Catholiques et musulmans, côte à côte pour l’hommage au Père Hamel

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SHAFAQNA – De nombreux croyants musulmans étaient présents à Saint-Étienne-du-Rouvray pour les commémorations un an après l’assassinat du P. Jacques Hamel. Ils témoignent de leur attachement à la figure du Père Hamel.

La scène est pleine de spontanéité. Devant la stèle hommage au Père Jacques Hamel inaugurée à peine quelques minutes auparavant à Saint-Étienne-du-Rouvray par le président Emmanuel Macron et Mgr Lebrun, l’archevêque de Rouen, une paroissienne interpelle le président de la mosquée de cette petite commune normande à forte composante musulmane.

 

« Je vais venir chez vous, quand est-ce qu’on peut passer ? » « Aux heures de la prière, on est là, vous êtes la bienvenue, répond avec un grand sourire Mohammed Karabila, également président du Conseil régional du culte musulman. « On vous servira le thé et les petits gâteaux ! » « Les makrouts, c’est bon ! sourit la fidèle de la paroisse de l’église Saint-Etienne. Il faut vraiment qu’on apprenne à se connaître plus ! »

« C’était un gars bien »

Après le recueillement qui a marqué la messe de commémoration de la mort du Père Hamel, un an tout juste après son assassinat, l’ambiance se détend, et les personnes commencent à parler. Paroissiens, pratiquants réguliers ou pas, membres de la communauté musulmane venus en voisins ou simples curieux, près de 500 personnes ont suivi la célébration sur l’écran géant installé sur la place attenante à la petite église de pierre grise.

Miloud, 79 ans, en costume et chapeau gris à carreaux, vient d’une commune voisine rendre hommage. « C’était un gars bien, il ne méritait pas de mourir », dit cet homme d’origine maghrébine.

 

Le terrible assassinat qui a marqué la communauté catholique de la petite commune normande a paradoxalement renforcé les liens entre chrétiens et musulmans. « Le projet des terroristes de diviser n’a pas marché, au contraire. Ce drame a provoqué une émulation, il y a aussi des retombées positives », estime Abdelkader, musulman de 42 ans actif au sein de l’Acrip, une association de promotion du dialogue interreligieux née dans les années 1980 à la suite de l’appel d’Assise du pape Jean-Paul II.

Au moment précis où le Père Jacques se faisait assassiner, le fidèle musulman était à la préfecture pour déposer une demande d’autorisation d’une manifestation regroupant musulmans et catholiques, se souvient-il. « On n’intéressait alors pas vraiment les pouvoirs publics. Aujourd’hui, les politiques viennent nous trouver… »

À ses côtés, Henri, 82 ans, opine de la tête. Cet ancien libraire qui a “tenu” La Procure de Rouen avec sa femme pendant 15 ans, est encore ému par la cérémonie et les discours officiels. « C’est intéressant de découvrir comment un crime porte du fruit, témoigne cet ancien prêtre. Cela irradie dans toutes les directions, y compris dans la conscience des musulmans ou du maire communiste, Hubert Wulfranc, qui s’est demandé tout d’un coup : mais qu’est-ce qui nourrit ces chrétiens ? »

 

L’association dont Abdelkader et Henri sont tous les deux membres est en train de monter un “Culte tour”, pour présenter les différentes religions au grand public. « Il s’agit, estime Abdelkadir, de pérenniser notre action et de l’installer dans la durée. »

Lui aussi visiblement ému, le maire actuel Joachim Moyse tient à débuter à la rentrée prochaine les nouveaux programmes à destination des élèves des écoles de la commune. L’un d’entre eux aura lieu sur la stèle dressée en hommage au Père Hamel, un disque de métal où sont inscrites les trente phrases de la Déclaration des droits de l’Homme et autour de laquelle sont placés des bancs en marbre prêts à accueillir les élèves. « Il faut multiplier les gestes, les paroles, les actes et tout ce qui peut montrer qu’on peut vivre ensemble, explique Joachim Moyses, et ainsi réparer la déchirure provoquée dans la vie sociale de la commune par le drame. »

 

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