Al-I‘tikaf (la retraite spirituelle)

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SHAFAQNA – Définition : Al–i‘tikaf est le fait de se retirer dans la mosquée pendant une certaine durée afin de se consacrer à la prière et l’invocation de Dieu.

Al–i‘tikaf est un acte recommandé. La preuve pour cela est al–ijma‘, le verset coranique qui dit: «Purifiez ma maison pour ceux qui [y viennent et] tournent autour [de la Kaâba], ceux qui observent une retraite spirituelle, et ceux qui s’inclinent et se prosternent.»[124] et plusieurs hadiths dont celui où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Le Prophète (a.s.s) a fait al–i‘tikaf pendant la première dizaine du mois de Ramadhan, puis il l’a fait pendant la deuxième dizaine, ensuite il n’a cessé de le faire pendant la troisième dizaine.»[125]

Les conditions concernant al–i‘tikaf

Pour pouvoir accomplir correctement al–i‘tikaf, il faut réunir les conditions suivantes:

1- Etre croyant.

2- Etre sain d’esprit.

3- Avoir l’intention de se rapprocher de Dieu, car al–i‘tikaf est une ‘ibada.

4- Observer le jeûne. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Al–i‘tikaf [ne peut être correct] que s’il est accompagné de l’observation du jeûne.»[126] Donc, on ne peut pas faire al–i‘tikaf le jour de l’Aïd, parce qu’il est interdit de jeûner ce jour–là; et il ne peut pas être fait par une femme qui est en période de règle ou de lochies, car il n’est pas permis à une telle femme d’observer le jeûne ou de rester dans la mosquée.

5- Il doit être fait dans la mosquée où se fait la prière du vendredi (de préférence dans la mosquée de la Mecque, celle de Médine, celle d’al–Kouffa ou celle de Bassorah). C’est–à–dire on ne peut pas le faire dans une mosquée réservée à une famille ou bien aux habitants d’un quartier. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Al–i‘tikaf doit se faire dans la mosquée où se fait la prière du vendredi.» [127]

6- Il doit être d’une durée supérieure ou égale à trois jours (il suffit qu’il soit fait pendant trois jours et deux nuits). La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Al–i‘tikaf ne doit pas être d’une durée inférieure à trois jours.»[128]

7- Ne pas sortir de la mosquée, sauf en cas de nécessité. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Au moment où quelqu’un fait al–i‘tikaf, il ne devra pas sortir de la mosquée, sauf s’il est obligé de le faire. Il ne devra sortir que pour assister aux funérailles de quelqu’un ou rendre visite à un malade. Et s’il sort de la mosquée, il devra revenir le plus vite possible.»[129]

Quelques préceptes

D’après les jurisconsultes, il y a deux types d’al–i‘tikaf: al–i‘tikaf obligatoire (celui qu’on a promis à Dieu ou qu’on a juré de faire), et al–i‘tikaf recommandé (celui qu’on fait juste pour se rapprocher de Dieu).

1- Si quelqu’un a juré ou a promis à Dieu de faire al–i‘tikaf à une date bien précise et commence à le faire à cette date–là, il ne pourra pas revenir sur sa décision ni pendant le premier jour, ni pendant le deuxième. Par contre, si quelqu’un décide de faire al–i‘tikaf recommandé et commence à le faire, il pourra revenir sur sa décision pendant le premier ou le deuxième jour, mais pas pendant le troisième jour. La preuve pour cela est le hadith où l’Imam al–Baqir (a.s) a dit: «Après le troisième jour d’al–i‘tikaf, on a le choix: soit on fait trois autres jours, soit on sort de la mosquée. Et si quelqu’un fait deux jours [d’al–i‘tikaf] après les trois premiers jours, il ne devra sortir de la mosquée qu’après le troisième jour.»[130]

2- Pendant al–i‘tikaf, on n’est pas obligé d’observer le jeûne dans l’intention de faire al–i‘tikaf, on peut le faire avec une autre intention.

A ce propos, l’auteur d’al–jawahir a dit: «De même que al–woudho’ exigé pendant la prière ne doit pas être obligatoirement fait dans l’intention d’accomplir celle–ci, le jeûne exigé pendant al–i‘tikaf ne doit pas être obligatoirement observé dans l’intention d’accomplir celui–ci. C’est–à–dire il suffit que al–i‘tikaf soit accompagné de l’observation du jeûne (que ce jeûne soit obligatoire ou recommandé, qu’il soit celui du mois de Ramadhan ou pas). Cet avis n’est pas controversé.»[131]

3- Il est interdit à l’homme d’embrasser sa femme ou de faire l’amour avec elle pendant al–i‘tikaf (il est pareil pour la femme). La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: « [Lorsqu’un homme] fait al–i‘tikaf, il ne devra pas avoir des rapports sexuels avec sa femme.»[132] Et si quelqu’un fait cela, il devra subir al–kaffara. En effet, quelqu’un a dit à l’Imam as–Sadiq (a.s): «Si, pendant al–i‘tikaf, quelqu’un fait l’amour avec sa femme, que devra–t–il faire?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Il devra subir la même kaffara que quelqu’un qui a rompu volontairement le jeûne pendant une journée du mois de Ramadhan. C’est–à–dire il devra affranchir un esclave, jeûner pendant deux mois consécutifs, ou donner à manger à soixante pauvres.»[133] Quelqu’un lui a dit aussi: «Si, pendant al–i‘tikaf du mois de Ramadhan, quelqu’un fait l’amour avec sa femme pendant la nuit, que devra–t–il faire?» Et l’Imam as–Sadiq (a.s) lui a dit: «Il devra subir al–kaffara.» Alors, la même personne lui a dit: «Et s’il fait cela pendant la journée?» Et l’Imam (a.s) lui a dit: «Il devra subir deux kaffarat.»[134] la première pour avoir rompu al–i‘tikaf, et la deuxième pour avoir rompu volontairement le jeûne pendant le mois de Ramadhan.

4- Au moment où quelqu’un fait al–i‘tikaf, il ne devra pas faire du commerce, humer les plantes aromatiques ou polémiquer (que ce soit pendant la nuit ou bien pendant la journée). La preuve pour cela est le hadith où l’Imam as–Sadiq (a.s) a dit: «Pendant al–i‘tikaf, on ne doit ni humer du parfum ou des plantes aromatique, ni polémiquer, et ni faire du commerce.»[135] Et puisque l’observation du jeûne est obligatoire pendant al–i‘tikaf, donc il est aussi obligatoire de s’abstenir de faire tout acte rompant le jeûne.

Question: Si, pendant al–i‘tikaf, quelqu’un fait un acte qui rompt celui–ci, devra–t–il refaire al–i‘tikaf?

Réponse: S’il s’agit d’un i‘tikaf obligatoire, il devra le refaire avec niyyat–ul–qadha’ (l’intention de compenser une ‘ibada manquée), sauf s’il reste assez de temps pour le faire en temps voulu. Dans, ce cas, il devra le refaire avec niyyat–ul–ada’ (l’intention de faire une ‘ibada en son temps). Et s’il s’agit d’un i‘tikaf recommandé, il n’aura pas besoin de le refaire, à moins qu’il ne soit rompu après le deuxième jour.

Extrait du livre LE FIQH DE L’IMAM AS–SADIQ (A.S) OU (LA JURISPRUDENCE ARGUMENTE’E DE L’E’COLE CHIITE), par Mohammed–Jawad MAGHNIA, via alhassanain.org

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