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Shafaqna – Dorian Malovic et Karim Lemond ecrivent pour La-Croix sur le sujet les Rohingyas – Les affrontements ce week-end entre la minorité musulmane Rohingya et l’armée birmane ont fait près de 100 morts dans l’État d’Arakan à la frontière avec le Bangladesh. Cette nouvelle explosion de violence risque de radicaliser encore plus une population musulmane dont une partie a déjà pris les armes au sein d’une rébellion.

Quelle est la situation dans l’État d’Arakan ?

De violents affrontements ont une nouvelle fois eu lieu, ce week-end, entre une rébellion indépendantiste musulmane rohingya et l’armée birmane, à la frontière avec le Bangladesh.

Dans ce contexte de violence ethnique entre une armée birmane bouddhiste et une résistance armée rohingya, la population civile musulmane se trouve en première ligne, victime de la répression militaire. Plusieurs témoins ont fait état de soldats ouvrant le feu sur des milliers de civils fuyant les combats en direction du poste frontière de Ghumdhum vers le Bangladesh.
Du côté de l’armée, on parle de près d’une centaine de morts, alors que le groupe de rebelles rohingyas (Arakan Rohingya Salvation Army), qui affirme avoir mené vendredi dernier des attaques coordonnées contre plusieurs postes de police birmans, en déclare près de 200. Impossible jusqu’à présent d’avoir des chiffres indépendants, mais certaines images diffusées par des ONG internationales montrent que les civils sont les premières victimes de ces violences.

Qui sont les « Rohingyas » ?

Pour Alexandra de Mersan, anthropologue et enseignante-chercheuse à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), le «terme de “Rohingyas” est inapproprié car il se réfère aux musulmans indépendantistes des années 1950 et dont le nom n’est plus employé en Birmanie. Pour la majorité bouddhiste et de tendance nationaliste ce sont des “kalas”, guère plus que des étrangers venus de l’Ouest avec l’ennemi colonisateur britannique».

Les Rohingyas sont stigmatisés depuis des décennies dans le pays, où la nationalité birmane leur est refusée. L’ONU les considère comme «la minorité la plus persécutée du monde». Ils sont un peu plus d’un million dans l’État d’Arakan, dont près de 400 000, selon l’ONU, vivent dans des camps à la frontière du Bangladesh qui décide régulièrement de fermer ses frontières face à de nouveaux afflux de réfugiés.

 

Quels sont les risques d’une radicalisation ?

Face à une très forte montée du nationalisme birman nourri de bouddhisme, les heurts contre les musulmans vivant en Birmanie – et pas seulement dans l’État d’Arakan – se sont multipliés. Ces violences anti-musulmanes (répression armée, lynchages) viennent autant de la part de l’armée que de la population se sentant soutenues par le régime.

Tout ce contexte a poussé depuis l’automne 2016 des combattants musulmans à prendre les armes et à constituer l’Arakan Rohingya Salvation Army (Arsa) qui mène des opérations militaires contre l’armée régulière birmane.

La spirale de la violence ne semble pas s’apaiser et, pour Alexandra de Mersan, «il n’est pas impossible que cette crise soit récupérée par des groupes terroristes qui y voient une véritable persécution des musulmans en Birmanie». Il y a un an, le représentant de l’ONU au Bangladesh avait parlé de «nettoyage ethnique» vis-à-vis des Rohingyas en Birmanie.

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