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Pèlerins musulmans sur le Mont Arafat, également connu sous le nom de Jabal al-Rahmah (mont de la Miséricorde), où le prophète Mohammed aurait donné son dernier sermon, à La Mecque en Arabie saoudite le 23 septembre 2015 (AA)

ShafaqnaPar Nadéra BOUAZZA – Des milliers de pèlerins français, dont un nombre croissant de jeunes, participent au hadj à la Mecque. Loin des débats incessants sur la place de l’islam dans leur pays, ils veulent vivre pleinement cet événement religieux unique réunissant des fidèles du monde entier.

Plus de deux millions de musulmans de 168 nationalités différentes effectuent depuis mercredi le grand pèlerinage dans le premier lieu saint de l’islam, dans l’ouest de l’Arabie saoudite.

Sur le parvis de marbre blanc poli de la Grande mosquée, Ismaïl Ajab affiche un visage radieux au milieu de ses compatriotes.

« Notre groupe compte beaucoup de jeunes, ils étaient aussi nombreux dans l’avion », témoigne cet homme de 50 ans, venu de la région parisienne.

« Je n’arrive pas à décrire ce que je ressens. C’est grandiose d’avoir tous les échantillons de chaque nation devant soi », confie-t-il.

Attablé à la terrasse d’un café dans un centre commercial de la Mecque, Abdel Ali se réjouit aussi de voir des jeunes qui, comme lui, accomplissent le hadj.

« On n’est pas obligé d’attendre d’être vieux, on peut faire le pèlerinage dès qu’on en a les moyens », affirme ce Lyonnais de 33 ans. Ses parents, originaires du Maroc, ne l’ont pas encore fait, « surtout pour des questions financières ».

« Nos parents ont appris la religion à travers leur culture, leur pays. Nous, davantage par les livres » et les érudits, poursuit-il, sous l’œil approbateur de Mohamed, 27 ans, également venu de Lyon.

Intéressé par le phénomène du hadj en France, les autorités françaises ont commandé un rapport sur la question. L’étude, intitulée « Hadj : étude du marché français et enquête de satisfaction des pèlerins », doit être remise en septembre au Bureau des cultes rattaché au ministère de l’Intérieur. Contacté par l’AFP, ce dernier n’était pas joignable.

Les chercheuses Leïla Seurat et Jihan Safar, auteures du rapport basé sur environ 150 entretiens, y ont noté des évolutions récentes.

« Peur des musulmans »

« On observe des changements sociologiques importants : il y a plus de jeunes et de Français parmi les pèlerins. Depuis environ cinq ans, le nombre de Français a dépassé celui des étrangers dans le contingent partant de France, qui comptait 17 000 personnes l’an passé », analyse Leïla Seurat.

« Dans la tradition, on faisait plutôt le hadj en fin de vie, mais ces jeunes se voient en rupture avec l’islam populaire de leurs parents qu’ils disent avoir remplacé par un islam scientifique, déconnecté de toute culture parentale », ajoute-t-elle à l’AFP.

Après avoir « encadré très strictement le hadj à l’époque coloniale, la France s’est désintéressée de la question du pèlerinage jusqu’à ce que ce dernier devienne une question française », note aussi l’historienne Sylvia Chiffoleau, en référence au nombre de plus en plus important de citoyens français faisant le hadj.

Pour certains jeunes présents à la Mecque, le pèlerinage est aussi une occasion de se déconnecter des débats politiques sur l’islam qui reviennent souvent à la une des médias en France.

Abdel Ali et Mohamed déplorent un climat pesant depuis les attentats meurtriers de 2015 perpétrés par des « djihadistes » : « les Français ont peur des musulmans, même si beaucoup savent faire la différence », estime Abdel Ali.

« Il y a eu des débats, comme celui du burkini, qui ont pris des proportions qu’ils n’auraient jamais dû prendre », emboîte Mohamed, qui préfère ne pas divulguer son nom.

Un malaise exprimé par d’autres pèlerins ayant refusé tout entretien avec l’AFP, se disant méfiants et déçus par la couverture médiatique des musulmans en France.

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