La nature singulière de l’être humain

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SHAFAQNA – Il est évident que Dieu a semé dans l’esprit de tout être humain les germes de penchants différents, chacun de ces penchants ayant un rôle particulier à jouer dans la promotion de la créature humaine et dans son bonheur ici-bas, sans oublier que le grand élan vital qui anime tout individu est le fait même de ces penchants qui émanent du plus profond de son être.

Cependant, tant que la relation qui lie l’homme à la vie reste forte, celui-ci attendra beaucoup de l’existence et dans son cœur brilleront toujours les lueurs du désir et de l’espoir, ce qui nous amène à penser que les douleurs et les peines qu’il ressent ne sont que l’expression de cette tendance à se convaincre et à apaiser ces désirs spirituels. De sorte qu’à chaque fois qu’il assouvit l’un de ses penchants, s’exprime en lui un autre désir, ce qui se traduira par un mouvement et une activité perpétuelle et pour l’homme par une énergie toujours renouvelée.

L’homme ne peut pas trouver la voie du bonheur rien qu’en se fiant à son instinct naturel et en le suivant. Il est certain que l’animal peut lui se rapporter à ses instincts pour ordonner et organiser sa vie. C’est ainsi que chacune de ces espèces non humaines est régie uniquement par les lois de l’instinct et peut se passer de l’éducation et de l’enseignement pour concevoir sa manière propre d’exister. Mais l’instinct ne peut, à lui seul, comme dans le cas de l’animal, le prémunir contre les errements et les fautes, la raison étant pour lui le premier guide, à la différence des animaux; c’est elle qui lui indique la voie à suivre pour une existence honorable. C’est par la raison et la réflexion que l’être humain pourra trouver la voie de son bonheur et qu’il avancera vaillamment et inébranlablement dans cette voie.

L’être humain est, de ce fait, confronté intérieurement à une guerre implacable entre ses instincts et sa raison, chacune de ces forces tendant à annihiler l’autre. Il importe donc pour atteindre l’équilibre interne nécessaire à chacun que nous soumettions nos instincts à la raison, car celle-ci, en tant que capital, devra être investie dans la capacité à percevoir les dangers dans leur réalité et à les éviter afin de parvenir à l’ordonnancement de nos existences.

Nous pouvons alors affirmer que l’être humain peut fonder son bonheur en s’appuyant sur la raison, de manière forte et décidée, pour éviter que son esprit ne soit dominé par ce danger que représentent les instincts. Il peut également céder sous la pression de ses instincts et emprunter les chemins de l’erreur. L’homme a donc besoin, pour se prémunir contre ses mauvais instincts, de se doter d’un solide bouclier qui le protégera de leurs attaques; de choisir une voie et une manière de vivre appropriées; de savoir comment éviter les voies sinueuses qui peuvent le tenter; enfin, pour une bonne organisation de sa vie, de se placer sur le plan des bonnes mœurs et du respect de son semblable. L’être humain, pour cela, est contraint de faire des « sacrifices » et de se choisir une « vocation » dictée par les nécessités de l’existence.

Chacun d’entre nous qui dès sa prime existence, a choisi les impératifs de la raison comme références dans l’existence afin d’éviter de se compromettre, verra son énergie spirituelle se développer de manière équilibrée et n’aura aucune difficulté à poursuivre sa voie dans les différentes étapes de la vie.

Selon le professeur Karl:

« Nous n’avons toujours pas compris que nous sommes tous autant soumis aux lois de la cinétique et de la physique que nous devrions l’être vis-à-vis ses lois de la vie, il y a donc une lutte âpre entre la liberté de l’homme et les lois de la nature, lutte dont l’homme est aujourd’hui la victime. Car l’homme veut une totale liberté, mais il ne peut profiter de cette liberté dans les limites des zones interdites sans éviter les dangers qui l’y guettent.

La liberté est semblable à de la dynamite, c’est un moyen efficace et efficient, mais elle est également un danger pour celui qui la manipule et qui en a l’usage. C’est ainsi que celui qui serait le plus à même de l’utiliser est celui-là même qui se soumettrait à la raison et qui aurait la force de caractère nécessaire. C’est pour cela que nous disons que l’action conforme aux lois naturelles nécessite de circonscrire le champ de la liberté, car il est impossible de parvenir à la réussite dans la vie sans un minimum de discipline et de contrôle de soi.

La contradiction qui existe entre la liberté de l’homme et les lois naturelles nécessite un exercice spirituel afin d’éviter d’encourir les dangers de l’existence. Nous devons donc combattre maints penchants et maints désirs, car sans un minimum de sacrifices nous ne pourrions nous adapter à l’ordre naturel du monde, car il semblerait que le sacrifice fasse partie des lois de l’existence. Le fait même de s’abstenir d’assouvir certains de nos désirs nous permettra de préserver nos forces et notre volonté, car sans continence et sacrifice la vie ne serait pas aussi belle, aussi sacrée ni aussi grandiose. Chacun doit faire les sacrifices qui s’imposent à lui, car le sacrifice est une nécessité de la vie des hommes. Cette nécessité s’est matérialisée à partir du moment où la libre raison a supplanté l’instinct pressant qui régissait la vie de nos ancêtres. Quelle que soit la volonté de l’homme, s’il donne libre cours à sa liberté, il ne pourra qu’enfreindre les lois naturelles et s’exposer ainsi à de sévères représailles. »

Les limites de la raison

La raison est un des grands bienfaits de Dieu envers l’homme dans Sa volonté de l’honorer: « Dis: c’est Lui qui vous a produits et vous a assigné l’ouïe et les yeux et les cœurs. Pour peu que vous soyez reconnaissants. »

L’Émir des Croyants L’imam Ali (que le salut soit sur lui) dit un jour:

« La meilleure chance de l’homme est sa raison, s’il est humilié elle l’honore; s’il chute, elle le relève; s’il se perd, elle le guide; s’il parle, elle dirige ses paroles. »

L’Islam a décrit la raison comme étant l’argument intérieur. C’est ainsi que s’exprime l’Imam Kadhem (que le salut soit sur lui).

« Dieu a envers les hommes deux arguments: l’un énoncé et l’autre tacite. L’énoncé étant les prophètes, envoyés de Dieu et Imams. Le tacite étant la raison. »

Mais, du fait de l’inégalité de la raison parmi les gens et la différence qui caractériser leur perception, chacun ne sera redevable, le jour du jugement dernier, que de sa propre raison ainsi que le rapport l’Imam Bâqer (que le salut soit sur lui):

« Dieu ne jugera les hommes le jour de Jugement Dernier qu’à l’aune de la part de raison dont Il les aura dotés durant leur existence. »

Aujourd’hui, l’Humanité est séduite par les résultats extraordinaires qui découlent de la raison, faisant des découvertes scientifiques le but ultime de la vie. Partant de là, elle a asséné un coup terrible au rôle que devait jouer la raison dans la vie de l’homme. Cette attitude exclusiviste est devenue cause du désintérêt envers cette force qui est en relation directe et étroite avec le principe de l’existence même et de toutes les questions spirituelles. Si cet être, leurré et trompé, pouvait étendre son horizon et accéder aux grands espaces qui échappent à l’œil en adoptant une autre démarche, il ne serait pas convaincu par les merveilles matérielles, œuvre de l’esprit humain.

L’Islam a, en cela, une vue plus générale concernant la raison et son champ d’application pour la soumettre à son éducation et l’orienter vers les vérités de l’existence de manière claire et précise. Le Coran appelle la raison à ne pas suivre une voie qui ne lui apparaît pas clairement et à ne point admettre toute chose sans preuve établie: « Et ne cours pas après ce dont tu n’as science aucune. L’ouïe, la vue et le cœur: sur tout cela, en vérité, on sera interrogé. »

Cette déclaration appuie la thèse de la nécessité d’une étude approfondie de chaque sujet avant de s’en convaincre et apporte un meilleur éclairage sur les erreurs de ceux qui ne fondent leurs pensées que sur la croyance et les illusions plutôt que la science et la réalité: « Ils ne font que suivre le doute. Mais le doute ne peut remplacer la vérité en rien. »

Par la méthode posée du raisonnement scientifique, démolit les fondements des raisons qui se fondent aveuglément sur l’imitation et le doute et attire l’attention des imitateurs sur le fait que cette pratique qui nous viens de nos pères et ancêtres n’est qu’égarement: « Ils disent: Non, mais nous suivrons ce à quoi nous avons trouvé nos ancêtres. Quoi! Même si leurs ancêtres ne comprenaient rien et n’étaient pas bien guidés? »

Cette guidance et cette volonté de montrer la voie visent à ouvrir les yeux et à corriger l’engagement de la raison en chassant les doutes, ce qui amènera la raison à plus de discipline dans son activité et mènera à regrouper les différentes forces et idées qui lui sont assujetties.

Ce à quoi tend l’Islam, dans le domaine de l’intellect, ce n’est pas la pensée dénuée de pragmatisme, c’est-à-dire la pensée philosophique pure. Le Coran qui rapporte les détails de la création convoque la raison et appelle l’homme à consacrer ses forces vives à réfléchir sur les miracles de la création de l’Univers par Dieu et donc à s’élever à la vérité à travers une pensée libre et éloignée des mythes, afin de ne pas se perdre dans des chimères, mais plutôt de lier sa perception à la réalité de l’environnement qui l’entoure.

À ce sujet, Spinoza écrit:

« Le plus haut que notre raison peut atteindre est l’idée de l’existence de “Dieu” c’est-à-dire cette existence absolue et infinie sans laquelle rien ne serait et même ne se concevrait. De ce fait, ce qui serait bénéfique à la raison, si peu soit-il, est de savoir que Dieu existe et aussi que la raison agit en conséquence de ce qu’il sait. Ainsi, nous pouvons dire que la vertu suprême de la raison est l’entendement ou plutôt la compréhension. Cependant, nous avons démontré plus haut que le point culminant de la pensée est l’idée de Dieu, ce qui nous amène à dire que la vertu suprême de la pensée est la connaissance du Créateur. »

L’objectif de la pensée en Islam est de corriger la raison de l’être humain et de fonder la vie sur des principes de justice et d’équité, car lorsque l’homme aura atteint un résultat dans la réflexion, il l’aura atteint par sa propre pensée; il aura alors à la transposer de l’état de force à l’état d’action pour en bénéficier quotidiennement. Il est donc nécessaire pour le Croyant d’assumer l’ensemble de ses actes, de ses sentiments et de ses pensées et qu’il entreprenne une lutte continue pour vaincre les déviations qui affecteraient la valeur intrinsèque de l’être humain.

Malgré le fait que la raison est le principal guide de l’homme, il arrive que les instincts envahissent cette raison et la dominent, obscurcissant par la même les jugements de l’être humain, comme l’évoque le Coran: « Et puis, s’ils ne te répondent pas, sache alors que c’est leurs passions qu’ils suivent, rien d’autre. Et qui est plus égaré que celui qui suit sa passion sans la guidance de Dieu? Dieu, vraiment, ne guide pas les gens prévaricateurs. »

Dieu dit: « Bien au contraire, ceux qui prévariquent suivent leurs propres passions sans savoir ».

Puis, Il ajoute: « Si la vérité suit leurs passions, certes les cieux et la terre et ceux qui y sont seraient dans le désordre »

Enfin: « En bien, le vois-tu celui qui prend sa passion pour son Dieu? Si Dieu l’égare sciemment… »

Le Cheikh Saddouq rapporte dans son livre:

« Le sens des nouvelles » que le Prophète (que le Salut de Dieu soit sur lui) a adressé la parole à ses compagnons qui revenaient du champ de bataille en ces termes: « Bienvenue aux gens qui ont accompli le petit Djihad et qui doivent encore accomplir le grand Djihad. On lui demanda: Ô Prophète, qu’est-ce que le grand Djihad? Il leur répondit: Le Djihad de l’Âme. »

Il en ressort donc que ne pourra prétendre à la grâce du Seigneur que celui qui aura pu contrôler ses mauvais penchants et qui n’aura pas laissé ses désirs dominer sa raison, versant ainsi dans la mauvaise voie: « Et pour celui qui aura redouté d’avoir à se tenir debout devant son Seigneur et préservé son §me de la passion, alors oui, le Paradis! Ce sera le refuge. »

La conscience et les instincts refoulés

La conscience morale est un facteur important dans la régulation des pulsions de l’âme. C’est ainsi que l’homme, depuis les temps les plus reculés de son apparition sur la terre, n’a cessé de faire le bien pour le bien et d’essayer d’éviter le mal, prêtant l’oreille à cette voie intérieure qui s’appelle la conscience, car sa vie spirituelle a toujours été tributaire de sa conscience et de son âme.

C’est ainsi que faisant la différence entre les épines et la fleur, il a su écarter les premières pour jouir des senteurs de la seconde; de même, sachant séparer le bien du mal, il ne pouvait se tromper sur ses actes. La nature de la conscience humaine est un des phénomènes les plus captivants de la création du Seigneur.

Quand l’homme jouit d’un bon équilibre intérieur, il ne peut qu’être juste et loyal, s’écartant des voies du mal et de la traîtrise. Il en est de même de la conscience qui est l’élément révélateur de la réalité. De ce fait, tout ce que l’homme perçoit du monde qui l’entoure, il le comprend comme des signes qui lui parviennent de son environnement et qui sont dissociables de son esprit. Tandis que la réalité qui émane de son for intérieur est perçue par lui comme étant plus proche de son âme que ce qu’il appréhende du monde extérieur par l’œil ou l’ouïe; il s’aperçoit alors que cette réalité fait partie de sa conscience et en est indissociable.

Alors que certains psychologues, tel Freud, nient l’innéité de la conscience et rapportent que ce qui est appelé conscience morale n’est que des penchants refoulés de la vie sociale, réprimés dans l’esprit de l’homme, de sorte que la conscience n’est pas autre chose qu’un garde-fou sans lequel la société n’aurait pas grand prise sur le comportement des êtres qui la composent.

Freud, dans ses études de psychologie analytique, recherchait les racines de l’âme sans se préoccuper des autres éléments qui déterminent les comportements et agissements malsains.

Nous ne pouvons trouver à travers le monde l’exemple d’une nation qui élèverait la trahison, le parjure, l’injustice et la violence en tant que vertus, tandis qu’elle ravalerait la loyauté, la droiture et la justice au rang de mauvais comportements, pour rechercher à travers cette attitude, les voies du bonheur et de la réussite.

Nous ne pouvons donc faire nôtre la théorie de Freud que dans la mesure où l’homme a pu apprendre à distinguer le bien du mal à travers les évènements du monde, et donc admettre que chaque action de l’homme, en ce bas monde, qu’elle soit bonne ou mauvaise, n’est que le reflet des interdits que nous impose la société pour réprimer et refouler nos instincts.

Lorsque Freud, dans ses écrits sur le comportement moral, nie la conscience, rabaissant l’homme à un ensemble d’instincts et de penchants, il ne fait que réfuter tout naturellement toutes les valeurs morales et, plus encore, il passe sous silence toutes les tendances au bien qui œuvre profondément à modeler la nature humaine. En conséquence, le bien, l’entraide et le soutien qu’apporte le puissant au faible ne sont, à ses yeux, que des formules dénuées de sens.

Sur la base de cette théorie, le fait de refouler ses pulsions et ses instincts naturels au plus profond de son âme ne découle pas de la volonté et de la force de caractère de l’être humain, mais plutôt de la pression de son environnement.

Si la conscience était le reflet des forces externes à l’homme, nous n’aurions aucune explication à fournir concernant le contrôle que peuvent exercer certaines personnes sur leurs instincts ou penchants naturels et qui supportent les souffrances pour le bien public, c’est-à-dire sans attendre aucun bénéfice pour eux-mêmes. Ceci ne s’accorde aucunement avec la théorie de Freud qui réfute les sacrifices et les compare à une supercherie à l’égard de l’inconscience humaine qui est plus liée aux penchants naturels refoulés.

Les chantres du réformisme, à travers l’histoire de l’Humanité, ont, de tout temps, appelé les gens à plus d’honnêteté, ce qui amène à croire que ceux-ci n’ont pas suivi leurs chefs par peur de leur force, mais plutôt par conviction.

Il y a dans la vie beaucoup de personnes qui préféreraient plutôt mourir que d’avoir un jour à affronter leur conscience du fait de comportements qu’ils jugent déshonorants ou immoraux. Les gens qui accomplissent de bonnes actions ne voudront, à aucun moment, cesser de le faire parce que le bonheur qu’ils en retirent n’a pas, pour eux, d’équivalent.

Il est évident, aujourd’hui, que si le monde n’avait pas admis, dès le début, qu’il n’y avait aucune noblesse dans la recherche des profits au seul bénéfice des individus, il ne connaîtrait pas cette complémentarité et ce développement entre les sciences et les industries.

Les limites des jugements de conscience

Il est rare que la conscience se trompe dans ses jugements, alors que les erreurs que commet l’homme dans sa vie sociale ne sont que la conséquence de la mauvaise perception de ses sens ou de son entendement dans l’analyse des faits ou de la faible résistance qu’il oppose aux désirs qu’il porte en lui et à ses mauvais penchants.

Ainsi, la multiplicité des erreurs dans les différents aspects de sa vie n’est pas imputable à la conscience ou au défaut de conscience, car celle-ci n’a d’autre incidence que dans les limites de son champ de travail, à savoir l’analyse de ce que perçoivent les sens et la raison, c’est-à-dire les sujets et les lois, objet de jugement.

La bonne conscience nous pousse toujours à éviter les déviations, autant que possible. Cependant, il arrive qu’elle soit entachée par le crime et le péché, dans certaines circonstances, provoquant chez l’homme un sentiment de culpabilité. Ainsi, une fois le crime accompli, l’être humain se recentre sur lui-même pour procéder à une autocritique qui fait qu’il sent monter en lui une vague de chaleur provenant du plus profond de son être, qui l’assaille et le remplit de honte et de repentir. C’est cela qu’on appelle la conscience, c’est-à-dire cette réflexion sur la faute et sur le châtiment très dur qui l’attend, l’amenant à se repentir et à regretter profondément son acte.

La conscience n’est pas seulement un guide sûr au plan de la vie quotidienne, mais elle est également le témoin de nos actes qui contrôle tout au long de notre vie et nous rapporte nos faits et gestes. Aussi, il est possible que l’homme puisse s’exprimer en contradiction avec son cœur, ou qu’il maîtrise totalement ses actions, ne laissant rien transparaitre de ses moindres pensées, mais il ne pourra rester sourd, indéfiniment, à l’appel qui émane du plus profond de son être ou qu’il n’entende pas le cri de réprimande qui l’interpelle. Il est impossible de neutraliser totalement la conscience. Même si elle semble s’assoupir pendant un certain temps, il arrivera qu’un jour elle se réveille pour évaluer les actions de chaque être. Elle finira par rendre les jugements mesurés à l’aune du bien et du mal pour chacune des actions et punir en conséquence.

Rien n’est plus cher aux yeux de l’homme que lui-même et, à partir de là, celui qui se voit réprimander par sa conscience se détestera et fuira son image, c’est-à-dire qu’il se punira de sa propre main. Ainsi, la conscience peut être considérée comme le facteur le plus déterminant dans la limitation des crimes et péchés.

Cependant, si les atteintes qui touchent l’homme sont au-dessus de ses forces et triomphent de sa résistance, la conscience sera alors profondément ébranlée, ce qui pourrait, au vu de l’emprise qu’elle exerce sur l’esprit, causer ce que l’on appelle communément des maladies psychologiques ou psychopathologiques.

Certaines études faites sur des personnes atteintes de déséquilibre mental ont fait apparaître qu’elles avaient perdu la raison du fait des contraintes et de l’énorme pression exercée par la conscience sur eux, en raison des crimes qu’elles avaient commis.

Il est possible que les penchants et les désirs de l’âme exercent une telle pression sur l’homme que celui-ci tente de tromper sa conscience et de rester sourd à ses messages. Il est vrai que l’homme est doté d’une grande force de résistance à la pression des penchants et désirs qui sont toute aussi grande et que tant que son équilibre n’est pas touché, sous l’effet de cette pression, il pourra poursuivre son action et sa lutte dans la voie du devoir, autant que faire se peut.

Selon Henri Baroque:

« La force de résistance de la conscience est peu commune, car même lorsqu’on ne la perçoit pas, elle demeure en éveil. Et lorsque cette situation devient critique, elle recommence à s’exprimer de nouveau. »

Finalement, on peut affirmer que quiconque n’écoute pas la voix de sa conscience ne peut que s’écarter du droit chemin et connaître les tourmentes de l’âme et les troubles de l’esprit. Par contre, que tous ceux qui écoutent cette voix ne pourront que jouir d’un bon équilibre et d’une bonne santé psychologique! Et c’est cela, précisément, que recherche vainement tout être humain égaré.

Le Coran et l’appel des instincts

Nombre de savants estiment, aujourd’hui, que la théorie de Freud est dépassée et que la conscience fait partie d’un tout qui est l’homme. Les penseurs qui ont eu à étudier ce que recèlent la raison et la nature humaine de droiture ne cessent, dès lors, de souligner le phénomène de la conscience et la tendance de chaque être à faire le bien de manière innée. De même, le Coran insiste sur cet aspect à travers ses versets et relève cette capacité de l’homme à faire la différence entre le bien et le mal: « Et par l’âme et comme Il l’a ordonnée en sorte qu’ll lui a inspiré son libertinage de même que sa piété. »

Selon Jean-Jacques Rousseau:

« Il est vrai que l’homme, tout homme, ne recherche rien d’autre que son propre bonheur. Mais nous ne devons pas oublier qu’il y a un bonheur moral qui découle des plaisirs spirituels et pour lequel les meilleurs se sacrifient. C’est pour cela que nous disons que les premiers sont des hommes sans cœurs qui n’œuvrent que pour le profit matériel pour eux-mêmes. Ainsi donc, l’activité de la conscience n’a aucun lien avec les jugements de la raison, mais elle est plutôt la résultante d’un certain sentiment inné. Et à supposer que nous ne puissions atteindre la nature même de la conscience par nos propres moyens, du moins nous pouvons en ressentir la présence et l’existence de manière profonde.

Ô conscience, toi qui représentes l’appel divin en nous, toi qui es notre guide et qui nous préserves des errements, toi qui guide notre raison, qui juge du bien et du mal sans erreur, toi qui rapproches l’homme de son créateur, qui polis et éduque sa nature et qui concilie nos actes avec les lois morales. Si ce n’était toi, je ne pourrai appréhender en moi cet être qui me distingue des animaux, qui me rend différent d’eux par mon entendement et ma raison diminuée et désordonnée, qui fausse mes jugements et me rends fautif par mes actes et commettant erreur sur erreur.

Mais ce guide ne suffit pas, il faut encore bien le connaître et le comprendre. Et, dans ce cas, si la conscience parle aux cœurs, pourquoi si peu d’entre eux l’écoutent-ils? Oui. Depuis si longtemps que nous la repoussons et l’humilions, elle ne nous parle plus et ne nous réponds pas. De fait, sa présence ou son absence nous est tout autant difficile à supporter. De même qu’il est difficile pour celui qui n’apprécie plus les désirs spirituels de les rechercher. »

Quant au Professeur Friedman, il rapporte les observations suivantes:

« L’appel de la conscience fait partie de la personnalité humaine, car rien ne vient par l’éducation et l’enseignement. Et quiconque parvient à une position dans la société ou devient l’un de ses dirigeants ne doit être guidé que par sa conscience pour agir au mieux et éviter l’erreur. »

Selon un autre psychologue:

« La conscience n’est pas un réflexe artificiel. Elle est un élément humain naturel et profond. Car l’homme ne peut quelque soit son désir étouffé ou enterrer sa conscience. Ainsi, le fait que la conscience résiste aux plus graves maladies et même aux atteintes de l’âme et à la folie et persiste après l’extinction de la raison ne fait que renforcer la conviction que la conscience occupe une grande place et un rang élevé dans l’âme humaine.

Certains scientifiques se demanderont: la conscience ne serait-elle pas la résultante de l’éducation et de l’enseignement religieux? Pour y répondre, nous devons nous rappeler que les anthropologues ont mis à jour, dans leurs fouilles, ce qui s’apparente à d’anciens rites qui représentent la conscience comme un état de contemplation chez les anciennes tribus et l’adoration des dieux. Ce qui prouve l’existence de la conscience depuis que l’homme a été créé. Nier ce fait équivaut à ignorer la nature de l’être humain. »

Dieu Lui-même, après nous avoir rappelé les dons qu’Il nous fait, celui de la vue, du parler et de la raison, rapporte Son orientation de l’homme vers le bien et le mal par ces paroles: « Ne lui avons-Nous pas assigné deux yeux et une langue et deux lèvres? Et Nous l’avons guidé aux deux voies. »

Ceci ne nous démontre-t-il pas que l’homme a appris la distinction entre le bien et le mal à l’école de la création: « Oui, c’est Nous qui créons l’homme d’une goutte de mélange de sperme pour l’éprouver. Nous l’avons donc fait entendre et voir. »

Samuel Smiles nous dit:

« Les grands esprits et les idées sublimes sans la conscience qui les guide et les oriente ne sont que des éclairs vifs qui peuvent aveugler l’homme et causer sa porte. Car la conscience est cet élément qui le maintient ferme et droit et l’empêche à s’écarter de la bonne voie.

La conscience enseigne au cœur les bonnes mœurs. Elle éduque l’homme et lui montre la voie; elle lui inculque la pensée juste; elle fortifie sa foi, à vivre dans la décence. Sans elle, les sentiments purs ne pourraient croître et arriver à maturité l’intérieur de l’âme humaine. »

Il est dit dans le Coran: « Non, J’en jure par le jour de la Résurrection! Mais non, Je jure par l’âme grande réprimandeuse! » Dans ce verset, Dieu nous rappelle cette voix intérieure qui nous vient du tréfonds de nous-mêmes et qui nous reproche nos péchés et nos fautes, à savoir ce que Dieu appelle « l’âme grande réprimandeuse ». Cette force intérieure qui nous réprimande et qui les psychologues ont appelé la « conscience ».

Selon le professeur Otto Friedman:

« Il n’est pas rare de remarquer que beaucoup de personnes passent du temps dans les bars ou les auberges, à consommer des boissons alcoolisées, ou alors parient leur argent, ou bien jouent au tennis, sans pour autant éprouver du plaisir, car elles souffrent de maux intérieurs. C’est-à-dire qu’elles entendent une voix qui vient d’eux-mêmes et qui les réprimande et leur dit: tu passes ta vie à ne rien faire! Et cette voix n’arrête pas de retentir dans leur conscience.

Parfois, une idée traverse l’esprit de ces personnes, les invitant à abandonner ces plaisirs vains pour s’occuper plutôt de l’éducation de leurs enfants, à faire de l’agriculture, de l’apiculture ou s’adonner à toute autre activité utile. C’est la conscience qui les pousse ici au bien et à agir au mieux de leur intérêt et de celui des autres. C’est alors que l’homme se compare aux autres gens et apaise sa conscience. Ainsi, plus l’homme écoute sa conscience, plus sa force de caractère et sa stabilité morale sont elles augmentées et raffermies. Au contraire, Plus il s’éloigne de l’appel de sa conscience et plus il versera dans la brutalité et les fautes. »

Il peut arriver, parfois, que l’homme se trompe et se livre à ses penchants, ce qui le fera souffrir et regretter toute son existence d’avoir eu ses instants de faiblesse. Il se sentira alors malheureux et abattu, comme le dit le Calife Ali (que le salut soit sur lui): « Combien le plaisir d’une heure a-t-il engendré de longues tristesses. »

La communauté humaine a toujours tiré profit de la conscience, tout au long de son histoire. Mais pour ceux qui n’éprouvent aucun sentiment et qui n’ont aucune conscience, qui ne font pas la différence entre le bien et le mal et qui passent leur vie durant à manger, à dormir et à assouvir leurs désirs, ces personnes-là sont esclaves de leurs impulsions et de leurs instincts bestiaux; elles sont comme une planche dont se jouent les vagues. De ce fait, la société qui les abrite ne peut aucunement compter sur eux. Car lorsqu’on confie une mission qui nécessite de celui qui en est de la conscience, il est important de s’assurer que celui-ci est guidé par elle. Il serait aberrant et irraisonnable de confier cette tâche à une personne dont on sait qu’elle n’obéit point à sa conscience, encore moins à celle qui l’ignore et va à son encontre.

L’Islam, à ce propos, a donné une importance toute particulière à la conscience et insisté sur le fait que l’élévation de l’âme par la réflexion et le travail individuel et social résulte de l’obéissance à la conscience. L’Islam œuvre, par ses principes, à cultiver dans l’âme humaine une tendance à éviter de nuire aux autres, même dans les moments de colère et de frustration. Il avertit, à travers le Coran, les gens d’agir ainsi: « (…) Et que la haine d’un peuple ne vous invite pas à ne pas faire l’équité. Faites l’équité: c’est plus proche de la piété. » Cela signifie qu’il n’est permis à personne, pour quelque raison que ce soit, d’agresser les autres et de fouler aux pieds leurs droits.

La loi interdit à l’homme de commettre des infractions à son encontre, par le seul pouvoir qu’elle a à son égard et du fait des moyens limités qu’elle possède. Par contre, l’Islam, à travers l’intérêt qu’il porte à l’éducation de la conscience de ses adeptes, fait que ceux-ci perçoivent par eux-mêmes la nécessité de s’abstenir de certaines actions afin de se rapprocher spirituellement de leur Créateur. Nul doute que ce sentiment, cette attitude morale et cette foi offrent plus de quiétude à l’homme et concourent aux objectifs de l’éducation.

L’Islam croit qu’il est possible d’atteindre les objectifs mêmes d’une existence heureuse par l’entraide, les relations amicales et l’affection que porte chaque être humain et qu’il ressent pour ses semblables. Il appelle ainsi les gens à ces sentiments nobles et à bâtir leurs relations sur la base de la fraternité et de la concorde.

Ainsi, le musulman a conscience que l’Islam, par sa lumière, lui montre la voie à suivre, sauf s’il ne veut pas se donner la peine de fraterniser avec ses semblables et de comprendre autrui.

Selon l’Imam Sâdeq (que le salut soit sur lui), le Prophète (que le Salut de Dieu soit sur lui) disait: « Le croyant a envers ses semblables sept responsabilités que lui impose Dieu Tout Puissant: le respecter, l’aimer, le réconforter dans ses biens, veiller sur lui en son absence, lui rendre visite en cas de maladie, assister à son enterrement et ne dire de lui que du bien après sa mort. »

L’homme obéit donc à son innéité et fait la distinction entre le bien et le mal tant que cette innéité n’est cachée par rien. Tandis que la conscience enchaînée par les penchants et les désirs inassouvis ne peut aucunement rendre compte de sa réalité. De ce fait, lors d’événements brutaux, tels les guerres et les troubles révolutionnaires, la conscience est rudement ébranlée et peut même s’arrêter de fonctionner. De même que les fausses convictions qui sont les plus puissants moteurs de l’homme peuvent atteindre durablement la conscience et, par conséquent, causer d’irréparables dégâts à l’humanité tout entière.

La différence qui existe entre un homme qui est doué d’une conscience et un autre qui n’a aucune conscience est semblable à la différence qui sépare le ciel de la terre. Car l’affrontement et le désaccord qui existent entre ces deux types d’homme sont plus acharnés que ceux pouvant exister entre l’homme et toute autre créature sur terre.

Si le feu peut brûler tout ce qu’il touche, par le simple fait que sa nature même est de brûler, il ignore qu’il occasionne par la même des souffrances; l’être humain qui ne jouit pas de la conscience est, par contre, conscient de ses actes et de ce fait, il sait qu’il fait du tort volontairement à ses semblables, la répétition des péchés ne fait que jeter un voile sombre sur la nature innée de l’homme. Ainsi, le pire des criminels poursuit-il ses crimes sans ressentir aucun sentiment de culpabilité pour les mauvaises actions qu’il a commises, ni de remords de sa conscience. Mais cela est une exception qui s’apparente au « sadisme ».

La société ne peut instaurer une véritable justice sociale que si les hommes qui la composent sont portés par un élan de l’âme qui les guide et les pousse dans la voie du bonheur, et de l’honneur et auquel ils obéissent. Si les hommes faisaient partie d’une seule nation constituant une véritable entité, celle de leur humanité, le problème ne se poserait plus de cette façon, car ils seraient alors comme les différents organes d’un même corps ou bien comme les pièces d’une seule et même machine.

Le fondement de la raison et de la conscience

Lorsque les penchants et les désirs refoulés tendent à briser la raison et la conscience et à asservir l’homme, la « foi » devient alors le refuge le plus sûr pour tout être humain, la foi est donc le capital de la raison et de la conscience et leur plus grand protecteur. Raison et conscience peuvent, sous sa protection, refouler les assauts de nos désirs et briser leur élan; elles sont comme les murailles d’une forteresse que prendrait d’assaut la horde des mauvaises tendances qui seraient vaincues dans tous les cas. Ainsi, le Coran compare-t-il l’homme, qui est paré de l’armure de la foi, en ces termes: « (…) tandis qu’il croit en Dieu, saisit alors l’anse la plus solide, sans brisure. »

La mission de la raison théorique, fondement des sciences théologiques, mathématiques et naturelles, est de rendre des jugements d’ordre pratique. Tandis que la raison pratique, fondement des sciences de la vie, son champ d’investigations est la fonction et l’œuvre de l’homme. Ainsi, la méthode pratique que choisit l’homme durant sa vie relève des jugements de sa raison pratique.

Parmi les facteurs importants qui ont un effet considérable sur la pertinence de la raison et son bon discernement, il faut citer la piété. Car il est dit que la piété engendre la raison et ouvre la voie de la sagesse. Ici, il ne s’agit nullement de la raison théorique, mais plutôt de la raison pratique, c’est-à-dire que l’homme, par sa piété, peut déterminer la meilleure voie à suivre dans la vie et connaître ainsi le traitement de ses maux.

Du fait que l’aire d’exercice des jugements de la raison pratique » ce sont les penchants, les désirs et les sentiments de l’être humain, il est évident alors que le diktat de ses désirs et de ses penchants aura une influence directe sur sa raison et sa manière de penser et qu’il devra comprendre et assimiler les termes de bien et de mal dans le cadre de ses fonctions et de ses obligations, pour éviter que sa raison ne soit obscurcie et qu’il ne perde toute clairvoyance dans ses actes.

Ce qui ressort clairement des textes islamiques c’est qu’ils décrivent les désirs comme les ennemis de la raison, partant de l’observation qu’ils affaiblissent le pouvoir de la raison et diminuent sa force de persuasion. À ce sujet, le Prophète (que le Salut de Dieu soit sur lui) nous dit:

« Ton plus dangereux ennemi est l’âme qui est en toi. » Selon l’Imam Sâdeq (que le salut soit sur lui). « Le désir est l’ennemi de la raison ».

Quant au Calife Ali (que le salut soit sur lui), il dit: « Les raisons chutent généralement sous la pression des désirs ». Cependant, si la piété est présente, elle pourra contenir les désirs et les refouler, ce qui aura pour effet de libérer la raison et de lui ouvrir le chemin de l’âme. Partant de là, nous pouvons appréhender les effets de la piété sur la clairvoyance de la raison et son jugement.

Le Prophète (que le salut de Dieu soit sur lui), citant les qualités du croyant, nous dit:

« Il ne fréquente pas celui qui éprouve de la haine et ne cause pas de torts à celui qu’il affectionne; il n’agresse ni ne provoque; il n’approuve pas le mal fait par ses amis et ne repousse pas l’équité qui est l’œuvre de ses ennemis. »

Si Dieu a accordé à l’homme la raison et la conscience, qui sont son grand capital, Il l’a laissé libre de ses choix quant à la manière d’en tirer profit. Cette liberté totale n’exclut pas que l’homme doive réprimer certains de ses instincts naturels pour asservir sa nature à l’autre partie de son être que sont la raison et la conscience.

Dans ce cas, c’est-à-dire lorsque la nature et la conscience ne s’opposent pas aux désirs refoulés de l’âme humaine, celles-ci sont à même d’orienter l’être humain de manière beaucoup plus aisée. De plus, elles influent plus profondément sur celui-ci que toutes les forces que pourrait exercer l’environnement, par cela même que les jugements rendus par sa conscience et sa raison sont, pour lui, plus convaincants et ne donnent pas matière à s’y opposer.

Le problème se pose, cependant, lorsque l’obéissance à la conscience et à la raison nécessite de réprimer un désir, car il arrive très souvent que la volonté soit brisée par la force d’un désir irrépressible.

Toutefois, pour celui qui se conforme aux orientations de son Créateur, qui a foi profondément en Lui et qui se soucie des aspects religieux de l’existence, il est plus facile, en se basant sur ces principes, de réprimer et de contrôler ses désirs et de leur résister quand cela est nécessaire.

Arguties, prétextes et fausse rhétorique

L’obéissance à la raison et à la conscience et aux impératifs de justice et d’équité n’est pas des sujets obsolètes. C’est ainsi que nous pouvons observer que beaucoup d’hommes qui n’ont pas cette capacité d’entendement et de perception de la réalité qui les rendrait accessibles à la raison et à la conscience leur intimant de dépasser les intérêts personnels égoïstes au nom des responsabilités morales et religieuses ne se sentent nullement concernés et ne consentent aucunement à supporter les conséquences des sacrifices à consentir. Ces hommes ne feront que se fourvoyer tout au long de leur vie et violenter leur conscience pour finalement recourir à la pratique d’une raison tronquée et d’une pensée écartelée.

Il est évident que cette manière de faire et d’agir est inacceptable à maints égards. Cette attitude poussera cette catégorie d’hommes au sophisme face aux esprits raisonnables et consciencieux, c’est-à-dire qu’ils feront appel aux arguties et à la fausse raison, ce qui deviendra chez eux une habitude néfaste qui pourrait revêtir un caractère permanent.

Il est d’autres personnes qui chercheront à fuir leurs responsabilités et à nier leurs erreurs en les rejetant sur les autres. Ces personnes, tout au long de leur existence, tenteront de se justifier et de forger des raisons et des arguments pour se couvrir et se tirer d’affaire en préservant au mieux leurs intérêts personnels. Ces arguties et ces raisons fallacieuses que présentent ces personnes nous apparaissent comme autant de preuves et d’arguments en leur défaveur, car ils ne font que se référer à ces mensonges dans leur comportement avec la société pour justifier de leurs attitudes criminelles.

À ce sujet, Dale Carnegie écrit:

« J’ai en ma possession certaines lettres très intéressantes et amusantes qui me viennent du directeur de la célèbre prison de Sing-Sing et qui me dit: Peu sont les criminels à Sing-Sing qui se voient comme des êtres nuisibles, mais plutôt comme tous les gens pacifiques. Ils justifient et expliquent leurs actes et avancent les raisons et les motivations à l’origine de leurs méfaits. Ils avouent avoir agi sous la contrainte, forcés, par exemple, de dérober le contenu d’une caisse ou de tuer pour de l’argent.

La plupart des criminels tentent de justifier ainsi les actes qu’ils ont commis à l’encontre des hommes et de la société, non seulement pour convaincre les autres, mais surtout pour se convaincre eux-mêmes et, de ce fait, affirment que leur arrestation et leur emprisonnement sont contraires au droit et à la justice!

Si la plupart des criminels qui se trouvent maintenant en prison, derrière les barreaux, se voient sous ce jour, alors quelle peut être la conviction des personnes que nous rencontrons quotidiennement. »

Bien sûr, toute personne qui se compromet par la transgression de l’ordre social et des lois de la morale publique ressentira, tout au début, de la douleur et éprouvera un remords de la conscience. Mais, par la répétition de l’acte, elle s’habituera progressivement et n’aura plus aucun remord, elle oubliera même la gravité d’un tel acte. De ce fait, cette personne ne ressentira, au plus profond de son âme, plus aucune douleur ou de repentir.

Le Coran compare ces personnes qui ont perdu la raison et ne sont plus conscientes des dangers que peuvent représenter pour eux et pour la société leurs actes empreints d’égoïsme et d’intérêts personnels, car elles ne font plus la différence entre le bien et le mal, à un troupeau errant, sans berger pour le guider. « Ils ont des cœurs par où ils ne comprennent pas, ils ont des yeux par où ils ne voient pas, ils ont des oreilles par où ils n’entendent pas: ce sont de vrais bestiaux et plus égarés encore. Tels sont les inattentifs. »

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