éléphant, et il est mort en Martyr en l’an 40 de l’hégire.

2- L’Imam al-Hassan ibn ‘Alî. Il est né en l’an 3 de l’hégire, et il est mort en Martyr en l’an 50 de l’hégire.

3- L’Imam al-Hussayn ibn ‘Alî. Il est né en l’an 4 de l’hégire, et il est mort en Martyr en l’an 61 de l’hégire.

Nous avons déjà fait connaissance avec cette constellation de trois Imams, et appris en quelle haute estime les tiennent le Saint Coran et la Sunnah. Une position incomparable, qui en dit assez sur la pertinence de se fier à eux, de croire en eux et à ce qu’ils rapportent, puisque ce sont le Saint Coran et la Sunnah qui nous le recommandent.

4- L’Imam ‘Alî ibn al-Hussayn (dit Zayn al-‘Abidîn: l’Ornement des adorateurs). Né en 38 H. et mort en Martyr en 95 H.

5- L’Imam Muhammad ibn ‘Alî al-Bâqir. Né en 57 H. et mort en Martyr en 114 H.

6- L’Imam Ja’far ibn Muhammad al-Çâdiq. On lui attribue la paternité de l’Ecole juridique “Jâ’farite”. Il est né en 83 H. et mort en Martyr en 148 H.

Ecoutons maintenant quelques témoignages de uléma à propos de ces trois Imams d’Ahl-ul-Bayt, pour avoir une idée de leur Savoir, de leur intégrité, et de la révérence dont ils faisaient l’objet.

Selon al-Chaykh al-Mufîd, dans “Al-Irchâd”, citant al-Zohrî :

«Je n’ai pas connu quelqu’un de cette famille -les Ahl-ul-Bayt- qui soit plus vertueux que l’Imam ‘Alî ibn al-Hussayn.»(187)

Selon Sa’îd ibn al-Musayyab, parlant de l’Imam ‘Alî ibn al-Hussayn :

«Celui-ci est ‘Alî ibn al-Hussayn ibn ‘Alî ibn Abî Tâlib. Il est le Maître des serviteurs.»(188)

Dans son livre “al-Çawâ’iq al-Muhriqah”, Ibn Hajar a décrit l’Imam ‘Alî ibn al-Hussayn de la façon suivante:

«C’est Zayn al-‘Abidîn, qui est l’héritier de son père par son Savoir, son ascétisme et son adoration.»(189)

Abû Hâzim et Sufyân ibn ‘Oyaynah disaient, chacun de son côté :

«Je n’ai jamais vu un Hâchimite(190) qui soit meilleur que ‘Alî ibn al-Hussayn ou plus faqîh que lui.»(191)

Il est superflu de multiplier ces témoignages, qui attestent tous la personnalité hors pair et rayonnante de ce Saint Imam, dont le Savoir et la Piété captivaient l’attention de tous ses contemporains, et qui attirait les Savants et les uléma désireux d’apprendre sous sa direction le Hadith, le Fiqh, le Tafsîr, la Doctrine et toutes les Sciences de la Chari’ah.

En tout état de cause, au-delà des témoignages des uléma, la meilleure preuve, pour les Musulmans, des mérites et des vertus de cet Imam est le fait que son père, le Martyr et le “Maître de la Jeunesse du Paradis” -selon les propres termes du Prophète- l’Imam al-Hussayn ibn ‘Alî, lui avait transmis l’Imamat et la direction religieuse de la Ummah, et confié la charge de rapporter fidèlement aux Musulmans les Enseignements de la Chari’ah.

L’Imam Ja’far al-Çâdiq nous apprend comment s’est déroulée cette transmission de l’Imamat, de l’Imam al-Hussayn ibn ‘Alî à son fils, l’Imam ‘Alî ibn al-Hussayn:

«Lorsqu’al-Hussayn s’est apprêté à marcher sur l’Iraq, il a confié à Umm Salma les lettres et le testament, et celle-ci, Umm Salma, les a présentés à ‘Alî ibn al-Hussayn après son retour [à Médine].»(192)

Quant à son fils, Muhammad ibn ‘Alî, surnommé “al-Bâqir” en raison de l’étendue de son érudition, il était comme lui très célèbre parmi les Musulmans pour sa Piété, son ascétisme, sa Science et son Savoir. Mieux, l’Imam Muhammad al-Bâqir était prédestiné à l’érudition, puisque le Prophète lui avait prédit une telle destinée quelques décennies avant sa naissance. En effet, le Compagnon auguste, Jâbir ibn ‘Abdullâh al-Ançârî rapporte ce témoignage :

«Le Messager d’Allah m’a dit : “Tu vivras jusqu’à ce que tu rencontres un de mes descendants, de la branche d’al-Hussayn. Il s’appellera Muhammad, et il pénétrera les Sciences. Lorsque tu le rencontreras, transmets-lui mes salutations.”»(193)(169)

La prédiction du Messager d’Allah ne se démentira pas. Ce Compagnon pieux rencontrera l’Imam al-Bâqir et lui transmettra les salutations du Prophète.

Ce témoignage prophétique suffit donc à nous faire connaître la position élevée de cet Imam et à l’adopter comme une référence incontestable pour la Connaissance du Saint Coran et de la Sunnah, et une source sûre de transmission des hadith. En outre, on peut dire que la période de son Imamat et de celui de son fils, Ja’far al-Çâdiq, constitue la période la plus riche de l’histoire musulmane pour les Sciences du Hadith et des riwâyah, et en d’autres Connaissances islamiques.

Les Savants, rapporteurs de hadith, mufassir et chercheurs en Sciences islamiques de l’époque considéraient l’Imam al-Bâqir comme le sommet inégalable et une célébrité incomparable en la matière.

Selon Ibn al-‘Imâd al-Hanbalî :

«Abû Ja’far Muhammad al-Bâqir était un des faqîh des Médinois. On l’a surnommé “al-Bâqir” (celui qui perce) car il a percé la Science, c’est-à-dire qu’il y a opéré une ouverture profonde pour en connaître l’origine et y acquérir une érudition.»(194)

‘Atâ’, l’une des célébrités des “Suivants”(195), cité par Ibn al-Jawzî, disait :

«Je n’ai jamais vu les uléma sembler aussi limités dans leur Savoir que lorsqu’ils se trouvaient devant Abî Ja’far al-Bâqir.»(196)

Quant à son fils, l’Imam Ja’far al-Çâdiq, il a laissé tellement de traces et compté tant d’adeptes parmi les grands uléma musulmans de sa génération et des générations suivantes, qu’il est difficile de brosser en quelques pages un portrait juste qui puisse refléter son immense Savoir, et le crédit inestimable dont il jouissait auprès des chercheurs et des faqîh.

Selon al-‘Allâmah al-Mohaqqiq al-Sayyed Muhsin al-Amîn :

«Le mémorisateur Ibn ‘Aqd al-Zaydî a réuni dans son “Livre des Hommes” les noms de quatre mille rapporteurs de hadith dignes de foi qui ont cité Ja’far ibn Muhammad comme source de leur riwâyah. Il a également donné les titres de leurs ouvrages.»(197)

Citant “Kitâb al-Hulyah” d’Abî No’aym, Ibn Chahr Achûb a rapporté le témoignage suivant :

«Parmi les imams et les uléma célèbres qui avaient adopté comme source de hadith Ja’far al-Çâdiq, figurent : Mâlik ibn Anas, Chi’bah ibn al-Hajjâj, Sufyân al-Thûrî, Ibn Jarîh, ‘Abdullâh ibn ‘Amr, Rûh ibn al-Qâçim, Sufyân ibn ‘Oyaynah, Sulayman ibn Bilâl, Ismâ’îl ibn Ja’far, Hâtam ibn Ismâ’îl, ‘Abdul-‘Aziz ibn al-Mukhtâr, Wahâb ibn Khâlid, Ibrâhîm ibn Tahân, etc. Quant à Muslim, il a rapporté de lui dans son “Çahîh”, et a cité ses hadith comme arguments. L’ont également cité comme source de riwâyah : Mâlik, al-Châfi’î, al-Hassan ibn Çâlih, Abû Ayyûb al-Sijistânî, ‘Umar ibn Dinâr, Ahmad ibn Hanbal. Quant à Anas ibn Mâlik, il a dit de lui : – “Aucun oeil n’a vu, ni aucune oreille n’a entendu, ni aucun coeur n’a senti une personne qui soit meilleure que Ja’far al-Çâdiq dans la Vertu, le Savoir, la Piété et la Dévotion.”»

Al-Chaykh al-Chaltût, le Chaykh d’al-Azhar, a évoqué les mérites de l’Imam al-Çâdiq dans son livre du même titre (“L’Imam al-Çâdiq”), dans les termes suivants:

«Nous avons enfin décidé, en comptant sur l’aide d’Allah et sur Son Bon Vouloir, d’écrire un livre sur l’Imam Ja’far al-Çâdiq. Nous avons déjà écrit sur sept autres imams. Nous n’avons pas retardé d’écrire sur cet Imam parce qu’il serait inférieur au sept autres. Au contraire, il a la priorité de devancier sur la plupart d’entre eux, et il a la vertu d’avoir rendu un grand service aux plus grands d’entre eux.

En effet, Abû Hanîfah se référait à lui lorsqu’il relatait des hadith, et le considérait comme étant le plus savant de tout le monde – toutes tendances confondues- et le plus érudit des faqîh. L’imam Mâlik se rendait chez lui pour étudier et relater des hadith sous sa direction. Il a donc eu le mérite d’être le professeur d’Abî Hanîfah et de Mâlik. Un tel mérite est en soi suffisant. Donc, on ne pourrait le reculer pour une infériorité, ni donner la priorité de mérite à un autre sur lui. En plus de tout cela, il était le petit-fils de Zayn al-‘Abidîn, lequel avait été le maître des gens de Médine à son époque, par sa Vertu, son Honneur, sa Religiosité et sa Science, et comptait comme adeptes Ibn Chihâb al-Zohrî et beaucoup d’autres Suivants. Il était aussi le fils de Muhammad al-Bâqir, lequel avait opéré une ouverture dans la Science pour en atteindre le coeur. Il fut ainsi un homme en qui Allah -Il est Très Haut- avait réuni l’honneur personnel et l’honneur ajouté par une noble ascendance, l’appartenance au clan Hâchimite et à la descendance du Prophète.»(198)

‘Umar ibn al-Miqdâd avait l’habitude de dire :

«Il suffit de regarder Ja’far ibn Muhammad pour savoir qu’il a pour ascendance la dynastie des Prophètes.»(199)

Le célèbre historien al-Ya’qûbî l’a décrit ainsi :

«Il était meilleur que tout le monde, et connaissait mieux que quiconque la Religion d’Allah. Les hommes de science qui l’écoutaient, rapportaient ses dires en prenant soin de le citer dans ces termes : “Le Savant… nous a appris que…”»(200)

 

Notes:

184. Cité par al-‘Allâmah Muhsin al-Amîn dans “A’yân al-Chî’ah”, tome III, p. 35, 3e éd.

185. Al-Kulaynî al-Râzî, “Al-Uçûl min al-Kâfî”, tome I, p. 58. Dans les annotations de ce livre, l’auteur explique ce dialogue comme suit : «Etant donné que l’homme en question demandait à l’Imam de lui donner son avis choisi selon la conjecture et l’ijtihâd, l’Imam a démenti donner un avis conjecturel et a expliqué à son interlocuteur que les Imams d’Ahl-ul-Bayt ne disent que des choses certaines qui leur ont été transmises par le Saint Prophète.»

186. Al-Chaykh al-Bahâ’î (décédé en 1030 H.), dans “Al-Wajîzah” (Principes Généraux de la Science du Hadith), p. 22.

187. Al-Chaykh al-Mufîd, “Al-Irchâd”, Chapitre de “Al-Imâm ‘Alî ibn al-Hussayn”, dans “Fadhâ’iloho wa Manaqiboho”.

188. Ibid.

189. Abû A’lam, “Ahl-ul-Bayt”.

190. Les Hâchimites sont le clan du Saint Prophète et de la famille d’Ahl-ul-Bayt.

191. Ibn al-Jawzî, “Tathkirât al-Khawâç”, Chapitre “Thikr ‘Alî ibn al-Hussayn”.

192. Al-Tabarsî, “A’lâm al-Warâ bi-A’lâm al-Hodâ”, Chapitre “Al-Nuçûç al-Dâllah ‘alâ Imamatihi”, p. 202, et “Manâqib Ahl Abî Tâlib”, tome III.

193. Cité par al-Chaykh al-Mufîd dans “Al-Irchâd”, ibn al-Çabbâgh al-Mâlikî dans “Al-Fuçûl al-Muhimmah”, al-Ya’qûbî dans son “Ta’rîkh”, al-Chablanjî dans “Nûr al-Abçâr”, et Ibn al-Jawzî dans “Tathkirât al-Khawâç”.

194. Asad Haydar, “Al-Imam al-Çâdiq wa-l-Mathâhib al-arba’ah”, tome II, citant “Chatharât al-Thahab”, tome I, p. 149.

195. Les “Suivants” sont les compagnons des Compagnons du Saint Prophète.

196. Hâchim Ma’rûf al-Hassanî, “Sirat al-A’immah al-Ithnay ‘Achar”, tome II, p. 198, 1ère éd.

197. “A’yân al-Chî’ah”, tome III, p. 34, 3e éd.

198. Muhammad Abû Zohrah, “Al-Imam al-Çâdiq”, p. 3.

199. “Al-Imam al-Çâdiq”, Dâr al-Tawhîd, comité de rédaction.

200. Ahmad ibn Abî Ya’qûb ibn Ja’far ibn Wahâb, “Ta’rîkh al-Ya’qûbî”, tome III, p. 119.

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