Trump revient à la charge contre les ressortissants de six pays musulmans

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SHAFAQNA – Donald Trump a signé lundi un nouveau décret sur les interdictions temporaires de séjour visant à corriger les problèmes juridiques d’une version précédente, rapidement bloquée par les tribunaux. Ce nouveau décret présidentiel, qui entrera en vigueur le 16 mars, ne s’applique plus qu’aux ressortissants de six pays majoritairement musulmans qui n’ont ni visa ni permis de travail valide et exclut les ressortissants irakiens.

Annoncé depuis plusieurs jours, le nouveau décret a été signé en privé par le président. La Maison-Blanche s’est contentée de publier une photo de M. Trump y apposant sa signature au moment où trois membres de son administration – le secrétaire d’État Rex Tillerson, et les secrétaires à la Sécurité intérieure et à la Justice, John Kelly et Jeff Sessions – le présentaient aux médias dans de très courtes allocutions.

Les trois hommes ont défendu tour à tour l’idée qu’il fallait mieux défendre le territoire américain contre des menaces extérieures, mais n’ont répondu à aucune question de la presse.

C’est le devoir solennel du président de protéger le peuple américain. Comme les menaces pour notre sécurité continuent à évoluer et à se modifier, notre bon sens nous dicte de réévaluer et de réexaminer en permanence le système sur lequel nous comptons.

 Rex Tillerson

M. Trump n’avait pas caché sa colère après qu’un tribunal fédéral eut bloqué son premier décret. Il avait publiquement critiqué les juges en cause et avait promis de porter l’affaire devant la Cour suprême. Il s’est finalement rétracté et a décidé de promulguer un nouveau décret amendé, plus aisé à défendre devant la justice.

Aucun visa révoqué

Le nouveau décret maintient l’interdiction d’entrer sur le territoire américain pour 90 jours aux ressortissants de l’Iran, de la Syrie, de la Libye, du Yémen, de la Somalie et du Soudan. Selon le département de la Sécurité intérieure, cela vise à « permettre l’examen approprié et la mise en place de normes permettant d’empêcher l’infiltration terroriste ou criminelle » d’étrangers.

Les ressortissants de ces pays qui détiennent un permis de travail (green card) ou qui avaient un visa valide en date du premier décret, le 27 janvier, sont cependant exemptés.

« Aucun visa ne sera révoqué seulement sur la base de ce décret », ont d’ailleurs précisé les autorités américaines. Les visas qui avaient été suspendus à cause du premier décret avaient été rétablis début février, suite au blocage de son application par la justice américaine.

Le secrétaire Sessions a précisé que trois des pays visés appartiennent à la liste du département d’État des États « soutenant le terrorisme » (Iran, Syrie, Soudan) et que les trois autres ont été identifiés par l’administration précédente de Barack Obama comme présentant un risque.

La Constitution et le Congrès ont donné le pouvoir à l’exécutif d’émettre des jugements de sécurité nationale et d’appliquer nos lois sur l’immigration afin de protéger les Américains. Ce décret est un exercice approprié de ce pouvoir.

 Jeff Sessions

Les irakiens épargnés

Contrairement au décret initial, le nouveau document exclut les ressortissants irakiens de cette mesure, au motif que Bagdad a pris des « engagements » et des « mesures pour accroître sa coopération avec les États-Unis et pour effectuer les vérifications de sécurité » de ses citoyens.

Le premier décret avait touché des interprètes ayant travaillé pour l’armée américaine après l’invasion américaine de 2003, ce qui avait entraîné de sévères critiques.

Le nouveau décret ne précise par ailleurs aucun statut particulier pour les réfugiés syriens.

Le décret initial prévoyait que l’entrée de tous les réfugiés était suspendue aux États-Unis pour 120 jours, tandis que les réfugiés syriens étaient interdits d’accès pour une période indéterminée.

Les réfugiés qui ont déjà reçu le feu vert des autorités américaines ne seront pas touchés par cette mesure, même s’ils ne sont pas encore arrivés aux États-Unis.

Un plafond de 50 000 réfugiés pour 2017

L’administration annonce par ailleurs qu’au-delà de cette période de 120 jours, le nombre de réfugiés qui seront admis aux États-Unis sera plafonné à 50 000 pour 2017.

Selon une récente enquête du Pew Research Center, l’administration Obama avait accepté 85 000 réfugiés pour l’année financière 2016, qui s’est terminée le 30 septembre, et plus de 31 000 autres ont été admis depuis.

Le document d’accompagnement du décret publié par l’administration Trump affirme que 300 réfugiés vivant aux États-Unis font l’objet d’une enquête pour de possibles activités terroristes.

Il souligne qu’un réfugié somalien a été condamné à 30 ans de prison pour avoir voulu faire exploser une arme de destruction massive lors d’une cérémonie d’illumination d’un arbre de Noël en Oregon.

La période de 10 jours avant l’entrée en vigueur du décret constitue également une nouveauté.

La première mouture, qui était entrée en vigueur dès son annonce, avait provoqué des scènes de chaos dans les aéroports où des voyageurs concernés par le décret, mais déjà en vol au moment de sa publication avaient été interpellés et stoppés à leur descente d’avion.

Le document d’information publié par l’administration Trump pour expliquer les nombreuses exceptions contenues dans le nouveau décret précise par ailleurs que les immigrants reçus au Canada qui détiennent un passeport d’un des six pays visés peuvent demander un visa depuis un bureau américain au Canada.

Ce nouveau décret inaugure une nouvelle période de 90 jours durant laquelle le département d’État américain, le département de la Sécurité intérieure et les agences de renseignement pourront formuler des recommandations sur les éventuelles restrictions à imposer à l’avenir en matière d’immigration.

Réactions contrastées

Le nouveau décret a été bien accueilli par le sénateur républicain Lindsey Graham, parfois critique des décisions du président Trump. Selon lui, le texte passera le test des tribunaux « parce qu’il est rédigé de manière à ce qu’il ne s’agisse pas de l’interdiction d’une religion, mais une interdiction d’individus provenant de gouvernements compromis ou en faillite ».

Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a par contre dit s’attendre à ce que le décret révisé connaisse les mêmes difficultés devant les tribunaux que la première version. « Une interdiction diluée reste une interdiction », a-t-il déclaré.

Malgré les modifications du gouvernement, nous sommes moins en sécurité, et pas plus, avec ce décret dangereux; il est mesquin et antiaméricain. Il doit être abrogé.

 Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer

L’American Civil Liberties Union, grande organisation de défense des droits civiques, a dénoncé une version édulcorée du texte suspendu. « Le seul moyen de remédier à l’interdiction d’entrée des musulmans est de ne pas avoir d’interdiction », a commenté Omar Jadwat, directeur du projet des droits des immigrés à l’ACLU.

Bagdad a fait part de son « profond soulagement » après le retrait de l’Irak de la liste des pays visés. Cette décision est un pas important dans la bonne direction, elle renforce l’alliance stratégique entre Bagdad et Washington dans de nombreux domaines, en tête desquels la guerre contre le terrorisme », a commenté le ministère irakien des Affaires étrangères.

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