Emoi en Norvège : des ultras du nationalisme font passer des sièges de bus vides pour des femmes en niqab

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SHAFAQNA – Il fallait avoir la berlue ou être atteint de l’obsession pathologique du voile intégral pour percevoir, sur une photo montrant des sièges de bus vides, des femmes revêtues de niqabs… Pourtant, c’est ce qu’ont cru dur comme fer des centaines d’internautes norvégiens, abusés dans les grandes largeurs par la manipulation, grossière et d’une redoutable perversité, diffusée sur la page Facebook du groupuscule anti-immigration : Fedrelandet Viktigst (« la patrie d’abord »).

Mais dans une Europe où l’islam détient la palme des controverses passionnelles et où le voile intégral fait trembler dans les chaumières, bien que très marginal et proscrit, il est aisé pour des ultras du nationalisme, furieusement islamophobes, de duper le bon peuple à travers une illusion d’optique des plus pernicieuses, renforcée par une légende qui a littéralement mis le feu aux poudres : « Qu’est-ce que les gens pensent de ça ? ».

A ces mots explosifs, les esprits se sont embrasés sur la Toile, tous, à de rares exceptions près, étant convaincus de voir ce qui n’existait pas, sous l’influence néfaste de redoutables semeurs de troubles, notamment de Johan Slavattik, l’auteur de cette supercherie hautement inflammable.

Celui-ci peut se targuer d’avoir déclenché une avalanche de commentaires outrés et orduriers sur les réseaux sociaux du pays des fjords, riches en épithètes anxiogènes. Qualifiée d’« effrayante », voire de « tragique », la prise de vue qui a provoqué un aveuglement collectif a résonné du mot d’ordre « Virez-les de notre pays ! », entraînant une dramatisation bien dans l’air vicié du temps : « Dans quelle époque épouvantable vit-on ? », ou encore « Ça fait vraiment peur, ça devrait être interdit. On ne peut jamais vraiment savoir qui est en dessous du voile. Ça pourrait être des terroristes avec des armes. »

Un internaute norvégien, Sindre Beyer, à l’œil et au discernement plus aiguisés que la moyenne, a tenté de faire recouvrer la vue, mais aussi la raison, à une cybersphère en délire, en insérant plusieurs captures d’écran sur sa page Facebook.  « Qu’est-ce qu’il se passe quand une photo de sièges de bus vides est publiée sur un groupe Facebook répugnant et que quasiment tout le monde pense qu’il s’agit de burqas ? », a-t-il interrogé, en espérant provoquer un déclic salutaire..

En Norvège et ailleurs, il faudrait plus de Sindre Beyer pour démystifier les terribles impostures des grands pourfendeurs de l’islam, et dévoiler, en l’occurrence, la face sombre du mouvement Fedrelandet Viktigst. « Je suis choqué par la quantité de haine et de “fake news” qu’ils diffusent. L’animosité qu’ils ont exprimée envers des sièges de bus montre à quel point les préjugés nuisent à l’intelligence », a-t-il déclaré dans un entretien au site norvégien Nettavisen.

Heureusement, les quelque 30 000 « like » qui ont applaudi à la manifestation de la vérité sur sa page Facebook confortent la confiance qu’il place dans l’intelligence de ses concitoyens, en dépit de tous les stratagèmes mis en œuvre pour leur faire injure.

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