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SHAFAQNA – Radio-Canada / Louis Gagné : « Je trouve ça dommage qu’on n’ait pas saisi cette occasion pour unir les gens », a réagi le vice-président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Boufeldja Benabdallah.

Il pense que la classe politique québécoise a raté une opportunité d’afficher son soutien à l’égard de la communauté musulmane.

« Ça aurait été [un moment idéal pour se montrer unanime et] dire : “Oui, c’est une bonne chose, afin qu’on puisse travailler ensemble […] C’est les musulmans qui sont pris à partie. Bien, on est de leur côté pour leur montrer qu’ils sont des citoyens comme tout le monde.” »

Le Conseil national des musulmans canadiens a écrit au premier ministre Justin Trudeau afin de lui demander de décréter le 29 janvier, date d’anniversaire de l’attentat à la mosquée de Québec, journée nationale contre l’islamophobie.

Boufeldja Benabdallah soutient que l’instauration d’une telle journée permettrait de faire des bilans et de réfléchir à des gestes concrets pour prévenir la radicalisation et les gestes haineux.

On veut prévenir, alerter, mettre en oeuvre des programmes contre la radicalisation, sur le vivre-ensemble.

Boufeldja Benabdallah, vice-président du Centre culturel islamique de Québec

Boufeldja Benabdallah, cofondateur et vice-président du Centre culturel islamique de Québec

Boufeldja Benabdallah, cofondateur et vice-président du Centre culturel islamique de Québec Photo : Radio-Canada

Un terme inapproprié, selon l’opposition

Le PQ et la CAQ croient en l’importance de commémorer l’attentat du 29 janvier 2017, mais ne jugent pas pertinent d’en faire une journée de lutte contre l’islamophobie.

« C’est clair que le mot islamophobie est un mot qui est contesté, qui est discuté beaucoup, débattu, en France [notamment], et qu’au Québec, exemple, le porte-parole du collectif contre l’islamophobie, c’est Adil Charkaoui, et j’arrête là, parce que je n’ai pas l’immunité parlementaire pour dire tout le bien que j’en pense », a déclaré la porte-parole péquiste en matière de laïcité, Agnès Maltais.

Proposons une journée nationale de commémoration de cet événement pour ajouter un outil à nos manières de réfléchir à la discrimination.

Agnès Maltais, députée du Parti québécois, Taschereau

La députée péquiste de Tashereau, Agnès Maltais

La députée péquiste de Tashereau, Agnès Maltais Photo : Radio-Canada

« On n’est pas d’accord avec ça »

La CAQ estime pour sa part que l’instauration d’une journée contre l’islamophobie laisse entendre qu’un large pan de la société québécoise est hostile à la communauté musulmane.

« Si on veut lutter contre l’islamophobie, c’est parce qu’on pense, effectivement, que les Québécois le sont [islamophobes] et ça, on n’est pas d’accord avec ça », explique le leader parlementaire adjoint de la CAQ, Éric Caire.

Il soutient que les Québécois, dans « un nombre très majoritaire », sont « des gens tolérants et accueillants ». Les gestes à caractère haineux posés à l’endroit des citoyens de confession musulmane constituent selon lui des cas isolés et ne sauraient justifier la création d’une journée de lutte à l’islamophobie.

« C’est clair qu’on a un devoir de protéger l’ensemble de nos citoyens avec une attention particulière lorsque des groupes sont ciblés [en raison de leur foi], mais de là à dire que la société québécoise doit se lancer dans un examen de conscience parce que le phénomène de l’islamophobie est un phénomène très répandu, là, je pense qu’on va un peu loin », affirme le député de La Peltrie.


Éric Caire lors d'une intervention à l'Assemblée nationale

Le leader parlementaire adjoint de la CAQ, Éric Caire Photo : La Presse canadienne/Jacques Boissinot

Électoralisme?

Boufeldja Benabdallah ne partage pas l’interprétation de la CAQ. Il est possible, à son avis, d’appuyer la mise en place d’une journée de lutte à l’islamophobie sans pour autant croire que la société québécoise est raciste.

« J’étais outré [par la justification de la CAQ], outré parce que jamais, jamais, jamais, nous avons dit que la société québécoise est raciste, insiste-t-il. La société est bonne. La preuve, quand on a eu ce drame, qui nous a soutenus? C’est la société. Est-ce qu’on va cracher sur ça? Jamais de la vie. »

Saïd El-Amari, qui a été blessé dans l’attentat du 29 janvier, n’est pas surpris par l’opposition du PQ et de la CAQ. Il accuse les deux formations politiques d’agir par électoralisme et de chercher l’appui des représentants de la droite identitaire.

« Il ne faut pas oublier qu’on est à moins d’un an des élections. En plus, c’est des élections à date fixe. On est comme dans une campagne électorale perpétuelle jusqu’au mois d’octobre. […] puis, eux, ils vont essayer de profiter de chaque occasion pour courtiser leur base », fait valoir M. El-Amari.

Pour ne pas oublier

Le Conseil national des musulmans estime qu’une journée de lutte à l’islamophobie permettrait aux Canadiens « de ne pas oublier les victimes des attaques, et au public de mieux comprendre les risques associés à la haine, au sectarisme et à l’islamophobie ».

Par ailleurs, l’organisation des cérémonies entourant la commémoration de l’attentat à la grande mosquée de Québec se précise.

Les évènements se dérouleront sur 4 jours, du 26 au 29 janvier.

Une cérémonie se déroulera au Centre culturel islamique de Québec, une autre au Pavillon de la jeunesse et un grand rassemblement aura lieu le 29 janvier en soirée.

Un comité formé de membres de la communauté musulmane et de citoyens de Québec est responsable de l’organisation.

Avec les informations d’Alexandra Duval, Cathy Senay, Angelica Montgomery et Nicolas Vigneault

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