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Abdelmalek Al Houthi. / AFP

SHAFAQNA – La Croix par Marianne Meunier : La rareté de ses apparitions, sa jeunesse et son verbe enlevé expliquent son ascendant sur les houthistes, les rebelles yéménites. Mais rien n’y ferait sans son extraction : Abdelmalek Al Houthi, 38 ans, chef de l’insurrection qui a tué, avant-hier, l’ancien président Ali Abdallah Saleh, appartient à une famille descendant du prophète Mohammed. De quoi lui conférer une aura déterminante pour la persévérance des houthistes dans une guerre qui, en trois ans, a fait près de 9 000 morts.

À Saana, où ils ont manifesté hier pour célébrer leur progression dans la capitale au prix de combats meurtriers, les partisans d’Abdelmalek Al Houthi n’affrontent pas seulement les forces loyales au camp d’Ali Abdallah Saleh et celles qui défendent son successeur, le président Abdrabbo Mansour Hadi. Ils doivent aussi faire face à la puissante coalition militaire soutenant ce dernier, emmenée par l’Arabie saoudite.

Abdelmalek Al Houthi, une barbe fine et de larges épaules supportant souvent un foulard palestinien, rassemble ses partisans autour de la défense du zaydisme et de son berceau au Yémen, la région septentrionale de Saada. Cette branche du chiisme, dont se revendiquent près de la moitié des 27 millions d’habitants du pays, fait l’objet d’une marginalisation depuis les années 1990.

Le chef des houthistes est allé à bonne école. « Il est le fils d’un des grands clercs du zaydisme et le frère du fondateur du mouvement houthiste, Hussein Badreddine Al Houthi », rappelle Laurent Bonnefoy, chercheur au CNRS et spécialiste du Yémen (1). À la mort d’Hussein dans des combats contre les forces de Saleh, en 2004, le père, tué par Al-Qaida en 2009, prend un temps la relève. Il y a une dizaine d’années, Abdelmalek émerge à la tête du mouvement. « Depuis, il assure un leadership tout en veillant à ne pas apparaître trop fréquemment, poursuit Laurent Bonnefoy. Lorsqu’il intervient, il développe des positions plus consensuelles que ce qui se passe sur le terrain, il veut apparaître au-dessus de la mêlée. » Tentant de dépasser les frontières confessionnelles, il assaisonne ses discours de mots d’ordre sociaux. Mais ceux-ci ne l’emportent pas sur le slogan des houthistes : « Mort à l’Amérique, mort à Israël, malédiction sur les juifs et victoire à l’islam. »

Cet anathème contribue à faire du mouvement un instrument de l’Iran chiite aux yeux de l’Arabie saoudite, grand rival de Téhéran, mais aussi dans l’opinion internationale. Les liens sont pourtant distendus. Avec son frère Hussein, Abdelmalek Al Houthi a bien étudié le chiisme dans la ville iranienne de Qom, rappelle Laurent Juneau, chercheur à l’université d’Ottawa, dans une étude consacrée à la politique de l’Iran à l’égard des Houthistes. Des livraisons d’armes sont également relevées par plusieurs experts ces dernières années. Pourtant, « le soutien reste limité », indique le chercheur, pour qui « rien ne prouve (…) que les Houthistes sont devenus dépendants de l’aide iranienne ».

 

(1) Auteur de Le Yémen, de l’Arabie heureuse à la guerre, Fayard, 347 pages, octobre 2017, 23 €

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