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SHAFAQNA – Ce qui suit est une partie du livre “Comment faire connaissance avec le Coran ?” Édité et traduit en français par Abbas Ahmad al-Bostani.

Des pratiques à revoir et à repenser pour ne pas reléguer le Coran à des rôles de figurant

1- Se contenter de se servir du Coran comme un objet de bénédiction en le déposant dans une maison qu’on vient d’acheter. Certes, le Coran pourrait apporter une telle bénédiction, lorsqu’on y croit psychologiquement. Mais il ne faut pas perdre de vue que la vraie bénédiction consiste à tirer du Coran autant que nous pourrions de gains, afin qu’il bénisse nos esprits, nos coeurs, nos âmes et nos vies. C’est là la vraie bénédiction, la plus pure et la plus complète.

2- Se contenter de se servir du Coran comme un talisman ou un objet de protection contre l’envie et la jalousie, et tous autres maux ou dangers en le portant sous forme de collier, en le suspendant sur la vitre de la voiture, ou le mur d’une maison etc… Il est indubitable que le Coran est une protection naturelle, mais cette vertu du Coran ne doit pas nous faire oublier sa vraie propriété protectrice contre la perdition, le trébuchement, l’égarement, la déviation, la mécroyance, l’injustice, et l’inaction. En d’autres termes, nous devons avant tout nous servir du Coran comme une arme et une force spirituelle et psychologique pour faire face à toutes ces attitudes négatives.

3- Déposer le Coran sur une étagère de notre fond de commerce dans l’espoir de faire venir la subsistance ou d’augmenter nos ventes et nos gains matériels, au lieu de l’apporter à la maison pour le lire, comme nous le recommande le Hadith: «La maison dans laquelle on lit le Coran et on invoque le Nom d’Allah – Il est Sublime et Exalté – sa bénédiction va croissante, les Anges s’y présentent et Satan s’en absente».

4- Se servir du Coran comme une lecture sur les tombes. Certes on peut dédier la récompense de notre lecture du Coran à l’âme du mort, mais les vrais et les premiers bénéficiaires du Coran ce sont les vivants, lesquels peuvent appliquer et suivre ses enseignements, alors que les morts, ayant quitté ce monde ne peuvent plus bénéficier des exhortations du Coran.

5- Poser le Coran auprès de la tête d’un malade alité dans l’espoir de hâter sa guérison, ce qui constitue, certes un facteur psychologique important, mais cela ne doit pas nous faire oublier que ce Livre sacré doit nous servir avant tout à guérir nos maladies sociales, morales et comportementales.

6- La lecture du Coran à l’ouverture des conférences, des congrès, des réunions, ou lors des inaugurations des projets réalisés etc… Il ne fait pas de doute que cette pratique contribue à susciter un climat spirituel dans l’assistance et ouvre les coeurs des participants au rappel. Mais cet aspect positif se trouve souvent estompé par le fait que les gens présents prêtent peu d’attention à la récitation qui ne fait pas partie du sujet de la réunion ou du congrès, et se livrent pendant cette séquence préliminaire à des discussions bilatérales ou à des chuchotements et à des conciliabules marginaux.

7- La lecture d’une partie ou de la totalité du Coran (hâtivement et sans méditation) uniquement dans le but d’obtenir une récompense spirituelle (thawâb), ce qui est en soi, une bonne chose, et toute bonne action mérite normalement rétribution spirituelle. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue que la plus grande récompense spirituelle de la lecture du Coran est décernée pour sa méditation, son assimilation et la traduction de ses enseignements et principes dans notre vie pratique, car après tout, le Coran est avant tout un programme de vie.

8- Se contenter de lire le Coran uniquement au mois béni de Ramadhân, par référence à un hadith qui dit que «Le mois de Ramadhân est le printemps du Coran», pour le délaisser pendant les onze mois restants de l’année, ce qui réduit et transforme les trois autres saisons en «automne du Coran». Ceci est d’autant plus regrettable qu’il faut entendre par l’expression «le printemps du Coran» le fait que pendant ce mois de Jeûne l’âme se rafraîchit, s’épanouit et s’apprête mieux à accueillir les Signes et les appels du Coran. Or, un tel climat favorable pourrait se produire dans les autres mois de l’année, si le lien d’amour entre le Coran et nous se renforce.

9- Faire du Coran un objet de décoration en embellissant et en ornant sa couverture pour l’accrocher sur le mur, ou en faire un objet de parure sous forme de collier ou toute autre sorte de bijou dont on se pare. Le Coran est sans doute une parure en quelque sorte. Mais quelle parure est la meilleure: parer notre langue de versets coraniques qui sous-tendent nos arguments et que nous citons pour étayer nos raisonnements, et notre esprit en nous en inspirant dans tous les domaines de la vie, et notre conduite afin qu’elle soit aussi noble que le Coran, ou bien nous contenter de parer notre poitrine de l’apparence du Coran, alors qu’elle reste dépouillée de son contenu et dépourvue de sa mémorisation?

10- L’apprendre par coeur dans le but d’obtenir des prix dans des concours et de s’en vanter. Certes rivaliser dans la mémorisation du Coran fait partie des compétitions louables ou en vue du Bien, mais rivaliser dans l’application des principes coraniques, l’assimilation des leçons à en tirer, l’acceptation de ses jugements et arbitrages constitue le vrai triomphe dans ce monde et dans l’autre monde.

11- Faire passer les voyageurs sous le Coran dans l’espoir qu’ils reviennent sains et saufs, ce qui est une bonne chose, car cela signifie que le Coran prend part dans tous les détails de notre vie et que nous le considérons à juste titre comme une protection contre tous les dangers: «Allah est le meilleur gardien, et Il est Le plus Miséricordieux des miséricordieux».(55) Mais le lever du Coran au-dessus de la tête doit recouvrer sa signification symbolique dans notre vie: le Coran doit passer avant tout autre livre, accompagner le voyageur durant tout son voyage et non seulement au moment du départ, être dans la tête et non seulement au-dessus.

12- Se servir du Coran comme un support pour l’istikhârah(56) ou en tirer présage. Disons-le encore une fois: le Coran est certes un traitement pour celui qui en sollicite la guérison: quiconque le consulte ne sera pas déçu et quiconque se trouve dans une situation où la prise d’une décision lui semble à 50 positive et à 50 négative n’a qu’à consulter le Coran comme facteur ou motif subsidiaire pour départager le pour et le contre égaux ou pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Mais n’oublions jamais que la consultation du Coran doit s’étendre bien au-delà de nos affaires privées et spécifiques (conclure un contrat commercial, passer un examen ou non, acheter une maison ou non etc…) pour couvrir toutes les questions générales (et non seulement particulières) de notre vie.

 

Annotations:

55. Sourate Yûsuf, 12/ 64

56. Solliciter l’avis d’Allah dans la prise d’une décision.

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