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fr.shafaqna - Androïd saoudienne: droit des Robots contre droit de l'Homme
Le robot citoyen saoudien, Sophia.

SHAFAQNA – LE FIGARO par Laetitia Pouliquen : Les annonces récentes du premier robot nommé résident tokyoïte, un androïde aux traits de petit garçon de 7 ans et de la première citoyenne saoudienne, robot doté d’intelligence artificielle aux traits féminins, soulèvent des questions cruciales pour l’avenir: en effet, que signifie donner la résidence ou la citoyenneté assortie de droits civiques à des machines électroniques «intelligentes» et quelles en seront les conséquences pour l’Humanité?

Les japonais sont habitués à la promiscuité avec des robots d’accompagnement dans leur vie de tous les jours. Le ministre du Travail japonais avait d’ailleurs annoncé que son effort budgétaire 2017 se porterait sur l’apport d’une «personne» électronique pour chaque japonais.

Si l’on peut comprendre l’objectif palliatif à la décroissance démographique poursuivi par le gouvernement, on peut se demander cependant pourquoi le petit Shibuya Mirai s’est vu accordé le statut de résident tokyoïte.

QUAND LE DROIT DES FEMMES ET LE TRANSHUMANISME S’AFFRONTENT, DES SITUATIONS UBUESQUES ÉMERGENT, TELLES QUE CELLE EXPOSÉE ICI.

Parallèlement, le 25 octobre dernier, l’Arabie Saoudite donnait la citoyenneté à un robot doté d’intelligence artificielle aux traits féminins, Sophia , soulevant des questions évidentes sur la définition de la citoyenneté, mais aussi une controverse en matière de droits des femmes, dans ce pays dont il est inutile de rappeler l’histoire parsemée de violations des droits de l’Homme en tout genre.

Port du voile, droit de se montrer en public, pratiques religieuses drastiques: les interdictions et injonctions pleuvent sur les femmes en Arabie Saoudite. Quand le droit des femmes et le transhumanisme s’affrontent, des situations ubuesques émergent, telles que celle exposée ici.

En effet, l’égalité entre les hommes et les femmes saoudienne est mise en échec par le statut tout à fait hors du commun de la «femme» – robot, Sophia, qui se voit accorder l’«honneur de la citoyenneté saoudienne», comme elle le dit «elle-même» dans son entretien diffusé sur le site Arab News.

Sous la houlette du nouveau leader de 32 ans, Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie saoudite et Vice-Premier Ministre depuis le 23 juin 2017, on peut penser que les Saoudiens voient dans cette décision une opportunité de se racheter un semblant de modernité. En septembre dernier, les saoudiennes avaient d’ailleurs déjà obtenu le droit de conduire.

En fait, si les Saoudiens pensent régler leur problème d’égalité homme-femme grâce à Sophia, mauvaise pioche car cette controverse ne peut qu’être néfaste aux droits des femmes!

Alors, les décisions saoudiennes et tokyoïtes sont-elles des épiphénomènes, des effets d’annonce pour les fabricants des robots et les pays eux-mêmes, ou bien une réelle menace technologique pour l’Humanité?

Il s’agit de comprendre que la question saoudienne et japonaise s’inscrit dans une vague plus large qui a fait l’objet cette année même, d’un débat mouvementé au Parlement Européen. Celui-ci a finalement demandé à la Commission Européenne, dans sa résolution de février 2017 portant sur les Règles de droit civil de la Robotique, d’envisager la création d’une personnalité juridique pour les robots dotés d’Intelligence Artificielle , les rendant autonomes dans leur décision, créant le risque d’une rupture anthropologique majeure.

En septembre dernier, le professeur français Nathalie Nevejans, Maître de conférences en droit privé et Experte en droit et éthique de la robotique à l’université de Douai, est intervenue au Parlement Européen, pour y démontrer qu’accorder des droits et obligations à des machines au titre de leur personnalité juridique n’avait aucun sens.

QUAND LE DROIT DES FEMMES ET LE TRANSHUMANISME S’AFFRONTENT, DES SITUATIONS UBUESQUES ÉMERGENT, TELLES QUE CELLE EXPOSÉE ICI.

A l’instar des Comités d’Ethique du CNRS et de l’UNESCO , elle démontre que, puisque les robots ne possèdent pas certaines qualités associées aux personnes humaines, comme la conscience, les sentiments ou la douleur, ils ne peuvent se voir accorder une telle personnalité juridique sans personne humaine qui la gouverne. Donner une personnalité juridique à un robot provoquerait donc une confusion entre l’Homme et l’apparence humanoïde du robot autonome ainsi qu’une exonération de responsabilité de ses fabricants.

Les débats mondiaux sur l’intelligence artificielle et leur usage pacifique et éthique démontrent bien que la question est plus qu’urgente et pertinente. Les questions posées par le Japon et l’Arabie Saoudite sur la définition de la citoyenneté, de la résidence et de la personnalité «électronique» porteuse de droits et d’obligations, sont donc beaucoup plus graves qu’il n’y paraît.

A la suite d’Elon Musk, le génial entrepreneur canadien, fondateur de Tesla, SpaceX et Solar City, pris en dérision par Sophia pour ses positions pessimistes et alarmantes sur l’intelligence artificielle , défendons notre dignité humaine menacée par l’usage non éthique de la robotique à intelligence artificielle!

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