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SHAFAQNA – Alwihda Info | Par Farid Messaoudi : Les élèves déjeunant dans les six écoles primaires de la commune de Beaucaire, petite ville d’environ 16 000 habitants située dans la région du Gard, n’ont plus de repas de substitution depuis le 8 janvier 2018.

Depuis cette rentrée scolaire de début d’année, tous les élèves de la commune ne mangeant pas de viande de porc n’auront d’autre choix que de rentrer chez eux le midi ou bien de se contenter d’une seule entrée et d’un dessert.

Cette décision prise par Julien Sanchez, membre du FN et premier élu de Beaucaire, n’est pas une décision nouvelle dans le paysage politique français. Cette idéologie que les repas de substitution sont antirépublicains et pourraient conduire à un « grand remplacement » de l’identité française est une vielle idée de Renaud Camus. Ce dernier, écrivain et militant politique, ancien membre du parti socialiste français dans les années 1980, est rapidement devenu une référence pour certains militants frontistes. Selon Renaud Camus, auteur de cette théorie du « grand remplacement », il existerait un processus de substitution de la population française par une population non européenne, principalement originaire d’Afrique et du Maghreb.

Julien Sanchez a par ailleurs déclaré qu’« En France, en Gaule, on mange du sanglier depuis Astérix ! ».

Déjà, en 2015, un autre élu français, le maire du parti politique Les Républicains de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, avait pris la même décision avant que le tribunal administratif de Dijon l’annule.

Alors, ce nouvel arrêté municipal est-il différent des autres et enfin, peut-il faire l’objet d’un recours en excès de pouvoir devant le juge administratif ?

Rappelons que toute décision administrative est susceptible de recours devant la juridiction administrative. Tel est le cas pour un arrêté municipal pris par un maire. Certaines associations locales, dont Le Rassemblement citoyen pour Beaucaire, ont fait savoir qu’elles étudiaient la possibilité de déposer un recours en annulation devant le tribunal administratif de Nîmes.

Cet arrêté municipal cible clairement non seulement l’ensemble des familles ayant fait le choix de ne pas consommer de viande de porc, soit pour des raisons religieuses, et cela concernerait les familles de confession juive ou musulmane, soit pour d’autres raisons liées notamment à des choix alimentaires (le végétarisme, le véganisme, etc.).

Lors d’une interview radiodiffusée sur la radio RMC, le mercredi 10 janvier 2018, le jeune maire de 35 ans a justifié son choix en déclarant que ces repas de substitution ne concerneront que 150 enfants sur 600 élèves. Il a également indiqué que « nous mettrons du porc chaque lundi dans nos cantines, tout le monde est prévenu et ceux qui refusent que leur enfant en mange, peuvent donc s’organiser autrement ».

Selon lui, ce choix d’imposer du porc tous les lundis serait avant tout un choix économique afin ” d’aider l’industrie des éleveurs de porcs français “.

Ne nous trompons pas, la communauté musulmane de Beaucaire est régulièrement la cible de ce jeune maire FN.

En 2015, deux arrêtés municipaux avaient été pris par Julien Sanchez. Ces deux décisions visaient à réglementer la vente d’alcool et le stationnement en réunion et à interdire à tous les commerçants de travailler entre 23 h 00 et 05 h 00 dans deux rues de la ville. Les commerçants de ces deux rues, à majorité musulmane, avaient jugé ces mesures “discriminatoires, visant spécifiquement des commerçants musulmans, en plein ramadan, au moment où l’activité économique bat son plein”.

Quant à ce nouvel arrêté municipal refusant le maintien de repas de substitution, le juge administratif devrait annuler cette décision en se basant sur la jurisprudence récente, et notamment sur la violation de la Convention internationale des droits de l’enfant du 20 novembre 1989.

En effet, le juge pourra considérer qu’en prenant une telle décision, la municipalité de Beaucaire ” n’accorde pas une attention primordiale à l’intérêt des enfants ” de la commune.

En attendant un recours administratif, les parents des enfants concernés ont décidé d’aller pique-niquer tous les lundis face à la mairie de Beaucaire.

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