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Islamophobia
Wolfgang Rattay/Reuters

SHAFAQNA – Par Elise Saint-Jullian – Entre le 1er janvier et le 31 août 2017, l’Observatoire contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM) a enregistré 31 menaces envers les musulmans, contre 84 pour la même période en 2016, soit une baisse de 63 %. Mais concernant les actes antimusulmans, 51 ont été relevés (+2 % par rapport à 2016) dont 42 touchant les lieux de culte.

« Les groupes racistes veulent créer des tensions, nos lieux de culte les dérangent. Les attaques contre les mosquées sont de plus en plus violentes. Avant il y avait surtout des têtes de porc qui étaient déposées devant les portes, mais maintenant il y a des incendies, des tirs, des grenades », s’inquiète Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie.

Les actes de vandalisme de mosquées encore sous-évalués

Il note également dans son rapport que ces chiffres sont en-dessous de la réalité. « Nombre de responsables de lieux de culte (…) sont encore réticents pour se rendre dans les commissariats ou gendarmeries pour déposer plainte », écrit-il. Un constat partagé par l’Observatoire du patrimoine religieux, qui répertorie chaque année les actes de vandalisme de tous les lieux de culte en France.

Sur leur site, depuis janvier 2017, on compte seulement dix attaques contre des mosquées. « Nous invitons les propriétaires des lieux et les associations victimes d’actes de vandalisme à oser davantage porter plainte puis à en parler à la presse ou à nous en faire part. Cela doit se savoir », indique Marie-Laure Caze, déléguée générale de l’Observatoire.

Dans les chiffres, les mosquées sont moins visées par des actes de vandalisme que les églises. Mais l’Observatoire du patrimoine religieux précise que, proportionnellement, les mosquées le sont tout autant voire plus, les églises étant beaucoup plus nombreuses sur le territoire. Les mosquées et les synagogues sont aussi davantage visées par des profanations à caractère raciste.

fr.shafaqna - Actes antimusulmans en 2017 : les mosquées principalement visées
Un tag islamophobe à Guingamp (Côtes-d’Armor), le 9 novembre 2009. ( MAXPPP)

« Il ne faut pas que ces attaques soient banalisées »

Le 5 octobre dernier, deux hommes ont été condamnés à 3 et 6 mois de prison avec sursis pour avoir déposé une tête de porc devant la petite salle de prière de leur village de Pont-de-Beauvoisin dans l’Isère. Ils devront également verser 2 000 euros à chacune des deux associations s’étant constituées parties civiles. Les deux jeunes de 20 et 22 ans, poursuivis pour haine raciale en lien avec la religion, ont reconnu les faits mais ont plaidé une « mauvaise blague » sur fond de soirée alcoolisée.

En octobre 2016 à Nice, deux hommes avaient déposé une tête de sanglier devant la mosquée. Ils avaient eux aussi indiqué être alcoolisés et avoir agi sans réfléchir, par « pure bêtise. » Dans ces affaires, la frontière est donc floue entre la blague et l’acte raciste.

« Pour moi, il n’y a pas de blague, ces actes sont réfléchis et c’est le climat anti-Islam qui les permet. Il ne faut pas que ces attaques soient banalisées. La justice devrait être plus sévère, avec par exemple des amendes plus lourdes », estime Abdallah Zekri, qui a été victime d’acte de vandalisme avec des tags racistes sur sa propre maison à Nîmes en 2013. Pourtant, pour la dégradation d’un lieu de culte, la peine est déjà plus importante que pour un bien immobilier. Selon l’article 322-3-1 du Code pénal, une personne risque jusqu’à sept ans d’emprisonnement et jusqu’à 100 000 euros d’amende. Un durcissement de la loi qui date de 2016 selon Marie-Laure Caze.

Environ 1000 lieux de cultes musulmans sous protection

Faut-il alors protéger davantage les lieux de culte ? Pour l’Observatoire du patrimoine religieux, qui recense plus de 71 000 lieux de culte en France, la tâche s’avère compliquée. Depuis les attentats de janvier 2015, l’opération Sentinelle procède à des patrouilles devant les mosquées, les églises et les synagogues. Ainsi, sur plus de 2 500 lieux de culte musulmans, environ 1 000 d’entre eux font l’objet d’une protection par la police, la gendarmerie ou les forces armées, notamment lors des fêtes religieuses. Un budget de 9 millions d’euros pour la sécurité de l’ensemble des lieux de culte a également été alloué sur trois ans (2015-2018).

« Il y a eu une importante installation de caméras de vidéosurveillance. Cela a dissuadé un peu certaines personnes de commettre des attaques, mais le problème n’est pas résolu » regrette Abdallah Zekri, à la vue des derniers chiffres qu’il rapporte. « Il serait intéressant de connaître, en plus de ces statistiques, le nombre d’affaires dont les coupables ont été identifiés, arrêtés et traduits devant la justice et surtout d’avoir le résultat de leurs condamnations », note t-il dans son bilan. Pour lui, beaucoup trop de plaintes sont encore classées sans suite par le Parquet.

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