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SHAFAQNA – AFP : Le cadavre de cheikh Mohammed al-Jirani, un dignitaire chiite proche des autorités saoudiennes qui avait été enlevé fin 2016, a été découvert lors d’une opération sécuritaire qui a coûté la vie à un policier, a annoncé lundi le ministère de l’Intérieur.

Selon un communiqué, la dépouille a été retrouvée à Awamiya, dans l’est du pays, une région qui a été ces dernières années un foyer de la contestation menée par des membres de la minorité chiite.

Les protestataires affirment que leur communauté est discriminée par le royaume sunnite, ce que contestent les autorités.

L’opération a eu lieu mardi dernier et les test ADN ont confirmé l’identité de cheikh Mohammed al-Jirani, présenté au moment de son enlèvement en 2016 comme «un juge du département des Waqfs (Biens religieux)».

Son cadavre a été découvert dans une ferme, a précisé le porte-parole du ministère de l’Intérieur, cité par l’agence officielle SPA.

Lors de l’opération, un policier des forces spéciales a été tué dans des échanges de tirs, ainsi qu’une personne recherchée pour «terrorisme», Salman al-Faraj, selon la même source.

Cheikh Jirani avait été enlevé en décembre 2016 devant sa résidence et les autorités avaient annoncé à l’époque l’arrestation de trois suspects.

Considéré comme proche des autorités de Ryad, ce dignitaire avait été la cible de plusieurs tentatives d’attentat avant son enlèvement.

Dans une conférence de presse, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, le général Mansour Turki a accusé les auteurs du kidnapping et du meurtre de former «un groupe terroriste organisé en relation avec l’Iran et qui bénéficie de son soutien».

Le comité des oulémas (sunnites) saoudiens s’est idigné quant à lui du meurtre de cheikh Mohammed al-Jirani.

«C’est un crime qui doit être condamné dans les termes les plus sévères et qui révèle les menaces posées par ces terroristes», a souligné le comité dans un communiqué.

En 2011, sa maison et sa voiture avaient été incendiés et des membres de sa famille avaient miraculeusement échappé aux flammes.

L’année suivante, sa maison avait de nouveau été attaquée par des hommes armés, qui n’avaient toutefois pas réussi à l’atteindre.

Cheikh Mohammed al-Jirani était critique du mouvement de contestation de la communauté chiite à laquelle il appartient. Il avait l’habitude de condamner les attaques contre les forces de sécurité et critiquait des religieux chiites saoudiens pour leurs liens présumés avec l’Iran et l’Irak.

La ville d’Awamiya a été le théâtre de vives tensions ces derniers mois: il s’agit de la ville natale d’un autre dignitaire chiite, Nimr al-Nimr, ardent détracteur du gouvernement et exécuté en 2016 pour «terrorisme», ce qui a provoqué de nouvelles tensions avec l’Iran, le rival régional de Ryad.

L’été dernier, les autorités ont commencé à démolir le quartier de Mousawara, une zone entourée de murailles datant de l’empire ottoman, en affirmant que ses rues en labyrinthe étaient devenues un terreau fertile pour des «terroristes».

Ces démolitions ont poussé des militants armés à affronter les forces gouvernementales. D’après l’ONG Human Rights Watch (HRW), ces violences ont fait plus d’une douzaine de morts.

 

L’analyse de SHAFAQNA

Il est significatif que la manière dont le régime saoudien gère les relations et les tensions sectaires, non seulement ajoute au carburant, mais aide aussi le régime lui-même à maintenir sa domination oppressive sur la population chiite.

Le régime saoudien s’est montré si coupable dans son traitement des sujets réprimés, que ce soit à l’intérieur du pays ou au Yémen ou ailleurs, qu’il est maintenant extrêmement difficile de croire à ses allégations.

Pourtant, même si ce crime odieux a vraiment été commis par un groupe d’extrémistes, ou «terroristes» du côté chiite, qui doit être blâmé en premier lieu? Qui a attisé les flammes de la haine sectaire, de haut en bas, de façon systématique, au cours des dernières années, et l’a insensiblement employé comme levier dans sa guerre injustifiée avec ses voisins?

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