Des dizaines de chrétiens d’Irak arrêtés aux États-Unis

47
SHARE

SHAFAQNA – Le coup de filet des services d’immigration inquiète la communauté chaldéenne réfugiée dans le pays.

Rassemblement le 12 juin 2017 à Sterling Heights, Michigan, contre l’arrestation de dizaines de chrétiens d’Irak par les services d’immigration américains. / Todd McInturf/AP

Trente à quarante personnes issues de la communauté chaldéenne ont été arrêtées par les services d’immigration américains (ICE) dans la région de Détroit, Michigan, le 11 juin, selon plusieurs médias américains. « L’agence a récemment arrêté un certain nombre de ressortissants irakiens » a confirmé ICE à l’AFP, mardi 13 juin. L’Immigration and Customs Enforcement a ajouté qu’une majorité des personnes arrêtées ont été transférées dans un centre de rétention situé dans l’État de l’Ohio, sans préciser le nombre d’interpellés.

Avis d’expulsions et décret migratoire

Les services d’immigration américains ont indiqué que toutes les personnes arrêtées étaient visées par une condamnation pénale, sans en préciser l’objet. Les chaldéens interpellés avaient reçu des avis d’expulsion suite à leur condamnation mais étaient restés dans la région de Detroit.

À lire : Quel avenir pour les chrétiens d’Irak ?

Jusqu’à récemment, l’Irak refusait toute expulsion de ses ressortissants depuis les États-Unis ; le pays étant visé par le projet de décret anti-immigration du président Donald Trump. Ce décret, surnommé « muslim ban », très controversé aux États-Unis et à l’international, vise à interdire l’accès au territoire américain aux ressortissants de sept pays musulmans, que sont l’Iran, l’Irak, la Libye, la Somalie, la Syrie, le Soudan et le Yémen. « Trump voulait également interdire toute entrée sur le territoire des personnes réclamant l’asile politique en provenance de ces pays », indique Denis Lacorne, chercheur au Centre de Recherches Internationales de Science Po et spécialiste de la politique américaine.

En mars dernier, Bagdad avait conclu un accord avec les États-Unis pour s’engager à accueillir les immigrés expulsés, à condition que l’Irak soit rayé de la liste des pays visés par le décret de l’administration Trump. Le pays, acteur clé de la lutte contre le groupe État Islamique (EI), s’était félicité de ce retrait, saluant « un pas important » dans le renforcement des liens avec Washington.

Les chrétiens interpellés vont ainsi être renvoyés dans le pays mais la date des expulsions n’a pas été communiquée « pour des raisons de sécurité opérationnelle », a précisé un porte-parole d’ICE à l’AFP.

Lire aussi : Une Cour d’appel confirme la suspension du décret migratoire de Trump

La communauté chaldéenne inquiète

Les personnes arrêtées faisaient partie d’une communauté d’une dizaine de milliers de catholiques chaldéens, « l’une des plus importantes hors Irak, indique le Père Sabri Anar, membre de la Mission chaldéenne en France. Elle s’est surtout formée à partir de la seconde guerre du Golfe en 2003 ». Depuis l’invasion du pays par le groupe État Islamique en août 2014, plusieurs autres milliers de chrétiens ont fui le pays pour se réfugier dans des régions limitrophes ou en Occident.

La communauté est la cible de persécutions de la part de l’organisation djihadiste. Les chaldéens – l’Église majoritaire en Irak – redoutent ainsi le retour dans une région instable frappée par les combats. « La plupart des immigrés expulsés peuvent se retrouver dans des camps de réfugiés près de la ville de Mossoul où plusieurs ONG sont présentes », indique Denis Lacorne. Le 19 avril dernier, un premier vol vers l’Irak avec des expulsés avait suscité l’indignation de la communauté chaldéenne aux États-Unis, qui avait qualifié le traitement réservé aux chrétiens irakiens par le groupe État Islamique de « génocide » en août 2016.

Source : La Croix

LEAVE A REPLY