PARTAGER
La Grande Mosquée de Bruxelles - © ERIC LALMAND - BELGA

SHAFAQNA- RTBF: La commission d’enquête sur les attentats terroristes recommande unanimement au gouvernement de mettre un terme à la convention qui en 1969 a confié la Grande Mosquée du Cinquantenaire à l’Arabie saoudite. Elle propose d’en confier la gestion à une nouvelle entité impliquant l’Exécutif des musulmans de Belgique et “l’ensemble des sensibilités et courants caractérisant l’islam et les musulmans de Belgique“.

La Mosquée du Cinquantenaire et le Centre Islamique et Culturel de Belgique (CICB) qu’elle abrite ont été régulièrement pointés du doigt en raison de l’islam très rigoriste qui y est enseigné. L’audition de ses deux représentants devant la commission d’enquête s’était déroulée dans un climat très tendu, révélant un gouffre entre les parlementaires et ce lieu de culte emblématique de l’islam belge.

Les investigations menées ne font pas apparaître d’indices de discours incitant directement à la violence. La commission fait toutefois un constat sévère: l’islam qui y est prêché peut être considéré comme “salafo-wahhabite, et ce malgré les circonvolutions langagières” de ses représentants. Ce courant de l’islam contient des “ferments” et des “catalyseurs” susceptibles de jouer un rôle “très significatif” dans le radicalisme, explique-t-elle, épinglant un “vecteur de repli communautaire, de polarisation” et de diffusion d’idées qui peuvent être contraires à la Convention européenne des droits de l’homme.

Non reconnue

La commission pointe également du doigt l’absence de reconnaissance de la Grande mosquée. Ses dirigeants n’ont pas entamé de démarche en ce sens, déplore-t-elle, en dépit de leurs déclarations lors de leurs auditions.

La concession a été établie pour une durée de 99 ans à une époque où l’islam n’était pas encore reconnu en Belgique (il le sera en 1974). Le contexte social, religieux et institutionnel a considérablement changé entre-temps. L’Exécutif des musulmans de Belgique a vu le jour pour se charger des aspects temporels du culte. La résiliation “pour cause d’utilité publique” ne viserait donc pas à priver la communauté musulmane d’un lieu emblématique, insiste la commission d’enquête, mais à ouvrir celui-ci à l’ensemble des courants dans “le respect de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Constitution“.

La résiliation ouvre un délai d’un an qui pourra être exploité pour déterminer le nouveau cadre conventionnel. La commission recommande à cet effet que l’activité redéfinie se caractérise “par la promotion du vivre-ensemble et l’ouverture à tous les courants et sensibilités de l’islam“.

Financement

La commission recommande également que le contrôle et le financement de l’institution ne soient plus d’origine étrangère “en particulier en provenance de la Ligue islamique mondiale et de l’Arabie saoudite afin que le centre de gravité de la gestion de la Grande Mosquée de Bruxelles soit situé en Belgique“.

La Grande Mosquée n’est pas seule concernée par cette influence “salafo-wahhabite“, relève encore la commission. D’autres mosquées et d’autres structures le sont également, selon elle. “Il n’en va d’ailleurs pas autrement d’un très vaste ensemble de contenus largement accessibles via les technologies de l’information et de la communication“, précise-t-elle. Ce phénomène sera étudié plus largement dans un chapitre à venir du rapport de la commission.

En concluant sur la Grande Mosquée, la commission boucle l’une des parties les plus sensibles de ses recommandations. D’autres sont attendues en vue d’un rapport final sur le volet “radicalisme” de son mandat. Trois autres rapports ont déjà été rendus public à propos de l’intervention des services de secours le jour des attentats, l’aide aux victimes et l’architecture de la sécurité belge face à la menace terroriste.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here