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SHAFAQNA – Pour répondre à la question, il mérite tout d’abord qu’on évoque les éléments suivants :

  1. Quelle est la place de la sunna par rapport au coran ?
  2. Quelle est la place des circonstances de la révélation dans l’interprétation du coran ? Peut-on facilement obtenir le sens  et la signification des versets coraniques sans tenir compte des circonstances de la révélation  qui en quelque sorte constitue la sunna et les traditions?
  3. Quelles sont les preuves coraniques sur la nécessité de la présence d’un imam pour les hommes ?
  4. Quels sont les arguments coraniques qui montrent que les imams doivent être désignés par Dieu ?

Pour répondre à la première question, il faut dire que la législation islamique commence avec le saint coran qui constitue la première base de référence des enseignements religieux. Après le coran vient la sunna qui en réalité constitue l’interprétation du coran.[1] La sunna n’est rien d’autre que les actes, les propos, les attitudes des infaillibles qui sont les preuves divines sur terre.[2] Et[3].

De la même manière que cette infaillibilité nous pousse à nous accrocher à la tradition du noble prophète (ç) en tant que source de référence de la religion, elle nous permet également de nous accrocher à la tradition des Ahl-ul-bayt (as). La sunna (acte, parole et attitudes des infaillibles) peut contribuer à apporter des précisions et des concisions au coran. Car l’infaillible et Dieu exalté soit-il sont comme les émetteurs d’un même message.[4] Donc on peut dire en réalité que les Ahl-ul-bayt (as) sont les commentateurs et ceux qui expliquent le coran.[5] Un peu comme le précise Thaqaleyn qui dit que le coran et la sunna se complètent mutuellement.[6]

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Il est écrit dans le coran : « Ceci est le saint coran dont le livre dissimulé que seul les purifiés peuvent toucher ; car il vient de Dieu le seigneur des mondes »[7]

Dans un autre passage, le coran présente ceux qui sont purifiés en disant que ce n’est rien d’autre que les Ahl-ul-bayt (as).[8]

En ce qui concerne la deuxième question, il faut dire l’attitude des savants dans l’analyse des textes stipule qu’il tenir en considération les circonstances dans lesquelles le message a été émis afin de mieux saisir son sens. En d’autres termes, il faut saisir l’objet du message, le temps de l’émission du message, le lieu du message, la culture et la mentalité des personnalités au moment de l’énoncé du message sans oublier bien d’autres indices qui interviennent dans la précision du sens de ce message.[9] On constate également dans les traditions rapportées par les vrais commentateurs du coran qui pour élucider le sens des versets évoquent le cadre et les circonstances dan lesquelles ces versets ont été révélés.[10]

En d’autres termes, le coran a été révélé progressivement et à plusieurs occasions. C’est-à-dire que la révélation du coran était accompagnée des circonstances ou des difficultés dans lesquelles se trouvaient les musulmans. Ainsi un ou plusieurs ou alors une sourate était révéler pour résoudre ce problème. Il est calier que les versets révélés dans chaque circonstance ciblent cet évènement et ce fait.

Donc si quelque chose semble ne pas être clair dans les termes ou le verset, c’est en se référant à cet évènement qu’on peut résoudre ce problème. Donc pour mieux connaitre le sens et interpréter correctement le coran, nous devons connaitre les circonstances de la révélation des versets afin de cerner complètement le sujet.

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Donc la circonstance de la révélation constitue un indice important dans l’orientation et la précision du sens du verset. Sans cette circonstance de révélation, le sens du verset demeure incomplet. Nous avons par exemple ce verset : « En vérité Safwa et Marwa font partie des symboles d’Allah.

Quiconque se rend en pèlerinage à la Mecque ou accompli la Oumra n’aura pas de problème s’il fait des circonspections autour de ces deux »[11]. On a exprimé qu’il y a un problème en ce qui concerne le fait de prendre Safwa et Marwa comme un rite fondamental dans l’accomplissement du pèlerinage et de la Oumra car l’expression « Lah Jouna »[12] apparait dans le verset.

Donc e fait que si on tient compte de cette expression, le sens apparent du verset donnera ceci : « il n’y a pas de problème ou de péché à faire des vas et vient entre les deux. Ce qui signifie qu’il est juste permis de faire ce rite et non obligé. C’est quand on se réfère aux circonstances de révélation de ce verset qu’on comprend bien que l’expression « Lah Jouna » tourne autour de la dissipation de l’idée de sacrilège. En effet, après le traité de paix à la huitième année de l’hégire, il était convenu que le prophète (ç) et les compagnons l’année prochaine pour les rites de la Oumra à la Mecque.

Dans les clauses de ce traité, il était écrit que durant trois jours, les idolâtres devaient dégager leurs idoles des alentours de la Kaaba et ainsi que les idoles qu’ils conservaient au niveau des mont Safwa et Marwa afin que les musulmans puissent librement accomplir les rites de circonspection et de va et vient autour de ces deux sites. Après trois jours, les idolâtres pouvaient ramener leurs idoles et les remettre en place.

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Certains musulmans qui n’avaient pas encore accompli les rites de va et vient autour de ces deux sites avaient des problèmes du moment où les idoles avaient déjà été remis en place. Et là alors ils se disaient que s’ils accomplissent ce rite avec les idoles placés par les mécréants, cela serait un péché pour eux. C’est alors que ce verset fut révélé pour leur dire que malgré la présence de ces idoles, ils pouvaient accomplir le va et vient entre Safwa et Marwa sans craindre quoi que ce soit.[13]

Donc comme vous pouvez le constater, c’est en plongeant dans les circonstances de la révélation que le sens de ce verset devient bien clair et fait en sorte qu’on comprenne qu’il ne s’agit pas d’une simple permission, mais que le va et vient entre Safwa et Marwa est une obligation faisant partie des piliers des rites du pèlerinage. Donc l’expression « Lah Jouna » signifie juste un moyen de rassurer qu’il n’y a pas des péchés à accomplir cet acte malgré la présence des idoles.[14] On constate alors que les circonstances de révélation jouent un très grand rôle dans la définition du sens des versets coraniques.[15]

En ce qui concerne la nécessité de la présence d’un imam au sein de la société, il faut dire : De la même manière que l’envoi des prophètes pour l’éducation et l’épanouissement des hommes est nécessaire, la présence des imams également s’avère nécessaire pour la préservation de la continuité du programme laissé par le prophète (ç). Dans un passage coranique il est écrit : « Tu n’es qu’un avertisseur, car chaque peuple a un guide »[16]

« Chaque peuple a un guide », « Soyez avec les véridiques », « Ceux qui détiennent le commandement » et le verset de la transmission du message sont entre autre les versets qui confirment la nécessité de la présence de l’imam au sein de la société. Nous évoquons quelques versets et hadiths servant à interpréter ces passages :

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1 – « Tu n’es qu’un avertisseur et chaque peuple à un guide »[17] c’est-à-dire que le prophète n’est chargé que d’exhorter et de recommander des gens et chaque groupe ou chaque peuple a quelqu’un pour les guider.

2 – « Obéissez à Dieu, obéissez au prophète et à ceux parmi vous qui détiennent le commandement »[18]

Les commentateurs chiites s’accordent sur le fait que l’expression « Ouloul Amr » ou ceux qui détiennent le commandement renvoie aux imams infaillibles.

3 – Le verset de transmission ou le verset de Tabligh : « Ô messager, transmet ce qui t’a été révélé de la part de ton Dieu… »[19]. Selon les traditions authentiques mentionnées dans les ouvrages de références sunnites, ce verset a été révélé à Ghadeer Khom et ce jour historique, le prophète (ç) a annoncé l’autorité et la succession d’Ali (as) complétant ainsi l’intégralité de la transmission de son message et de sa mission. Bien que ces versets soient destinés à l’imam Ali (as) il montre en réalité des nécessités que la présence d’un  imam au sein de la société.

L’imamat dans l’islam occupe une place très importante et constitue le dernier stade de la perfection de l’homme. Souvent ce rang est combiné avec celui du prophète (ç) et de la mission prophétique. On a par exemple le statut d’imamat pour Ibrahim (as) et le messager de l’islam. Parfois ces deux titres sont séparés par rapport à la mission prophétique et au message. Nous Avons par exemple le cas des imams Ahl-ul-bayt (as).

En ce qui concerne la quatrième question, il faut dire : « Bien que nous ayons beaucoup de versets coraniques qui établissent l’imamat d’Ali (as) et les autres imams Ahl-ul-bayt (as) (le sens de ce verset est confirmé grâce à plusieurs hadiths authentiques rapportés par plusieurs personnes dans plusieurs générations qui citent le messager de l’islam[20] et qui évoque les circonstances de la révélation de ce verset[21], nous avons bien d’autres versets qui n’ont pas besoin de circonstances de révélation et dont on peut s’en servir pour démontrer la légitimité de l’imamat des imams infaillibles.

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Par exemple le saint coran montre que l’imamat constitue le dernier stade de l’évolution de l’homme vers la perfection. Et seul cinq grands prophètes ont atteint ce stade. Nous lisons par exemple au sujet d’Ibrahim (as) : « Souviens toi lorsque Dieu éprouva Ibrahim de différentes manières et qu’il s’en sorti parfaitement (et il réussi à passer ces épreuves) Dieu lui dit : « Je fais de toi un imam et un guide pour les gens. Ibrahim implora Dieu ainsi : Fais en sorte que ma descendance profite également de ce titre (fais d’eux des imams aussi).

Dieu reprit : «  Les injustes et les pervers ne bénéficieront jamais de mon pacte et de mon engagement (imamat) »[22] (c’est-à-dire seul les infaillibles parmi tes enfants bénéficieront de ce titre). Il ressort de ce verset que ce titre est le plus élevé des titres que le prophète Ibrahim (as) ait acquis après avoir reçu celui de messager et de transmetteur du message de Dieu. C’est-à-dire qu’il a eut cela à la fin de sa vie et après avoir traversé beaucoup d’épreuves difficiles.

Dans beaucoup de cas, le titre de prophète et d’imam sont réunis ensemble et les grands prophètes tels qu’Ibrahim (as) oint atteint le titre d’imam. Et l’exemple le plus évident est la conjugaison des titres de transmetteur du message, prophète et imam dans la personne du message de l’islam. Il arrive souvent que le titre d’imam soit distinct et séparé de messager et de prophète. Nous avons le cas des imams Ahl-ul-bayt (as) qui ont été juste propulsé au rang d’imam et n’ont été chargés de la réception d’aucune révélation.[23]

En effet, le terme injustice ici (opposé à la justice) est plus étendu. En effet, quand on parle de justice, cela signifie mettre chaque chose à  sa place.

En d’autres termes, lorsqu’on dit qu’il  y a injustice, cela signifie que quelqu’un ou quelque chose n’a pas été mis à la place où il fallait. Etant donné que le titre d’imam et de guide du point de vue apparent et dans le fond constitue un statut très élevé et implique pleines de responsabilités, le moindre péché ou la moindre insoumission ou le moindre antécédent fait en sorte que quelqu’un perde la compétence d’accéder à ce poste.

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C’est pour cela que nous lisons dans les hadiths que les hadiths que les imams Ahl-ul-bayt (as) insistaient sur ces points pour préciser que la succession immédiate du prophète (ç) à Ali (as). Et cela montre que les autres étaient des adorateurs d’idoles à l’époque du paganisme alors que seul Ali (as) ne s’est prosterné pour les idoles. Quelle est injustice la plus grande que d’adorer les idoles.[24] N’est ce pas Loukmane disait à son fils : « ö fils, n’associe Dieu à personne. Car cela constitue la plus grande injustice »[25]

Il ressort du verset développé que l’imam (le guide infaillible dans tous les sens) doit être défini par Dieu car l’imamat constitue une forme de pacte et d’engagement. Raison pour laquelle c’est Dieu lui-même qui doit préciser une telle personne c’est-à-dire que c’est Dieu lui-même qui une partie de pacte et de l’engagement.

En plus, les personnes qui ont commis des injustices dans leurs vies et qui ont des points sombres dans leurs passés- que ce soient les injustices sue eux-mêmes que ce soit l’injustice vis-à-vis des autres – et qui ont adoré des idoles ne serait ce qu’un seul instant ne méritent pas le titre d’imam. Donc l’imam doit avoir mené toute une vie impeccable. Donc il n’y a que Dieu pour connaitre qui a mené une vie impeccable. Et si on veut se baser sur ce critère pour définir le successeur du prophète (ç), il n’y a que l’imam Ali (as) qui était l’unique candidat.[26]

Il est clair que ce verset et les arguments qui ont été exposés ici ne constituent que des exemples parmi des dizaines d’autres qui confirment le besoin des hommes et des sociétés humaines par  rapport à la présence de l’imam. Il est impossible d’apporter d’avantage d’argument dans cet écrit délimité car cela demande plus d’espace et plus de temps.


Notes : 

[1] – Les propos, les actes et les attitudes infaillibles interprètent et expliquent en quelque sorte le coran. La preuve en est que le livre de Dieu et les Ahl-ul bayt sont placés côte à côte c’est-à-dire ce livre sera interprété par ces personnes et cela montre que le coran est un livre qui a besoin de quelqu’un pour l’interpréter.
[2] – Il faut retenir ici que la question fondamentale abordée au sujet de la sunna lorsqu’on parle des fondements de la jurisprudence, cela signifie la pertinence de la sunna dans la confirmation et l’attestation des actes d’adoration.
[3] – Le fait que la constitution de la sunna en tant que preuve dans la théologie scholastique islamique est également impliquée dans cette question.
[4] – La connaissance des infaillibles par rapport à l’intention exacte de Dieu dans la transmission des réalités divines provient directement de Dieu sans l’intervention des maux. Ce qui signifie que leur connaissance est une connaissance illuminée venant de l’invisible. Doc ce qu’ils disent n’est rien d’autre que la parole divine.
[5] – Lorsqu’on parle de Tafsir, on ne fait pas allusion à la signification que les commentateurs du coran donnent à ce mot aujourd’hui. En réalité, Tafsir ou interprétation signifie percevoir les réalités coraniques en précisant les méthodes et les critères standard pour la compréhension de la religion c’est –à-dire la lecture et l’interprétation à laquelle on fait allusion dans l’herméneutique. On appelle cette méthode Ijtihad. Dans la perspective chiite, l’Ijtihad ne constitue pas une source indépendante, ce qui est approuvé c’est le fait que l’Ijtihad soit considéré comme une autre méthode pour la compréhension du coran.
[6] – Série de cours supérieurs d’Ousoul, Mahdi Hadawi Tehrani, page 75 à 80.
[7] – Sourate Wakiya : 75 à 79.
[8] – Sourate Ahzab : 33.
[9] – Circonstances de révélation.
[10] – Les écoles d’interprétation, Ali Akhbar Baba’i, vol 1, page 106 à 108, 1ère impression, centre de recherche du séminaire islamique et de l’université, centre d’étude et de rédaction des ouvrages sur les sciences humaines dans les universités, hivers 1381 hégire solaire.
[11] – Sourate Baqarah : 158.
[12] -L’expression Jouna signifie péché.
[13] – Tafsir Ayachi, vol 1, page 70, logiciel Jamioul Tafasir Nour.
[14] – Il faut retenir que les circonstances de révélation sont plus larges que la cause de la révélation. Chaque fois que le verset est révélé que ce soit dans le passé, le présent ou l’avenir que ce soit sur les dispositions pratiques obligatoires chaque fois que les versets sont révélés dans ces cas on parle de circonstances de révélation. Par exemple tel verset a été révélé au sujet de l’infaillibilité des prophètes ou de l’infaillibilité des anges et l’infaillibilité d’Abraham, de Nour et d’Adam. Tout cela constitue les circonstances de la révélation. Mais en ce qui concerne la cause de la révélation, il s’agit de l’évènement ou d’un fait qui est à l’origine de la révélation d’un ou plusieurs versets. En d’autres termes, l’évènement qui se produit devient la cause de la révélation d’un ou des versets.
[15] – Al Tamhid, Mohammad Hadi Marafat, vol 1, page 243; Pour en savoir plus, consultez le thème condition de compréhension du coran question 193 (site 2511).
[16] – Sourate Ra’ad : 7.
[17] – Sourate Ra’ad : 7.
[18] – Yanabioul mawada: 114, 115 et 116.
[19] – Sourate Ma’ida : 67.
[20] – Pour savoir la raison pour laquelle les noms des imams ne sont pas directement mentionnés dans le coran, il faut consulter : noms des imams dans le coran.
[21] – Pour en savoir plus, consultez le thème arguments de la conviction sur l’imamat et les imams, extrait du thème démonstration de la légitimité de l’imamat de l’imam Ali question 999 (site 1162).
[22] – Sourate Baqarah: 124.
[23] – Extrait du thème argument logique de l’imamat question 614 (site 671).
[24] – En guise d’exemple, Hicham ibn Salim rapport de l’imam Sadiq un hadith mentionné dans Ousoul ul kafi, vol 1, bab Tabakatoul Anbiya wouol roussoul, hadith 1. Nous avons également un autre hadith d’Abdoullah et ibn Mas’oud qu’on trouve dans Amali de Sheikh Moufid, Manaquib d’ibn Magazili, tel que cité par Tafsir al Mizane sous l’interprétation du même verset.
[25] – Sourate Loukmane : 13.
[26] – Tafsir Nemouneh, vol 1, page 443 à 444

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