Le vacarme de l’argent assourdit l’âme du monde

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SHAFAQNA – Chaque fois que je prends la plume pour écrire, c’est comme terrassé par l’impression d’avoir trop à dire. Cœur écrasé par le poids des pensées… Plume balayée par un cyclone d’émotions. Comme autant d’adresses à l’étonnement, ma plume décrit : le contraire d’écrire. La force puisée en l’âme pour la dire d’un seul tenant, se retourne alors contre elle-même, prostrée aux pieds de montagnes à gravir. Les pentes de l’imaginaire se sont éboulées dans un vacarme assourdissant et me voilà ainsi que tel à la recherche de nouvelles vallées à parcourir. Je m’exerce à la marche lente, le long des défilés, des grands lacets déclinants, jusqu’à la bourgade avoisinante…

Je m’installe à la terrasse d’un café, fixe un long moment la ligne d’horizon, avant de me plonger dans l’écrit. On ne peut plus dire. On en a plus le droit. Il ne faut plus rien dire. Le discours de l’Argent nous l’interdit. Il interdit de dire. Il interdit de nous dire. Il interdit tout. Il interdit l’homme. Il interdit à l’homme d’exister pour autant qu’il lui interdit très précisément de parler, de s’entendre parler. Le vacarme de l’Argent assourdit l’âme du monde.

Ainsi voyez-vous, j’ai décidé d’écrire. J’ai décidé d’écrire pour me révolter. J’ai décidé de dire. J’ai décidé de dire au risque de me tromper. J’ai décidé de dire, aussi et surtout, pour me tromper. Mais enfin : avancer. Dire, enfin, ce que j’ai à dire, au risque de mal dire, naturellement, au risque d’insister. Au risque de médire, de me dédire. Mais enfin dire. Mais enfin dire c’est-à-dire exister. Mais aussi, et surtout : pour me révolter. Je ne suis pas révolutionnaire au sens périodique du terme croyez-moi. La révolution est pour moi tout sauf épisodique. C’est la loi fondamentale de l’esprit.

Certaines de ces raisons font que j’adresse aujourd’hui ce texte en ce lieu, à Oumma.com. C’est une des rares agences de presse qui m’inspire encore un peu confiance, car est une des seules qui prennent encore le risque de se tromper. Un des seuls papiers où le politiquement correct se trouve encore raturé.

J’éprouve au fond de moi-même pour tout dire une détestation sans haine à l’égard de la bourgeoisie. Je la -teste, au sens où j’atteste la réalité du mal en quoi entièrement elle consiste. Je la déteste au sens où l’on témoigne (testabilis) à charge contre un prévenu à l’audience d’un tribunal d’assise. L’orgueil est le crime de la bourgeoisie. Mais pour autant qu’elle préside elle-même à la justice de notre monde, c’est désormais le racisme de classe qui fait jurisprudence, et le col de l’avoué, je l’aperçois de ma chaise, maculé du sang des pauvres. Réveillons-nous. Réveillons la révolution.

Laissons Marx tranquille cette fois. Mais réveillons-nous. Réveillons notre conscience de classe. Notre conscience de classe ainsi qu’elle s’élève à la noble conscience. Nous sommes appelés à descendre dans la rue pour renverser sagement l’ordre de la bourgeoisie. Mais qu’on m’entende bien ici : c’est bien à la bourgeoisie et non aux bourgeois – aux idées et non aux personnes – qu’il faut nous en prendre. La bourgeoisie capitaliste fait souffrir le monde d’une atroce souffrance, l’infecte d’une maladie épouvantable. La maladie de l’Argent. Les bourgeois sont des gens profondément malades, profondément infectés. Il faut faire vite. Très vite.

Car la bourgeoisie contamine le monde. Elle répand sur le monde l’orgueil endémique. De ce point de vue là d’ailleurs, le plus atteint d’entre tous, c’est le petit-bourgeois de la néo petite-bourgeoisie. Et de ce point de vue là, le bacille de la petite-bourgeoisie postmoderne, le petit bourgeois socialiste le véhicule, le petit bourgeois mondialiste  le véhicule, le petit-bourgeois islamiste le véhicule, tous ces petits bourgeois virulents dont la bourgeoisie d’Argent est grosse inocule désormais le virus de l’Argent, l’infection de l’Argent et de l’Orgueil, au cœur même de la Cité des hommes. Il atteint désormais l’organique. C’est-à-dire les classes moyennes.

La bourgeoisie est un état d’esprit. On peut parfois y admirer quelques reflets d’intelligence de la vie. Mais ceux-là ne procèdent le plus souvent que d’un scintillement de surface, car, au fond, cet état d’esprit est tourné entièrement vers l’Argent, de même que le surcroît de satisfaction narcissique que procure le fait d’en avoir, d’en posséder, c’est-à-dire d’en être, c’est-à-dire encore d’en publiquement pouvoir briller du plus petit éclat.

Mais ce que le bourgeois ne voit pas alors, c’est qu’à force de vouloir posséder et dresser son argent, l’Argent finit par se dresser contre lui, l’Argent finit par se retourner contre lui et le posséder à son tour tout aussi brutalement. Et c’est ce que le bourgeois ne voit pas alors, c’est la maladie qui croît en lui. Mais il serait, je le redis, bien mal venu toutefois de lui en vouloir de vouloir s’enrichir. On ne lui a sans doute jamais montré où se trouvait la vraie richesse de l’homme. Mieux vaut alors que nous tentions d’étendre, à l’endroit du monde bourgeois, quelque havre de charité véritable, si tant est qu’il reste une seule goutte de charité sincère à faire jaillir de nos cœurs.

Car l’enfer de la bourgeoisie capitaliste brûle et assèche tout sur son passage, y compris et surtout, la source de nos âmes. Le poète est à vendre. On en fait un publicitaire. L’artiste est à vendre. On en a fait un argument. Le philosophe est à vendre. On en fait un vendu. Mais l’âme de la spiritualité n’est pas à vendre. Tout n’est pas perdu.

L’âme de la spiritualité n’est pas à vendre. Tout n’est pas perdu. Je ne dis pas ça seulement pour le plaisir des métaphores. Ni encore moins pour le plaisir du style. Ma métaphore est un peu bancale. Mon style ne va certainement pas sans mal.

Mais le virus moral de la bourgeoisie couchera le dernier homme libre sur le pucier de l’opinion.

La bourgeoisie d’argent globalisée réduit dorénavant chacun de nous dans la captivité de cette Opinion strictement façonnée par les valeurs d’argent. Que nous le voulions ou non, son fouet pousse toute chose vers son argent. Elle a passé les chaînes. L’une après l’autre, elle a passé les chaînes. Les chaîne de l’argent d’abord. Les chaîne de l’orgueil ensuite. Elle a passé ses lourdes chaînes d’obligations, les chaînes redoutables de son matérialisme, au cou du monde de l’homme. Au cou du monde de la sagesse de l’homme. Au cou du monde de la religion de l’homme. Au cou du monde de la science de l’homme. Au cou du monde de l’enfance de l’homme.

Elle agenouille, enchaîne et entasse tout ce petit monde de l’homme dans les cales grouillantes de sa galère d’Argent. Le monde des hommes rame et pousse la galère économique chaque jour d’un empan supplémentaire vers son triangle des Bermudes de l’argent.

Brisons nos fers, rassemblons nos rames, et jetons sur les flots, au plus loin de cette satanée galère, un radeau de survie pour l’humain. Porté par le courant de la vie simple, le radeau de l’esprit atteindra bientôt le rivage d’un monde retrouvé. Il est donc grand temps de se révolter. Nous n’avons et n’aurons jamais d’autre arme pour cela que la révolution spirituelle. Et nous n’avons pas et n’aurons jamais d’autre voie pour mener cela à bien que la pauvreté spirituelle.

La religion de l’humain est à tout le monde. Elle avance, la tête haute. Elle attend de nous sagement que nous libérions l’esclave. Elle attend de nous que nous nous libérions nous-mêmes avant toute chose du fardeau de ce regard social omniscient façonné par l’orgueil de l’avoir et de la possession. Et elle attend que nous communiquions ensuite, le principe, de cette libération.

L’orgueil, en effet, est une valeur sans classe. Il propage et dissémine la bassesse. Il voyage par l’animal. Contre le vent de l’esprit. Le gros animal de la bourgeoisie. On a perdu à peu près tout courage de l’apprivoiser. On le laisse sévir. On le laisse fouetter. On soigne même son obésité. A chaque mouvement de lui, la terre tremble un peu plus fort. Criminelle, maladive, monstrueuse, telle est la bourgeoisie d’Argent actuelle.

Mais si nous n’y prenons garde, et à supposer, par malheur, que nous ne nous révoltions pas à temps, nous finirons tous monstrueusement malades à nous entretuer. Car il n’est qu’un seul remède à l’orgueil, et c’est la Pauvreté. Car il n’est qu’un seul remède à l’orgueil, et c’est la Pauvreté. On dit de Salomon qu’il contrôlait le vent, et subjuguait les djinns. Salomon n’était pas bourgeois. Il était Pauvre dans sa richesse, et riche dans sa pauvreté.

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