L’échelle d’évaluation de l’homme

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SHAFAQNA – Ce qui différencie les êtres humains et constitue la référence pour évaluer la valeur de chacun c’est la « personnalité ». Malgré la ressemblance de leurs attributs qualitatifs et la similitude de leurs réactions et de leur comportement général dans la vie sociale, il demeure que chaque individu présente des particularités sur le plan éducatif qui forment une entité distincte des autres êtres qui comme lui font partie du genre humain.

La recherche de la personnalité n’est pas une recherche de caractères exclusifs abstraits chez l’individu, car le concept de personnalité signifie tout ce qui constitue un individu, entre autres l’identité, c’est-à-dire la différence entre les individus, un ensemble d’attributs et de motivations personnelles ayant leur source dans l’inconscient, le tout formant une personnalité spéciale.

Cependant, malgré que les principes présidant à la formation et au développement de la personnalité sont les mêmes pour tous, il n’en demeure pas moins que leur application à deux êtres ne donne pas un même résultat. Au vu de la comparaison qu’on peut faire entre eux, on relève des différences bien marquées. De même, si nous pouvons évaluer les aspects perceptibles de la personnalité par une analyse des réponses fournies à des questions précises, donc évaluer cette personnalité, il est très difficile d’en cerner les aspects cachés, les facteurs incitatifs et les raisons qui la déterminent et qui ne sont pas détectables du fait qu’elles plongent leurs racines dans l’inconscient de l’être.

Certaines caractéristiques ont plus d’importance dans la formation de la personnalité que d’autres. Les notions de bien et de mal sont, à cet égard, décisives. C’est-à-dire que l’étude de la personnalité se fait par le prisme des mœurs de l’individu.

Le développement de la personnalité d’un individu et la formation des caractères de l’esprit en lui sont intimement tributaires de l’étendue et du niveau de sa perception des faits qui se produisent autour de lui et de la façon de les appréhender et de les évaluer. Il est naturel que l’individu adapte sa personnalité avec ce qui l’intéresse le plus, qu’il organise ses activités et son comportement de manière harmonieuse et en accord avec la valeur la plus éminente à ses yeux dans la vie. La différence des valeurs nous renseignera sur la manière de penser et la psychologie des êtres humains. De là, nous pensons comprendre la valeur réelle de chaque homme et évaluer, de ce point de vue, sa personnalité.

Par exemple, celui qui croît bâtir son bonheur sur une base matérielle, quantitative et qualitative, et y œuvre de manière continue et avec persévérance, en restant sourd aux valeurs réelles de la vie qui apportent le vrai bonheur, celui-là a déjà détruit sa personnalité humaine. Nombreux sont ceux qui œuvrent leur vie entière à accumuler les richesses matérielles et refusent de se consacrer eux-mêmes, l’espace d’un instant, à l’acquisition des richesses spirituelles qui sont, pour l’homme, la seule vraie richesse.

Les psychologues émettent plusieurs théories au sujet de la relation entre la personnalité et les faits sociaux et, plus spécialement, dans le domaine de la psychosociologie. Certains voient dans la personnalité la résultante du système physiologique et génétique de l’individu, tandis que d’autres pensent que les aspects de la personnalité ne sont que le reflet des aspects sociologiques. Pour ma part, je crois que la théorie réaliste, en dépit des divergences relatives à certaines questions, soulève essentiellement deux hypothèses.

Le foyer familial, l’école et l’environnement social sont trois éléments forces à l’origine de la formation de la personnalité et de la spécificité des mœurs et des vertus de l’individu.

Pour la psychologie moderne, l’intérêt se porte essentiellement sur ce qui est appelé l’élément inconnu dans la formation de la personnalité. Les psychologues croient que cet élément est essentiel dans la formation de la personnalité de l’individu, car il peut influer et même changer les autres aspects, c’est-à-dire modifier radicalement la personnalité, au point de transformer cette personnalité de manière imprévisible.

Parlant des causes psychologiques, Mann dit:

« Les effets que génère l’environnement sur la formation de la personnalité de l’individu ont une grande importance. Si l’un de nous était né dans une tribu esquimau, il aurait une personnalité tout à fait différente de celle qu’il a aujourd’hui; nous ne serions pas si différents dans notre manière de nous habiller, de nous loger, de parler et de se nourrir, mais notre regard sur nous-mêmes et sur le monde qui nous entoure et notre place dans ce monde serait réellement différente.

Les psychologues ont insisté sur l’importance culturelle et sociologique dans le développement de la personnalité; car si un individu donné avait appartenu à une autre culture et à une autre société, sa personnalité aurait été différente de ce qu’elle est. Le fait, aussi, de résider dans une autre région du pays, de vivre dans une autre famille, qu’il soit uni ou séparé de ses parents et leur manière de vivre, de l’école qu’il fréquente et des camarades qui le côtoient, de ce qu’il voit ou entend, toutes ces choses ont une importance certaine sur la formation de sa personnalité. Les effets des facteurs sociologiques sur la formation de l’enfant commencent dès sa naissance et durent jusqu’à la fin de sa vie. »

Les premiers temps de l’enfance sont les plus importants dans la modélisation de l’homme du point de vue sentimental et pour créer cette société parfaite tant désirée. Ainsi, l’éducation première que reçoit l’enfant de ses parents, et plus généralement de ses proches parents, le modélise en quelque sorte, car ce que font et ce que disent les éducateurs aura un effet décisif sur la ligne de conduite et la manière de vivre future de l’enfant, c’est ce qui libérera ses énergies et forgera sa personnalité. De même, leurs erreurs dans l’éducation peuvent inhiber la personnalité de l’enfant et annihiler ses bonnes dispositions. Une analogie peut être faite avec la jeune pousse qui vient de sortir de terre et que l’homme peut, à ce stade de la croissance, orienter à son gré.

Ainsi, nous pouvons déterminer l’orientation de la personnalité de tout individu dès ses premières années et la rendre positive, par l’adaptation du contexte et des nécessités. Dès l’instant où nous déterminons la position qu’occupe l’enfant au sein de sa famille, nous pouvons dessiner les contours de sa personnalité et sa manière de réagir face aux évènements défavorables. De cette façon, nous aurons la possibilité de rechercher les causes de l’immaturité de l’individu ou de son échec dans la vie dans sa personnalité.

Ceux qui ont conscience des tentations intérieures qui les agitent et influent sur leurs activités ressentent plus profondément leur indépendance et ont confiance en leurs aptitudes. De sorte que leur productivité augmentera par rapport à ceux qui ne s’intéressent qu’aux choses extérieures et oublient de s’intéresser à ce qui se passe en eux-mêmes et à analyser leurs élans et motivations intérieurs.

Schopenhauer note:

« Parmi les éléments les plus importants du bonheur de l’homme, on relève une nature calme, une vision optimiste, de la force et de l’énergie. Il est possible au sage, même dans l’isolement le plus total, de vivre les heures les plus heureuses de sa vie par la pensée et l’imagination; tandis que l’ignorant, bien que vivant dans le monde et organisant des sorties touristiques pour lesquels il dépense sans compter, il ne peut fuir la lassitude qui gagne son âme et son corps. L’homme mature et optimiste peut passer sa vie dans la misère avec conviction et contentement, tandis que le matérialiste, quand même il posséderait toutes les richesses d’ici-bas et de l’au-delà, il continuerait à vivre dans l’ennui et l’insatisfaction.

L’homme sage et réfléchi est immunisé contre les tentations matérielles qui poussent certains au suicide lorsqu’ils échouent à réaliser leurs espoirs. Comme le disait Socrate, observant une exposition de bijoux et de parures: que de choses existent en ce monde dont l’homme n’a nul besoin! C’est pour cela que nous disons: l’élément le plus important qui influence le bonheur de l’homme c’est sa propre personnalité. »

Nous ne devons pas juger la personnalité sous un seul angle pour en faire ensuite la référence d’évaluation unique, car ce mauvais raisonnement peut fausser l’évaluation même et nous éloigner de la vérité.

Nombreux sont ceux qui souffrant d’une faiblesse de la personnalité ignorent sa formidable capacité à pallier les insuffisances et défauts qu’elle recèle. Plus encore, ils n’arrivent pas à faire la distinction entre l’absence d’un élément constitutif de la personnalité et sa disparition progressive, ce qui peut les entraîner vers des comportements malsains et dangereux qu’il serait difficile de corriger.

Il existe des gens qui se caractérisent par un esprit vif, mais qui souffrent de ne pouvoir accomplir certaines choses, ce qui perturbe leurs activités. Il arrive que ces gens imputent cet état de choses à la malchance et tentent ainsi d’éluder leurs responsabilités, ce qui n’empêchera pas qu’ils devront supporter leur fardeau leur vie durant alors qu’ils auraient pu remédier à cela pour peu qu’ils veuillent s’en donner la peine.

Quoique vous essayiez de dissimuler vos faiblesses et chaque fois que vous permettez aux mauvaises pensées de dominer votre esprit, vous participez ainsi à perpétuer ces faiblesses. La réussite dans la vie est liée, chez l’homme, aux décisions qu’il prend. Les chances d’éduquer l’esprit sont illimitées et les résultats, en général, sont excellents. L’important est de s’interroger pour savoir quel genre d’homme on veut devenir. Cette pensée se matérialise dans l’esprit au moment de prendre la décision vitale quant à la voie à suivre dans la vie pour se réaliser pleinement.

Les instincts ont sur l’individu un effet d’attraction et de répulsion constant. Un de ces instincts vous pousse sur une voie tandis qu’un autre s’y oppose. Le plus important pour la pensée est alors de trouver un dénominateur commun entre les différentes options et de prévoir ce qui pourrait découler de notre choix en termes de réussite ou d’échec.

Nous devons, en conséquence, savoir qu’il n’existe pas une personnalité homogène derrière ce qu’entreprend l’individu, mais plutôt que la personnalité se compose d’un ensemble de comportements et de traditions complexes et instables qui, au fur et à mesure, se sont imbriqués. Chaque fois que l’esprit est soumis à la tentation, la raison intervient pour opérer ou tenter d’opérer un équilibre entre les différents éléments déterminants afin de détourner l’esprit de la tentation. Pour y réussir, il est nécessaire de réaliser une symbiose entre les différentes tendances et donc que l’homme soit doté d’une certaine force et sérénité morales.

Les psychologues rapportent, pour leur part, une analyse spéciale à ce sujet:

« Comme possibilités d’éviter le danger, il est celle d’affronter les contradictions morales et leurs conséquences avec le courage et la lucidité nécessaires pour atténuer l’effet de celles-ci et réaliser une entente entre elles afin qu’elles puissent coexister dans la conscience sans heurts.

Mais, généralement, nous ne pouvons trouver une solution idéale pour contourner ces contradictions morales, ce qui nous pousse à recourir à des moyens exceptionnels tels le recul, le repli sur soi, le mensonge à soi-même…

Il est possible que l’individu ignore ce que son esprit recèle de contradictions et d’attractions ou qu’il n’y prête pas attention. Ainsi, apparait chez l’homme un type spécial de mœurs et de comportements qui ne s’accorde pas avec sa personnalité réelle et cela à son insu. De sorte que la conscience s’oriente sur deux voies différentes et incompatibles entre elles. L’individu est alors atteint d’un dédoublement de la personnalité, c’est-à-dire d’hypocrisie-vis-à-vis des autres! Car les pensées, les concepts, les révolutions et les tendances sont, chez lui, différents et instables.

Ceux qui sont dotés d’une double personnalité affichent, vis-à-vis de l’extérieur, un certain visage, mais agissent à l’insu des autres d’une manière tout à fait surprenante.

Le politique qui défend les prolétaires de manière soutenue en proclamant: “Nous devons secourir les gens démunis”. Mais une fois son objectif atteint il entreprend de compliquer l’existence de ces travailleurs et aggrave leurs maux. Ces individus font partie de cette catégorie qui a un double langage. Pire: ils ont deux personnalités totalement contradictoires. »

L’importance du facteur moral dans l’éducation

Toutes les écoles philosophiques dans le monde voient dans l’éducation le sujet le plus important dans la vie sociale de l’Humanité. Personne ne peut ignorer le rôle capital que joue l’éducation dans l’amélioration de la vie des hommes. L’important est de déterminer le sens réel de l’éducation, ses contraintes et ses fondements qui sont considérés comme des références pour l’évaluation de la personnalité morale des individus et qui, par leur application, aident à emprunter la voie du bonheur et de la plénitude.

Tout comme l’esprit et le corps s’associent pour donner vie à une entité humaine, nous devons savoir que l’éducation a besoin d’un support pédagogique de développement qui assure la coordination entre les tendances du corps et de l’âme. Par comparaison entre les deux systèmes éducatifs, c’est-à-dire le système spirituel et le système temporel humain, nous pouvons mieux nous convaincre de la primauté du système spirituel, car la spiritualité est une motivation innée qui jette ses racines au plus profond de l’âme humaine, bien avant qu’elle ne devienne captive des ténèbres et de l’ignorance.

Si les éléments extérieurs ne forment pas un obstacle aux prédispositions naturelles, celles-ci s’épanouiront dans la conscience de l’homme et dans son cœur et l’aideront à réaliser une entente entre ses inclinaisons et sa volonté profonde. Et chaque fois que croîtra chez lui ce sentiment de force intérieure, il sera d’autant plus disposé à s’y soumettre.

D’un autre côté, les penseurs n’ont pu s’accorder pour proposer une voie à suivre pour l’éducation de l’âme humaine, compte tenu de leurs conceptions différentes relatives à l’Univers. Et même, si l’on parvenait à s’accorder sur la voie à suivre, il ne serait pas possible d’en user comme d’un moyen d’éducation de l’esprit valable pour tous, surtout ceux qui ne sont pas capables de comprendre des sujets et théories philosophiques trop complexes et incompréhensibles pour eux, car la force véritablement efficace la réponse adéquate à tous ses penchants naturels.

En ce qui concerne les questions morales et philosophiques liées à la réalité de l’homme. Elles ne sont pas capables de se frayer un chemin vers la réalité enfouie dans l’âme humaine. Elles ne suffisent pas à l’éduquer et à le rendre heureux. Car même si l’individu parait adhérer à ces valeurs, il le ferait, en vérité, sans conviction et à contrecœur.

Ainsi, pour que l’homme puisse réaliser les résultats qu’il escompte de ses efforts en matière d’éducation, il lui faut reconnaître la primauté du système éducatif religieux, car la religion naît des profondeurs de l’âme humaine; elle est une réalité éternelle centrée en l’être et prépondérante pour ce qui est de l’éducation de l’esprit. Nous devons donc privilégier cette réalité religieuse dans tout système éducatif.

C’est pour cela que l’homme a reconnu, avant de s’avilir dans la vie matérielle, la toute-puissance de la religion à laquelle il croit et s’y rattache fermement, de même que les âmes pures sont convaincues qu’il faut lui obéir et s’y soumettre.

En résumé: cet élément religieux est celui qui détermine l’homme par l’innéité et le réalisme, qui peut répondre à toutes ses attentes personnelles et qui n’a d’autre objectif que celui de réaliser son bonheur sur la base du système religieux.

Une observation attentive de la vie d’aujourd’hui, marquée par la technique qui est le phénomène dominant de ces temps troubles, nous confirme cette réalité, à savoir que l’homme, bien qu’il ait atteint un niveau de développement très appréciable du point de vue des sciences exactes et des industries, des découvertes scientifiques et matérielles, a emprunté la voie de la décadence dans la connaissance de son moi. Ces mêmes connaissances ont fini par devenir l’instrument de sa destruction.

Le monde occidental a fait de l’homme dans son souci d’industrialisation un instrument, entre autres, si bien que le moyen est devenu une fin en soi. Il a conçu l’organisation sociale sur la base de l’individualisme et de la lutte des classes. Il est indéniable que cette manière d’organiser la société ne convient nullement à l’homme, car sa spécificité, en tant qu’être humain, lui est déniée, cela tant qu’il sera tenu à l’écart de la civilisation.

Ariche Karoum a écrit:

« Ces relations qui existent aujourd’hui ne sont pas des relations humaines, mais sont des relations éclatées et fragmentaires. Cette situation apparaît nettement dans la destruction qu’opère l’homme sur son âme. L’homme ne vend pas seulement, aujourd’hui, des marchandises; il aliène sa propre personnalité, car il se considère comme étant lui-même une marchandise! L’ouvrier qui vit à la sueur de son front vend ses efforts, tandis que les commerçants, médecins et fonctionnaires, ou “cols blancs”, aliènent leurs “personnalités”. Pour vendre leurs services et leurs produits, ils doivent avoir une personnalité attrayante et posséder de l’énergie et de l’ingéniosité. Ce qui évalue la valeur de ces qualités et détermine les besoins c’est le marché; s’il peut se passer des qualités qu’offrent les hommes, c’est comme si ceux-ci n’avaient aucune qualité, tout autant qu’un produit invendable sur le marché perd sa valeur bien qu’il soit de qualité. En un mot, nous disons: il n’est pas possible, aujourd’hui, d’évaluer un individu, quelles que soient ses qualités intrinsèques, sans prendre en compte les concepts purement mercantiles des besoins du marché. »

L’accomplissement de l’homme dans le système musulman islamique

Chaque être en ce monde a une personnalité qui lui est propre et dont nous ne pouvons imaginer qu’il en soit dépossédé. Tout homme est à la fois une personne physique et une personne morale. La personnalité morale est tributaire, pour sa part, de l’héritage de l’humanité et de ses acquis spirituels afin de ne pas réduire l’être humain à la seule personnalité sensitive. Cette analyse s’applique aussi bien aux individus qu’aux peuples et aux différentes ethnies avec tout ce qui les caractérise et les distingue.

La personnalité morale des différentes sociétés est liée à leur niveau de perception des réalités et à leur manière d’être dans la vie.

Pour étudier le développement de la personnalité, nous nous devons d’observer tous les aspects humains et d’analyser toutes ses dimensions, selon une optique bien déterminée. Cela permettra de définir la meilleure manière d’arriver à un développement équilibré et serein de la personnalité.

Pour l’Islam, l’intérêt s’est porté sur l’ensemble des aspects humains, don fait par le créateur à l’individu. L’Islam observe l’homme à travers les forces qui le font agir et réagir, par la conscience qu’il a de ses capacités et énergies. Car cette religion, en définitive, est venue pour libérer ces énergies, pour que la personnalité se développe pleinement sans qu’elle soit surestimée ou sous-estimée.

Au stade de l’enfance, on est enclin à la rêverie, car les hormones sont encore inactives. C’est ainsi que l’enfant est plus proche du monde des sens que du réel. Cependant, progressivement, il passe des choses simples aux choses complexes pour s’intéresser à des sujets qui nécessitent de la réflexion et de la sagesse. Cette mutation apporte avec elle de la maturité à l’individu.

Si ce développement néglige les orientations des prescriptions divines, l’enfant ne pourra pas s’accomplir pleinement. Les déficiences devront alors être palliées. En fait, de même que l’instinct de l’homme renferme une disposition naturelle à se sublimer, il développe également la disposition à l’avilissement. Chacune de ces deux dispositions coexistant chez l’individu, elles ne lui sont nullement imposées par l’environnement.

Les orientations de l’Islam sont, à cet égard, pour l’individu, la voie salutaire vers un développement harmonieux et équilibré de sa personnalité et le meilleur moyen de mobiliser ses énergies potentielles. Le développement effectif de la personnalité, en Islam, c’est la soumission à une direction morale salutaire, vraie et liant l’homme à son Créateur. Celui qui s’abreuve des sources de la religion musulmane chassera de son âme les souillures de la vanité et refusera de s’assujettir à un autre homme, à une tentation, un penchant ou toute autre force en ce monde.

Dans ce cadre, la personnalité doit se développer sereinement; les sens de l’individu et sa perception doivent en accompagner la croissance, suivant la voie que Dieu a tracée pour lui. Chaque être doit, dès lors, trouver la philosophie de son existence pour atteindre, par cette connaissance, l’objectif qui est le sien dans la vie.

Cette connaissance doit, automatiquement, s’accompagner de résultats, c’est-à-dire que la connaissance doit se transformer en une force active et motrice afin que l’être humain puisse concrétiser l’objectif existentiel qui est le sien, en accord avec sa destinée. L’homme atteindra ainsi une vie supérieure transcendante que Dieu a voulue pour toutes Ses créatures humaines.

L’Islam est venu forger une nation à part qui brandirait l’étendard de la religion et de l’ordre divin. Une nation qui guiderait l’humanité vers son salut et la sauverait des mauvaises orientations d’écoles obscurantistes et rétrogrades par une vision universelle juste garantissant le développement de toute la communauté humaine.

Cette vision universelle sera en harmonie avec toutes les facettes de la personnalité, c’est-à-dire la science, la connaissance, la pensée et la perception, ainsi que tous les éléments de l’entendement et de l’existence humaine et qui permettra aux sociétés d’instaurer des modèles parfaits dans les domaines de la pensée, de la sérénité de l’âme, des activités ou de l’organisation du travail.

L’Islam rappelle à l’homme que la satisfaction des désirs et des tentations l’entraînera dans le monde des ténèbres et le fera dévier de la juste voie que lui a assignée le Créateur.

En un mot, l’Islam forme un homme à deux dimensions: une dimension physique à l’intention de la vie matérielle et une dimension morale qui le fera entrer dans l’éternité. L’Islam rappelle à l’homme que dans son corps physique a été insufflée une lumière divine, un feu sacré qui brûle et le lie à son Créateur.

L’effet de la foi et de la raison sur la formation de l’homme

L’Islam voit dans la force de la raison un fondement dans la formation de l’homme et insiste pour qu’elle soit suivie dans la vie pratique et dans la pensée libre pour s’orienter dans les dédales de l’existence, pour être plus perspicace et apporter sa pleine contribution à l’ensemble de l’humanité.

En même temps, l’Islam ne privilégie pas totalement la raison de manière exclusive, en s’y référant abusivement, la trouvant même inapte à apaiser le feu des passions. Le rôle de la raison dans la transformation de la vie ne doit pas être un rôle purement passif, mais doit contribuer à transporter l’homme de niveau de la vie animale à un stade supérieur qui le mette à l’abri de la tyrannie des instincts et de l’assouvissement des désirs.

La différence entre l’homme et les autres créatures ne réside pas seulement dans le fait qu’il soit doué de raison et de sens. L’homme domine le reste des animaux par sa foi et sa perception de cette foi. C’est pour cela qu’il est responsable, dans le système de la création, et qu’il doit se fier à sa foi et à son entendement personnel vis-à-vis des aléas de l’existence et dans tous ses comportements et activités, individuels ou sociaux, ayant trait à ses préoccupations d’homme.

L’homme, dans sa quête du bonheur, a besoin d’un élément moral qui lui permette de mieux appréhender le monde. Cet élément c’est le discernement que Dieu nous accorde et qui nous évite l’inconscience et les déviations de l’âme. La foi en Dieu a une valeur intrinsèque dans la vie des gens. Elle est la source de la liberté individuelle et de la promotion humaine. Elle joue un rôle particulier dans le développement de la personnalité humaine.

Les effets de la foi en Dieu apparaissent dans tous les domaines de la vie. La foi restreint la pression des instincts animaliers de manière radicale et sauve l’homme des atteintes malsaines. Les résultats de la foi en Dieu sont la patience, la résistance aux tentations matérielles et donc la sérénité de l’âme. Par contre, la désobéissance à Dieu. Le manque de sens moral et l’inclination aux désirs de l’âme briment la vie sentimentale et accentuent la faiblesse de la personnalité morale. Le manque de foi rabaisse l’humain du rang d’être vertueux à celui d’être barbare.

En ce qui concerne les systèmes pédagogiques mis en place par l’homme, ceux-ci n’ont pas la capacité nécessaire pour limiter les déviations de l’esprit et de combler les déficiences morales de l’humanité, car le système éducatif et scientifique moderne repose sur les éléments que sont la raison et la science, en excluant la foi en Dieu.

Max Planck, le célèbre physicien allemand, écrit:

« L’homme, au quotidien, a besoin de fondements nécessaires qui sont plus nécessaires pour lui que sa soif de connaissances scientifiques. Ces fondements doivent être mis à la disposition de l’homme, hors du système de la raison.

La raison doit faire place aux lois de la morale. De même que la connaissance scientifique doit céder le pas, parfois, devant la croyance religieuse. »

Ainsi, si la direction morale n’arrive point à éveiller les consciences aux lumières de la religion, les fondements et principes terrestres humains ne pourront pas faire naître dans l’âme humaine le sentiment vertueux lui permettant d’assumer les responsabilités civilisationnelles qui sont les siennes.

Nous observons que l’Islam n’a pas ordonné à ses disciples de fuir les plaisirs licites qui ont été accordés par Dieu à ses créatures. Bien au contraire. Certes, le Coran nous avertit que plonger dans une vie de plaisirs illimités et de confusion des réalités de la vie, en ne retenant que la seule dimension matérielle, ne convient point à une humanité vertueuse: « On a enjolivé aux gens l’amour des choses qu’on désire: femmes, enfants, trésors thésaurisés d’or et d’argent, chevaux marqués, animaux et champs; tout cela est objet de jouissance temporaire pour la vie présente. Alors que près de Dieu il y a belle retraite. »

D’un autre côté, l’Islam ne rejette pas l’aspect matériel de la vie de l’homme, mais refuse plutôt le repli sur soi et le rejet des plaisirs licites: « Dis Oui a interdit la parure de Dieu qu’Il a produite pour Ses esclaves, ainsi que les excellentes nourritures? Dis: Elles seront, dès la vie présente, à ceux qui croient, exclusivement leurs au jour de la résurrection. Ainsi détaillons-Nous les signes pour les gens qui savent. »

Le renoncement aux plaisirs matériels signifie l’humiliation de la raison et l’élévation de la matière au rang d’objectifs de la vie. Les biens de la vie terrestre tentent, le plus souvent, les gens de peu de volonté et de foi qui n’ont pas cette force de contrôle dont dispose le vrai croyant et qui lui sert de guide.

En conséquence, l’Islam conçoit l’homme comme possédant une personnalité saine, dotée d’un pouvoir de réflexion et persévérant dans la vertu, ce qui lui permet d’assumer son rôle principal, à savoir se construire lui-même et bâtir une société de manière juste en se libérant des chaînes qui l’enserrent, en fuyant les tentations sans pour autant renoncer aux plaisirs licites.

L’homme dont l’Islam parle comme d’un modèle d’éducation parfait est cet individu réfléchi, positif, efficace et bien élevé. C’est un homme dont on observe la droiture, la complémentarité, la réflexion et le comportement, dans tous les domaines de la vie. Son âme, libre et bien éduquée, lui donne un équilibre qui lui autorise certains plaisirs sans verser dans l’excès matérialiste et de participer à la civilisation et au progrès de l’humanité.

La première des étapes sur cette voie menant à la perfection est la purification de l’âme, signalée par le Coran comme préambule à l’éducation de l’être humain et l’acquisition des connaissances scientifiques: « C’est Lui qui a envoyé chez les gentils un messager des leurs qui leur récite Ses versets et les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, quand même qu’ils fussent auparavant dans un égarement manifeste. »

Ce principe fondamental qu’est la « purification de l’âme » est l’indication permettant de connaître la vraie nature de l’homme. Il n’y a pas, dans l’Islam, de références scientifiques matérielles qui pourraient donner la valeur de l’homme, car ces références concernent un ou deux aspects et ne permettent pas de prendre en compte les autres facettes de la personne.

Certes, les sciences ressortirent de l’humain; elles sont le résultat du travail de l’homme et constituent ses acquis. La vie se fonde également sur ces sciences. Cependant, cette richesse matérielle doit être complétée par une richesse morale qui relève l’homme du monde physique au monde spirituel, lui permettant ainsi de pallier les lacunes de la science. Car cela est plus facile à combler que les déficiences de l’âme.

L’Émir des croyants disait, à ce propos, ce qui suit;

« Si nous ne souhaitions pas le paradis et ne craignions pas ni l’enfer, ni récompense ni châtiment, nous serions tout de même obligés d’avoir de bonnes mœurs, car elles sont la voie de la réussite. »

Il disait également:

« Résiste à la tentation avant qu’elle ne te domine, car si elle grandit elle te dominera et t’orientera sans que tu puisses la combattre. »

« L’esclave de la tentation est plus vil que tout autre esclave. »

« Celui qui vainc sa tentation préserve sa dignité. »

Pour Wayne Durant:

« Notre raison et nos besoins sont comme le vent qui pousse les navires, mais nous ne devons pas laisser les voiles à l’abandon, car si nous leur cédons elles nous domineront et nous serions tels des esclaves ou des prisonniers. Chacun d’entre nous a pu voir, durant sa vie, des gens prisonniers de l’envie, du plaisir ou de la colère. Faute d’y mettre un frein, cela entraîne la dégradation des mœurs de l’homme. Je rappelle l’histoire bien connue des enfants de Kesroès, roi perse zoroastrien. Leur nourrice les laissait libres de faire tout ce qu’ils voulaient. Le résultat a été qu’ils sont devenus des incapables et des pervertis.

Donc, la primauté de la connaissance sur les penchants et les tentations est l’essence même de la raison et la base du self-control qui sont le fondement nécessaire à la formation des caractères. »

La volonté est au centre des activités et des responsabilités dans le système éducatif de l’Islam. L’homme étant doué d’une liberté de réflexion et d’exécution doit s’en servir de la meilleure manière possible afin de se consacrer à ce qui est son véritable objectif: son accomplissement.

Même si l’homme n’est pas totalement libéré des instincts qui le régissent, il demeure qu’il a toute liberté de choisir la façon d’y répondre et d’y réagir. Sa volonté lui permet de contrôler ses actions et ses sentiments afin d’ouvrir la voie d’une activité mentale et spirituelle plus riche, c’est-à-dire de se forger une personnalité plus forte et plus profonde chaque jour.

Jacquaud disait:

« Pour empêcher l’implosion de la personnalité et sa multiplicité qui réduit le self-contrôle-nous devons procéder à une utilisation et une division du temps très strictes. Car l’organisation de la vie selon des programmes bien établis atténue les effets des impulsions et fait que l’inconscient accepte l’idée qui a pris corps.

Pour cela, il suffit de laisser libre cours à l’imagination pour régler nos activités, au moment le plus approprié ou avant le sommeil. Car cela cultive chez la personne une bonne habitude: la discipline et l’ordre. Ceux qui ne possèdent pas cette habitude et qui ne s’y préparent pas à temps verront des changements surprenants survenir à eux et auxquels ils ne pourront pas faire face. Les progrès qu’ils feront dans tous les domaines aideront à leur accomplissement grâce à cette organisation du temps.

Ceci n’est pas étonnant, bien que nous devrions savoir entraîner notre esprit à étudier les questions qui les préoccupent et à opérer les changements nécessaires, bientôt il sera en mesure d’atteindre ses objectifs.

La régularité préparera le terrain à une activité quotidienne accrue et cette augmentation s’accompagnera d’une augmentation des moyens d’action, d’un élargissement du champ des possibilités, d’un gain de données nouvelles et d’un accroissement des opportunités bénéfiques. »

Il est certain que le combat de l’âme encline aux tentations est chose difficile. L’Islam, à cet égard, assure que la victoire contre les tentations dénote la force de caractère de l’homme. La grande fierté de l’être humain est de débuter son éducation spirituelle par un contrôle total sur les désirs et les tentations pour parvenir à se forger une réelle personnalité.

L’lmam Sâdeq disait:

« Force ton âme à éviter ce qui lui nuira avant qu’elle ne te quitte et œuvre à la satisfaire comme tu le fais pour gagner ta vie, car ton esprit est tributaire de ton travail. »

Pour le Docteur Carrel:

« Le développement qui néglige l’esprit demeurera un développement incomplet. L’homme ne parviendra pas à la plénitude sans l’intervention de sa volonté. Chacun de nous sait que le développement des organes et des muscles du corps ne peut se faire que par un entraînement physique et l’individu ne peut prétendre devenir un champion sportif sans un entraînement régulier et soutenu.

De même, pour développer notre intellect, nous devons consentir les efforts nécessaires. Si l’élève ne désire pas apprendre, le meilleur et le plus compétent des professeurs ne pourra rien lui inculquer. La lecture des œuvres morales ne rendra pas le lecteur plus pieux. Ainsi, il est impossible de convaincre une âme dénuée de volonté. »

Pour Bergson:

« Acquérir une personnalité, avoir telle ou telle vertu ne peut s’accomplir que par un acte volontaire de la part de l’individu. Pour cela, l’intéressé doit puiser dans son âme et dans son corps tout ce qu’ils renferment comme volonté, énergie et force; qu’il organise son existence et sa vie intérieure du mieux qu’il peut; qu’il se forge une âme ferme et volontaire.

Les plus grands hommes sont, généralement, issus de petites familles pauvres, sinon misérables. Cette réalité historique apparaît dans l’histoire de l’humanité chaque jour. Chaque homme, ignorant ou savant, pauvre ou riche, jeune ou vieux, peut, s’il le veut, mobiliser toutes les énergies enfouies au fonds de son être pour réaliser ses objectifs. »

Le Calife Ali disait, à ce sujet:

« La pire misère est celle de l’âme. »

Il est vrai que l’homme pâtit plus du manque de spiritualité que d’un quelconque besoin matériel non satisfait. Lorsque l’esprit est malade du fait d’un manque de clarté et d’incompréhension, le mal gagnera la pensée et les sens et l’individu, dès lors, faillira dans ses activités. À partir du moment où l’homme perd son discernement et le sens du réel, il ne saura plus tirer profit des éléments matériels et des énergies qu’il porte en lui.

Celui qui croit en Dieu et se soumet totalement à son Créateur possède la pureté du cœur et de l’âme qui l’empêchera de succomber aux vices et au mal, car tout ce qu’il entreprendra sera lié à sa foi, à sa conscience et à son comportement.

L’Islam, pour limiter la domination des tentations, lui propose un cadre organisationnel. Cette organisation vise à comptabiliser l’âme selon des règles et des principes fondés sur le discernement et la raison. Ainsi, se forme une adéquation entre les penchants de l’individu, en tant que personnalité indépendante et en qualité de membre de la société, qui le limite dans l’action à ce qui est convenu, c’est-à-dire préserve la société de l’individu et l’individu de la société. Tandis que l’homme pèse le pour et le contre, il aura à choisir entre ses intérêts personnels et ceux de toute la société.

Tant que son discernement et sa pensée sont paralysés, l’homme demeurera dans l’ignorance de la réalité et ne pourra déceler ses manques et les failles de sa personnalité. S’il lui était donné d’en prendre connaissance, ils seraient désagréablement surpris et se prendraient à se haïr. Ainsi, Schoppenheimer dit:

« Tout comme l’homme ne ressent pas le poids de son corps, de même il ne voit point les mauvaises habitudes et les actions détestables qu’il commet. Au contraire, il a toujours tendance à rejeter sur les autres ses défauts et ses faiblesses. Nos semblables sont comme le miroir qui reflète nos défauts et faiblesses que nous ne pouvons voir nous-mêmes. Il nous semble alors voir dans ce miroir l’image d’autrui. »

La personnalité croît selon un système de valeur dans la vie suivant lequel se développeront les qualités et les caractères. Si l’homme n’arrive pas à user de sa liberté raisonnablement et n’arrive pas à libérer de quelque manière ses instincts, il sera dès lors soumis à ses tentations. Il est évident que cela signifie un avilissement de l’âme et une humiliation de la nature humaine qui l’empêcheront de s’accomplir pleinement et limiteront les horizons de la pensée et de l’esprit.

La seule voie pour réaliser l’équilibre nécessaire entre les déviations de l’âme et son accomplissement est de consolider le lien qui unit l’homme à Dieu, car plus l’on s’éloigne de Lui plus l’on y perd son discernement.

L’Islam sème dans le cœur des gens la graine de la vertu et de l’honnêteté et n’accepte pas de séparation entre l’action et la foi. Cette religion tente perpétuellement de faire que l’homme, à tout instant et pour toute occasion, sache que Dieu l’observe et le juge, car Il est son Créateur et le Confesseur de ses secrets cachés.

Les vertus humaines lorsqu’elles manquent d’un socle qui les soutient ne peuvent s’ancrer solidement dans l’âme. La foi joue, à cet égard, le rôle du socle naturel et du soutien dans la vie.

Nous devons, à ce stade de la réflexion, secouer la léthargie de notre esprit, recouvrer le discernement et voir la réalité en face. Cette prise de conscience suscitera dans notre esprit une impression étrange; l’impression de vivre une nouvelle vie ou de renouveler notre existence. L’absence de discernement influe énormément et durablement dans toutes les étapes de la vie. Elle rabaisse l’homme du stade de la vertu à celui de l’avilissement.

Ali a rapporté un certain nombre d’observations à ce sujet. Il disait:

« Évertue-toi à penser, cela te conduira vers le bien. »

« Pense au bien, pousse à le faire. »

« Songer à entreprendre une chose, c’est déjà la réaliser. »

Au sujet de la pensée, le Docteur Marden écrit:

« La pensée est partout présente dans le monde. Mais cette vérité est restée longtemps cachée et indiscernable durant tout le long de l’histoire de l’humanité. Et lorsqu’on s’en est aperçu, qu’on a entrepris de la considérer et de l’évaluer, on a cru que c’était une chose rare qui ne concernait qu’une élite. Durant ces dernières années, l’homme a décidé de soumettre la pensée à l’étude et en faire l’objet de ses enquêtes.

Les études nous montrent que nous avons la possibilité d’agir sur nos penchants, bons ou mauvais, en modulant nos pensées; que nous pouvons influencer les facteurs de notre monde extérieur et modifier leur impact sur notre moi de manière positive et acquérir ainsi le bonheur et la réussite, car l’éducation de la pensée n’a pas de limites et ses résultats sont innombrables.

La pensée est comparable au burin qui sculpte la pierre de la vie. C’est pourquoi nous devons résolument orienter cet outil qu’est la pensée vers les buts les plus nobles et en user en vue d’atteindre les objectifs les plus louables et les plus nobles. Il suffit de faire appel, pour cela, à toute notre volonté.

Nul ne peut nier le pouvoir de la pensée. Elle accroît les capacités de l’individu et peut influer radicalement sur sa vie.

Il faut se convaincre que si l’on dirige convenablement ses pensées, l’on ne peut que se ménager un avenir des plus radieux et la manière est toute naturelle et toute simple. Le rôle que joue la pensée dans les aspects matériels et spirituels apparaîtra graduellement aux humains et ceux qui divergent aujourd’hui se rencontreront sur ce point à l’avenir. »

Les dégâts des mauvaises pensées

Tout comme les idées positives engagent l’homme à entreprendre des actions fructueuses, les pensées malveillantes avilissent celui-ci. C’est parce que l’homme est un être qui pense et qui s’exerce à penser que le fait de penser mal ou de manière malveillante obscurcit l’âme humaine et l’empêche de faire le bien.

De même que chaque chose dans la raison de la nature se développe, la mauvaise pensée grandira dans l’esprit de l’individu pour se traduire ensuite par de funestes actions.

Un sage fut questionné un jour: comment trouver le bonheur? Il répondit: « Nous le trouverons dans la beauté de la pensée humaine ». Ainsi, l’homme doit endiguer, en amont, les flots de la malveillance qui risquent de polluer le lac de vertu où baigne son cœur. Ali disait:

« Force-toi à la réflexion et à demander pénitence, car cela effacera de ton cœur la haine et y glorifiera l’amour. »

Il ajoutait: « Force-toi aux bonnes intentions pour que tes efforts soient couronnés de succès. »

Changer les traits de caractère d’une personne est chose malaisée et ardue, cependant cela est possible si l’individu fournit l’effort nécessaire et se dote d’une volonté inébranlable et évite la mauvaise pensée comme la mauvaise action. Cela est d’autant plus possible que l’homme est porté naturellement vers le bien, compte tenu de ses prédispositions innées.

Pour Calman Jacquaud:

« L’éducation de l’esprit ressemblerait en un sens à une armée disciplinée faisant face aux habitudes, qui au lieu d’attaquer de front celles-ci susciterait des idées et des sentiments dans l’inconscient de l’individu pour contrarier et annihiler ces habitudes. Ainsi, de manière graduelle, le cerveau va pouvoir faire la distinction entre bonnes et mauvaises actions. Mais, avant d’y parvenir, la première chose que l’on doit observer est de se rappeler la réalité suivante: on peut changer une habitude et soi-même on peut soulager définitivement l’esprit du mal qui le ronge et atteindre ainsi l’objectif souhaité. Il faut se rappeler cette vérité de façon continuelle et l’enraciner dans la conscience pour qu’elle devienne conviction.

Cette conviction en vertu de la loi sur l’effet de l’éducation sous-tendue par le rappel incessant aura les caractéristiques d’une réalité absolue et l’inconscient se chargera de consacrer cette réalité en effaçant la conviction originelle que les habitudes sont incontournables ou irrésistibles.

Si l’on évalue le plaisir passager consécutif à la mauvaise habitude, l’on s’apercevra de sa futilité, l’on saura également que le mieux est de consacrer ses efforts à corriger les erreurs dues aux mauvais penchants et habitudes. »

La relation des objectifs avec le développement

Ce qui peut faire de l’homme un être supérieur et, par conséquent, contribuer au développement de la personnalité c’est qu’il se fixe des objectifs nobles dans l’existence. Plus ces objectifs sont nobles, plus la personnalité de l’homme s’épanouit. Il est indéniable que l’Islam a de grands objectifs et une vision large et unificatrice. Les musulmans qui ont été éduqués sous la houlette du Prophète de l’Islam et de ses prédications ont établi des relations existentielles fermes et solides et se sont caractérisés par une personnalité élevée et originale. Les buts louables qu’ils se sont fixés leur ont permis de faire des progrès continuels.

Pour le célèbre psychologue américain Alworth:

« Les objectifs et buts sont considérés comme des caractéristiques spéciales et complexes de la personnalité, de même que les intentions et les projets que l’homme porte en lui annoncent l’avenir qu’il veut se préparer. Les intentions et les objectifs individuels optent pour des motivations bénéfiques et proposent un choix particulier. Les moyens licites et interdits ont un grand impact sur le développement et l’accomplissement de chaque individu.

De fait, comme le développement se poursuit à tout moment et à tout âge chez l’homme, il faut s’attendre à trouver un sentiment religieux développé aux stades avancés de la personnalité. Tant que le cerveau de l’homme croît et se développe, il tentera autant que possible d’étendre le champ de sa réflexion en usant de la démonstration analogique, de l’analyse et de l’étude comparative des hypothèses comme moyens.

Tant que l’homme poursuit sa quête et s’y consacre, il découvre le besoin de la foi pour en user en tant que moyen de protection palliant l’échec de la raison. Il se convainc que la foi l’aidera à surmonter les difficultés innombrables de l’existence.

La plupart des croyants sentent que la foi qui les anime prend sa source dans cette force surnaturelle qui est derrière toute chose et chaque phénomène naturel renforce leur conviction religieuse. C’est cette conviction qui leur donne un but dans la vie et leur apporte paix et repos de l’âme.

La vision universaliste particulière des religions n’est rien d’autre qu’un ensemble de croyances, de pensées et de conceptions qui dominent et orientent le comportement humain.

La religion forme et prépare l’homme à se prémunir contre l’anxiété, les troubles, le doute, l’échec et le désespoir en même temps qu’elle le fortifie dans ses résolutions et engagements vis-à-vis de l’avenir et qui lui permet de trouver sa place dans l’univers, au sens intégral du mot et du concept. »

La relation entre les activités spirituelles et physiologiques

Des études scientifiques ont démontré que les troubles psychologiques influencent le corps et le perturbent. D’un autre côté, l’esprit est affecté par les réactions chimiques qui ont leur siège dans le corps. Dès lors, nous pouvons comprendre cette réaction qui lie esprit et corps.

Bien que les scientifiques rapportent cette théorie aux temps contemporains à ces dernières années mêmes, nous pouvons affirmer que les textes islamiques ont traité cette question il y a plus de siècles.

Ainsi, l’Émir des Croyants (Imam Ali) disait à propos de l’effet des maladies de l’esprit sur le corps:

« L’anxiété épuise le corps »; il ajoutait également: « Celui qui obéit à sa colère précipite sa perte ».

Le Prophète insistait sur la relation qui existe entre les réactions chimiques du corps et les dispositions d’esprit de l’individu et ses mœurs et disait:

« N’étouffez pas les cœurs par un excès de nourriture et de boissons, car le cœur périt telles les plantes d’un excès d’eau ». Il disait aussi: « Celui qui s’habitue à trop manger et boire endurcit son cœur et: « L’obésité détruit la sagesse ».

Le professeur Carrel disait:

« Les activités spirituelles sont liées aux activités physiologiques du corps et nous pouvons observer certaines transformations organiques lorsque nous suivons les différents cas psychologiques ou bien lorsque nous voyons certains cas psychologiques être affectés par certaines activités organiques. En un mot, nous disons que cet ensemble formé du corps et de l’esprit est influencé par les facteurs organiques et psychologiques qui le transforment. L’exemple du corps et de l’esprit peut comparer à la statue taillée dans le marbre: on ne peut changer la forme de celle-ci sans casser la pierre ou la retailler.

Nous savons que les affections gastriques, intestinales et hépatiques ont une grande influence sur l’esprit, car les organes du corps sécrètent certaines substances dans le sang qui auront une influence certaine sur les comportements spirituels et moraux de l’homme.

Le rapport régissant les activités conscientes et les activités physiologiques ne concorde pas avec l’ancienne théorie qui plaçait l’âme dans le cerveau. Le corps, en réalité, est un tout formé par les forces spirituelles et physiques, tandis que la pensée serait le résultat des sécrétions produites par les glandes internes et le cortex. Ainsi, il est nécessaire que le corps participe à l’harmonie de l’esprit. En un mot, nous disons: l’homme réfléchit et décide, aime et hait, souffre et jouit, invite et prie, tout cela grâce à son cerveau et à tous ses organes. »

Pour le célèbre psychologue C. Murphy:

« Durant la dernière décennie de ce siècle, il est apparu clairement combien les sentiments et les théories, ou bien l’amour et la haine étaient, chez les hommes, le symbole des combinaisons chimiques du corps.

La psychopathologie a clairement démontré cette relation d’interdépendance entre la santé corporelle et spirituelle, c’est-à-dire ce lien fonctionnel entre les réactions chimiques du corps et les choses de l’esprit et la relation entre réactions spirituelles et les réactions corporelles d’un autre côté. Nous ne pouvons plus, aujourd’hui, dire du système vital chimique dans le corps qu’il est l’élément fondamental dans l’organisation de la vie spirituelle. Nous devons donc aussi dire que les réactions spirituelles organisent le système chimique du corps. Le mieux serait de dire comme l’indiquent les chercheurs que nous faisons toujours face à un système unique composé du corps et de l’esprit dans lequel le côté spirituel peut dominer, mais que, parfois, l’aspect physiologique et chimique soit en première place. »

Le terme « connais-toi toi-même » que citaient les anciens n’a plus, aujourd’hui, le sens de la prépondérance de l’esprit sur la matière sans âme, comme cela était le cas auparavant; comme il n’a plus le sens que lui accordaient les matérialistes du 19e siècle et qui disaient: de même que le foie sécrète une matière jaunâtre du « pancréas », le cerveau lui secrète les pensées.

Aujourd’hui, nous requerrons que soit admis comme principe élémentaire que dans la recherche de la connaissance de l’homme, l’aspect chimique et l’aspect spirituel soient convergents.

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