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fr.shafaqna - Guterres demande le retour des Rohingyas
Image d'illustration - 22 septembre 2017, dans un camp de réfugiés Rohyingias au Bangladesh. Image: AFP

SHAFAQNA – Tribune de Genève : Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a exhorté mardi la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi à permettre le retour dans son pays des centaines de milliers de Rohingyas réfugiés au Bangladesh. Le prix Nobel de la paix doit rencontrer mardi le secrétaire d’Etat américain.

La rencontre tôt mardi matin entre M. Guterres et Mme Suu Kyi a eu lieu en marge d’un sommet régional à Manille. «Le secrétaire général a souligné que des efforts accrus pour permettre un accès humanitaire, des retours volontaires et continus dans la sécurité et la dignité, ainsi qu’une vraie réconciliation entre communautés seraient essentiels», a annoncé l’ONU dans un communiqué résumant la teneur des propos du diplomate portugais.

Plus de 600’000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh en deux mois et demi. Au nom du combat contre des rebelles rohingyas, l’armée birmane mène depuis fin août une campagne militaire dans l’Etat Rakhine, dans l’ouest du pays, poussant à l’exode les membres de la plus grande population apatride au monde. L’ONU dénonce une opération d’«épuration ethnique».

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L’armée dément

Ancienne icône du combat pour la démocratie, Aung San Suu Kyi a essuyé les foudres des organisations de défense des droits de l’homme pour ne pas avoir défendu les Rohingyas ou condamné l’extrémisme antimusulman dans son pays.

Depuis le début de la crise, les Etats-Unis prennent cependant soin de ne pas blâmer Mme Suu Kyi, faisant la distinction entre le gouvernement civil et les militaires responsables des campagnes contre les Rohingyas.

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Le Secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres, à droite, serre la main avec la Conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi à Pékin le 15 mai 2017. (Photo: Bureau du Conseiller d’Etat)

Campant sur ses positions malgré les accusations, l’armée birmane dément tout abus contre la minorité rohingya. Elle a rendu publiques lundi soir les conclusions d’une «enquête» interne à la veille d’une visite du secrétaire d’Etat américain Greg Tillerson. «Les soldats n’ont pas commis de violences sexuelles ni tué des civils (…) Ils n’ont pas arrêté, battu ou tué de villageois», et «ils n’ont pas mis le feu aux mosquées dans les villages musulmans», disent les conclusions de l’enquête, sur la base de plus de 2800 témoignages de villageois musulmans, recueillis dans des conditions d’indépendance non vérifiées.

L’armée confirme seulement que la police a tiré sur une foule de Rohingyas les attaquant, à la fin août. «Les forces de l’ordre ont tiré dans les jambes du meneur», dit le rapport, sans précisions sur le nombre de personnes tuées dans cet incident.

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Discours inverse

L’armée affirme en outre que depuis le début des violences «un total de 376 cadavres de terroristes de l’ARSA» ont été découverts. «Et 78 terroristes de l’ARSA ont été arrêtés».

Les violences dans l’Etat Rakhine ont en effet débuté par des attaques de postes de police par la rébellion rohingya de l’ARSA, qui dénonce les mauvais traitements subis par cette minorité apatride.

Les journalistes n’ont de leur côté pas le droit de se rendre de façon indépendante dans cette région du nord de l’Etat Rakhine. Lors des rares voyages de presse, des officiers assistent aux interviews.

Les civils réfugiés, depuis, en masse au Bangladesh voisin (plus de 600’000 sur une population estimée à un million) parlent quant à eux de viols, meurtres extrajudiciaires et incendies de villages par l’armée.

Equilibrisme américain

Rex Tillerson doit rencontrer mercredi la dirigeante du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, ainsi que le chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, à Naypyidaw, la capitale administrative.

Face aux «atrocités» commises contre les Rohingyas en Birmanie, les Etats-Unis commencent timidement à accentuer la pression sur l’armée birmane tout en gardant une position d’équilibriste, soucieux de ne pas mettre en difficulté Aung San Suu Kyi. La diplomatie américaine juge les militaires «responsables» de la crise et des sanctions sont envisagées.

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